L’envers du décor d’une course cycliste
Le carrefour de l’arbre est devenu un lieu de rassemblement privilégié attirant des milliers de spectateurs. D’où l’installation de nombreuses buvettes et autres attractions… - © .
Plastiques, bouteilles, déchets en tous genres, ils sont partout, dans les champs et les fossés. Les images montrées sur le petit écran et reprises dans la presse régionale ne présentent qu’une partie des dégâts constatés au lendemain de la course Paris-Roubaix.
Les exploitants qui ont des parcelles le long du tracé de cette course se sont habitués à cette situation. Mais cette année, les quantités ont atteint un sommet au point que le maire de Camphin-en-Pévèle, Michel Dufermont, a déposé plainte. Une première qui témoigne d’une amertume et qui révèle une inquiétude sur les débordements d’une course devenue classique. La procédure est lancée et une première rencontre avec les organisateurs du Paris-Roubaix a abouti au retrait du « défaut d’organisation » de la plainte. Les autres points sont maintenus : « ivresse sur la voie publique ; installation de buvettes sauvages sans autorisation préalable ; dégradation de biens publics et privés».
En attendant, Jean-Michel Fiévet, exploitant agricole à Baisieux, constatait les dégâts sur ses parcelles : une bande de 400 mètres de betteraves fraîchement plantées écrasée, une parcelle de blé abîmée, ou encore l’importante dégradation constatée sur le champ de lin, en face. Il s’agit toutefois d’altérations localisées, dues à des passages de roues de véhicules. Un triste décor « où tout est permis et nos champs sont transformés en dépotoirs ». Jean-Michel Fiévet privilégie d’abord la carte de la concertation : « mettre tous les acteurs autour de la table et déterminer les responsabilités de chacun, avant que les parcelles ne se transforment en terrains de loisirs ». Cela pourrait prendre la forme d’une « rencontre qui regrouperait les organisateurs, les élus communaux, les autorités et nous, les exploitants. Nous ne voulons pas être écartés des prises de décisions. » Force est de constater que depuis plusieurs années, la situation n’évolue guère malgré les appels lancés par les agriculteurs. « Il est temps de faire bouger. » Cet exploitant met en cause un laisser-aller, où des installations sauvages font leur apparition pour débuter les réjouissances trois jours avant la course. Stands, tentes et buvettes sans autorisations sont mis en cause. Mais au fil des ans, certains exploitants ont tissé des liens avec ces responsables et les laissent s’installer. Pour Jean-Michel Fiévet « c’est un moyen de réduire les débordements et de limiter les accès aux parcelles ». Mais cela n’est pas suffisant. « L’essentiel serait de canaliser toute cette foule et d’interdire l’accès des véhicules, car actuellement on assiste à un blocage total des routes du fait des stationnements sauvages » et Jean-Marie Lepers, président du syndicat cantonal et exploitant à Camphin-en-Pévèle, de rappeler que « pour intervenir sur le site en urgence, les pompiers ont eu beaucoup de mal à accéder au parcours ».
Quant aux organisateurs, Jean-François Pescheux laissait entendre qu’« il faut dissocier la course et l’organisation de ces « rave-parties » ». Il reconnaît toutefois que l’installation de barrières pourrait être une solution, « à condition d’avoir les autorisations pour les installer sur les parcelles à dix mètres du parcours ». Force est de constater que pour arriver à dénouer la situation, la profession agricole aura un rôle important à jouer.
Marc de Langie
L’amertume des élus
La plainte a été enregistrée et « depuis, l’affaire a été médiatisée » explique Michel Dufermont, maire de Camphin-en-Pévèle et agriculteur. « Cela fait réagir les organisateurs car il est trop facile de dire que nous ne sommes pas responsables de l’installation des buvettes sauvages, que nous ne sommes pas responsables du passage des véhicules sur les terres, et que nous ne sommes pas responsables des détritus ». La situation n’est pas nouvelle : « voilà quinze ans que cela dure, mais aujourd’hui, cela prend une dimension plus importante, avec une remise en cause de la sécurité ». L’organisation est en cause, ainsi que l’installation de stands et buvettes sauvages. Quant aux forces de l’ordre, le maire comprend bien que les gendarmes présents le long du parcours « ne peuvent pas tout faire ».
L’édition 2009 laisse présager des difficultés pour l’an prochain : « Si rien n’est fait pour dédommager les agriculteurs des dégâts occasionnés sur leurs parcelles, si aucune mesure n’est prise pour sécuriser les lieux, nous prendrons des dispositions pour interdire le passage de la course dans notre commune ». Quant aux solutions, Michel Dufermont propose de limiter l’accès au parcours aux seules personnes autorisées, de délimiter une zone dans les champs avec une forte présence des forces de l’ordre, « pour éviter tout débordement ».
M.d.L.
En cause : un célèbre carrefour
Parmi les causes de cette situation, le carrefour de l’arbre est souvent pointé du doigt. Autrefois célèbre pour son café qui n’ouvrait qu’une fois l’an, il se situe à un endroit stratégique où se suivent deux enchaînements de 1,8 et de 2,1 kilomètres de pavés, séparés par environ 300 mètres d’enrobé. C’est sur ces tronçons que les cyclistes s’engagent pour la phase finale de la course et que le peloton de tête se forme jusqu’à Roubaix. Le carrefour est devenu un lieu de rassemblement privilégié attirant des milliers de spectateurs. D’où l’installation de nombreuses buvettes et autres attractions attirant les spectateurs.
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