Pour survivre, les planteurs doivent profiter de la hausse du prix des cigarettes
Les planteurs de tabac français demandent au gouvernement une aide conjoncturelle qui pourrait être financée par les achats de paquets de cigarettes, de manière quasi indolore. - © DR
Profitant de l’annonce de l’augmentation du prix du paquet de cigarettes (+ 6 % lundi 8 novembre), les planteurs de tabac se sont mobilisés mercredi, devant l’Assemblée nationale qui était en plein examen du projet de Loi de finance, pour réclamer une aide financière. « Nous ne voulons pas être exclus de la manne financière que représente cette augmentation », explique Christian Decherf, producteur à Méteren (59) et président de la Fédération régionale Nord et Loire Tabac.
« Les 6 % d’augmentation vont permettre à l’État d’engranger près de 700 millions d’euros supplémentaires. Les débitants et fabricants verront aussi leur marge améliorée. Les seuls oubliés sont les tabaculteurs. » Or, les planteurs français défendent leur outil de travail, qui emploie 10 000 personnes.
Les planteurs européens ont déjà subi l’abandon des soutiens communautaires dans le cadre de la réforme de l’OCM tabac. Les aides communautaires couplées à la production étaient de 40 M€, soit 2,20 €/kg. Les producteurs se sont alors retrouvés confrontés au marché mondial, et en concurrence avec des pays où les contraintes environnementales et les règles sociales sont différentes (coût de la main-d’œuvre bien inférieur).
0,5 centime par paquet suffirait
Pour faire face, de gros efforts de restructuration de la filière française (mécanisation de la cueillette, outils de séchage) ont été faits afin de regagner en compétitivité. Mettant en avant la qualité de leur production et après de longues négociations, les planteurs français ont réussi à obtenir des acheteurs une revalorisation du prix de près d’1 €/kg. Mais la restructuration et les apports du marché ne sont pas suffisants pour combler les pertes des aides.
Pour les producteurs, les besoins annuels de soutien publics sont de l’ordre de 12 M€, soit un peu moins d’1 €/kg. Un quart seulement des 40 M€ de primes perdues ! Ainsi, « Les planteurs réclament moins de 0,5 centimes d’euros par paquet de cigarettes pour assurer la survie de leurs exploitations et des emplois liés ». La France compte 2 200 producteurs, dont une quarantaine dans la région (220 ha dans le Nord-Pas de Calais). Pour Christian Decherf, si les pouvoirs publics restent sourds à cette revendication et ne font rien, ces agriculteurs devront arrêter la production et licencier leurs salariés. Ou alors, ils devront se tourner vers d’autres productions comme le maraîchage, les céréales ou les pommes de terre, ce qui ne fera qu’engorger le marché. « Sans entrer dans le débat du rôle des débitants de tabac et cafés dans la vie locale, surtout en milieu rural, je pense que ce n’est pas parce qu’il n’y aura plus de planteurs en France qu’il n’y aura plus de fumeurs. D’ailleurs, la demande mondiale est en constante augmentation », remarque Christian Decherf. Et l’Europe ne produit que 25 % de ses besoins et importe le reste.
Marianne BOUTRY
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