Le gel, faux ami des producteurs de légumes
« On sait encore arracher quand la terre n’est gelée que sur 2 ou 3 centimètres, mais au-delà, ça devient délicat, voire impossible » témoigne Antoine Carpentier. - © .
Présente en force dans la région Nord-Pas de Calais, la culture de poireaux traduit particulièrement bien les difficultés rencontrées par les producteurs de légumes en cette période de grand froid. « On a réussi à arracher le Jour de l’an pour remplir un maximum de palox, mais depuis quelques jours, on ne sait plus aller dans les champs » constate Antoine Carpentier, producteur à Oblinghem, dans le Béthunois.
Actuellement, le sol gelé sur une profondeur de 25 centimètres ne permet pas l’arrachage des poireaux qui s’étale généralement de novembre à mi-mars. Dans la plaine, des températures descendantes jusqu’à - 11,5 °C ont été relevées par l’agriculteur. « On sait encore arracher quand la terre n’est gelée que sur 2 ou 3 centimètres, mais au-delà, ça devient délicat, voire impossible » témoigne Antoine Carpentier. « Du coup, on attend que les températures remontent un peu. Il faudrait cinq ou six jours entre 8 et 10 °C pour permettre à la terre et à la plante de dégeler lentement. » Gorgés d’eau, gelés de l’intérieur, les poireaux sont encore aujourd’hui cassants. D’autres productions de pleine terre comme les carottes, les navets, ou autrement les salades d’hiver (mâches notamment) peinent également à être récoltées.
Coûts de production en hausse dus au froid
Amer et patient, Antoine Carpentier reconnaît qu’il n’est pas parmi les plus durement touchés. « Une fois les poireaux dégelés, on devra enlever les feuilles abîmées par le gel, explique-t-il. Ce qui entraîne une perte de poids. » Mais le pire reste à venir dans les parcelles recouvertes par la neige, où le manteau blanc aura eu pour effet de « brûler » les feuilles du poireau.
Une fois récoltés, reste encore pour le producteur à organiser les opérations précédant la commercialisation. Du triage au lavage, en passant par la mise en cageots, la préparation du poireau accuse une inflation du prix de revient de l’ordre de 20 centimes/kg en cette période de grand froid, que par des conditions plus clémentes. « On est obligé de protéger les installations contre le gel et de chauffer les bâtiments » explique Antoine Carpentier.
Les produits se faisant plus rares sur le marché, les producteurs obtiennent une revalorisation de leurs prix de vente. Comme une manière de mettre un peu de beurre dans les épinards après des premières semaines de commercialisation à la rentabilité contestée.
Seulement, « Aujourd’hui, on se trouve avec un prix, mais on n’a plus de produits à travailler » regrette Antoine Carpentier. Vendus actuellement autour de 1 euro le kilo par le producteur – contre 0,37 et 0,43 cts entre le début du mois de novembre et mi-décembre –, les poireaux s’affichent en magasins à un prix de plus en plus élevé ; et ce, dès les premières annonces de raréfaction du produit.
Vigilance des producteurs sur les prix
« Quoi qu’il arrive et quelle que soit la période, les distributeurs continuent d’appliquer le même coefficient de marge » constate le producteur béthunois. Qui regrette que le prix payé au producteur fasse office de variable d’ajustement sur le prix final.
De son côté, la semaine dernière, la présidente de la FNPL, Angélique Delahaye a mis en garde la grande distribution contre la tentation de répercuter une éventuelle hausse des coûts de production sur les prix affichés en magasins. Et demandé à ses adhérents d’être vigilants quant à d’éventuels abus. « L’argument du froid ne doit pas être utilisé pour faire augmenter les prix » a-t-elle dit.
VINCENT FERMON
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