Pourquoi une telle volatilité de prix ?
Les producteurs ont répondu nombreux aux actions du mois de novembre 2008 devant les sites de transformation de la région. - © .
Nous avons connu sur 18 mois des évolutions du prix du lait considérables, à la hausse comme à la baisse.
Depuis 2003, l’Union européenne s’est retirée du soutien du secteur laitier. L’embellie des marchés de 2007 a activé son retrait et a accentué la baisse actuelle des prix.
Les quotas ne sont plus adaptés à la demande
Huit années avaient été nécessaires à l’Europe entre 1984 et 1992 pour adapter les quotas à la demande, tout en réduisant le coût du soutien du secteur laitier. Pour atteindre cet objectif, l’Europe a décidé à plusieurs reprises de réduire les quotas. Les producteurs non prioritaires se sont retrouvés avec 90,5 % de leur référence initiale.
Cette maîtrise de la production a fonctionné correctement jusqu’en 2000. En 2003, une nouvelle réforme du secteur laitier a été décidée, avec un abaissement des prix d’intervention
(- 25 % pour le beurre, - 15 % pour la poudre) et une réduction des mises à l’intervention qui sont pour 2009 de 30 000 tonnes pour le beurre et 109 000 tonnes pour la poudre. Toujours en 2003, la décision a été prise d’augmenter les quotas de 0,5 % en 2006, 2007 et pour 2008, et s’est transformée en + 2,5 % à cause de l’embellie de 2007. L’Union européenne vient de décider d’une augmentation des quotas de 1 % par an, à partir du 1er avril 2009 sur les cinq années à venir, et d’arrêter le système de maîtrise de la production le 1er avril 2015.
L’augmentation du quota rend totalement inefficace le principe de maîtrise, malgré une sous réalisation nationale sur la campagne actuelle qui approchera 4 % de notre quota national.
Suspension des mesures de soutien au secteur laitier
Depuis mai 2007, l’Union européenne a pris la décision de suspendre toutes les mesures de soutien au secteur laitier. Des mesures qui étaient réalistes compte tenu de la tension des marchés en 2007. Par contre, les restitutions à l’exportation n’ont pas été remises en place en 2008, malgré l’inadaptation de la production à la demande et une chute spectaculaire des cotations des produits industriels. Devant une conjoncture aussi dégradée, l’Union européenne vient timidement de décider de leur remise en place qui ne donne pas encore d’effet sur les marchés.
Retour sur les événements de l’automne
Les producteurs ont répondu nombreux aux actions du mois de novembre 2008 devant les sites de transformation de la région, en réalisant une véritable démonstration de force. Par le passé, de telles manifestations permettaient d’obtenir un résultat dès la sortie. Nous sommes donc aujourd’hui avec une gestion nationale différente du prix du lait, avec des positions producteurs et transformateurs qui n’ont jamais été aussi éloignées.
Revenons cependant sur la chronologie des avancées obtenues par la pression syndicale.
Le mois d’octobre 2008
Aucun prix n’était encore fixé au 4 novembre, et les négociations des groupements avec les entreprises ont permis de limiter la baisse, avec pour exemples un complément de 10 €/1 000 litres pour Danone, de 5 € pour Novandie, 5,12 € pour la Prospérité fermière. Rappelons que Danone et la Prospérité fermière n’ont pas appliqué de flexibilité sur l’ensemble du 4e trimestre, qui aurait pu être respectivement de - 3 € et - 10 € pour 1 000 litres.
Résultat : le retour des transformateurs à la table des négociations
Les actions ont surtout permis le redémarrage des discussions interprofessionnelles nationales. Dans le tableau 1, on peut voir les positions initiales des collèges de la transformation.
Après des actions syndicales dans toute la France, un mot d’ordre national de blocage les 25 et 26 novembre, 5 réunions interprofessionnelles, l’issue reste bien un compromis entre les positions extrêmes de la transformation et celles des producteurs :
- 25 €/ 1 000 litres pour novembre et décembre 2008 ;
- 45 €/ 1 000 litres pour janvier et février 2009 ;
- 55 €/ 1 000 litres pour mars 2009.
La vigilance reste de mise. En effet, certaines entreprises de l’Ouest ont déjà commencé à déroger aux recommandations. Nous reviendrons dans la prochaine édition sur les prix payés en 2008 et en ce début 2009 par les laiteries de la région.
Précisions
L’Interprofession laitière française a retrouvé sa légitimité
Le 15 mai 2008, la DGCCRF avait signifié au CNIEL l’interdiction d’émettre des recommandations sur l’évolution du prix du lait. Le sénateur Le Fur, sous l’impulsion des producteurs de son département, a proposé un amendement pour que l’Interprofession laitière puisse de nouveau parler de prix du lait.
Les responsables de l’ADPL 62 et de la Section laitière 59 ont écrit à l’ensemble des députés et sénateurs pour leur demander leur soutien sur ce sujet majeur.
L’Assemblée nationale et le Sénat ont voté pour la réhabilitation des fonctions du CNIEL.
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