Le lait n’échappera pas à la contractualisation ni à l’organisation de sa production
Dominique Barrau (FNSEA), Henri Brichart (FNPL) et Bruno Ledru (JA) ont défendu l’idée d’une organisation de la production laitière renforcée et de la contractualisation entre producteurs et industriels. - © .
On ne reviendra pas sur le système de quotas, qui a tant fait parler de lui, c’est un fait. Pour planter le décor de la rencontre entre les représentants de la FDSEA et des JA du Nord avec les responsables de la FNSEA, de la FNPL et des JA, au sujet de la crise traversée par la production laitière, Marc Ruscart l’a clairement établi : « On a besoin de solutions à court terme pour faire rentrer de l’argent sur les exploitations et d’outils à moyen terme pour sécuriser notre revenu. On sait aussi que les quotas, on doit faire une croix dessus en 2015 et que la contractualisation est le seul moyen dont on dispose pour le moment. » Cela étant dit, en l’absence de solution à l’échelle européenne à la dérégulation de la production laitière, c’est localement que les initiatives doivent émerger.
La contractualisationfait son chemin
« Croire que sans règles strictes, chacun va se gendarmer, c’est une utopie, affirme Dominique Barrau, secrétaire général de la FNSEA. Si les prix remontent, il y en aura toujours certains qui vont chercher à produire plus. Et les quotas permettent justement de limiter les abus. » Seulement, avec leur disparition programmée en 2015, reste à trouver un autre moyen de réguler la production. Seulement, constate le secrétaire général de la FNSEA, « il faut savoir qu’au niveau européen, contrairement à ce que certains laissent entendre, tous les paysans ne pensent pas la même chose et tous ne partagent pas la même vision que la France. » Et le président de la FNPL, Henri Brichart, de rappeler que « notre lait n’a de valeur que si on a quelqu’un en face pour l’acheter, en fonction d’un marché ». Alors, parler d’une contractualisation, oui, mais à la condition que l’on parle également volumes. « La question, c’est de savoir comment appréhender le couple volume-prix », estime Henri Brichart, pour qui on ne peut pas évoquer l’un sans l’autre dans les relations avec les industriels. D’autre part, ont réaffirmé les représentants professionnels départementaux et nationaux, rien ne se fera sans une organisation renforcée de la production laitière ; le président Brichart rappelant au passage que « quand on parle organisation de producteurs, c’est aussi la coopération. »
« Être acteur » pour ne plus subir
Pour Dominique Barrau, l’équation est simple : « Pour avoir un prix qui nous convienne, il faut que l’on soit acteur. On pèsera demain dans la formation du prix à hauteur de notre investissement personnel. » Cependant, « ce n’est pas à la FNPL de le faire à la place des producteurs, ni à la FNPL de décréter que les producteurs doivent travailler ensemble » a affirmé Henri Brichart.
Pour le président de la FDSEA du Nord, peut-être le moment est-il venu de mettre l’ensemble des producteurs de lait de la région Nord-Pas de Calais autour d’une table. Alors que certains d’entre eux poursuivent leurs travaux de formation d’un groupement de producteurs ou discutent contractualisation avec leur laiterie. « Il faut profiter des semaines qui viennent pour réfléchir à la création d’une organisation régionale de producteurs » s’est avancé Marc Ruscart. Tandis que de son côté, le président de la section laitière du Nord, Philippe Cartieaux, assurait que le travail pour la sécurisation du revenu des producteurs laitiers était loin d’être terminé. Et de s’attendre à ce que les prochaines discussions entre producteurs soient animées.
Vincent Fermon
Zoom sur…
« Sans régulation, pas d’installation »
Particulièrement animé, le fond de la salle aura été majoritairement occupé par les JA du Nord, attentifs aux propos de leur vice-président national, Bruno Ledru. Lequel s’est attaché à rappeler que « les jeunes ne s’installeront plus s’il n’y a pas de régulation du marché du lait et sans que l’on sache pouvoir dire à son banquier le prix auquel sera payé le lait dans les prochains mois ». En gros, ce que veulent les jeunes, c’est de la visibilité quant au rendement de leur travail et de leurs investissements. « Ce qu’on ne supporte pas, c’est la volatilité, a dit Bruno Ledru. Le marché est ce qu’il est, par contre, on peut lutter contre la volatilité en organisant la production. Il faut réussir à gérer autrement la collecte et cela commence à l’échelon local, entre producteurs. » En ce qui concerne la contractualisation, qui permettrait de lisser davantage le revenu quel que soit le marché, « il faut faire en sorte que ce ne soient pas toujours les paysans qui subissent les fluctuations ». D’où l’hypothèse d’une contractualisation engagée tant sur un volume de livraison que sur un prix d’achat à plus ou moins long terme.
Précisions
Quel prix du lait pour 2010 ?
C’est LA question posée par les producteurs au président de la FNPL, lequel a assuré que le prix du lait devait augmenter, sans pour autant se risquer à donner un chiffre. « Aujourd’hui, on est incapable de dire ce que sera le prix du lait en début d’année » a pour sa part ajouté Dominique Barrau.
Qualifié de « mauvais accord », signé par défaut, celui du 3 juin dernier fixant le prix des 1 000 litres aux alentours de 280 euros laisse les éleveurs dans le flou pour le premier semestre 2010. « Bien évidemment, notre souhait est que le prix augmente, mais cela dépendra du rapport de force que les éleveurs sauront créer pour le revaloriser » a dit Henri Brichart. « Ce ne sera pas facile, a-t-il prévenu, puisque dès que la FNPL commente le prix du lait en France, les industriels privés mettent en avant la situation des autres pays européens où le lait est payé moins. » D’autre part, a indiqué le président Brichart, « la FNPL n’est pas pressée de discuter d’un accord sur le prix du lait alors que la conjoncture s’améliore ».
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