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Viande bovine

La viande bovine plombée par une crise multifactorielle

Les réponses à la crise traversée par la filière devront être collectives, assurent ses différents acteurs.

30 octobre 2009 Le Syndicat Agricole Vu 2123 fois
« Notre principale inquiétude se situe sur le niveau de la consommation qui n’est pas bon » explique Jean-Jacques Henguelle, représentant Interbev Nord-Pas de Calais-Picardie.

« Notre principale inquiétude se situe sur le niveau de la consommation qui n’est pas bon » explique Jean-Jacques Henguelle, représentant Interbev Nord-Pas de Calais-Picardie. - © le syndicat agricole

Ils ne veulent pas être les oubliés de la crise agricole… et encore moins des mesures destinées à redonner de la compétitivité à l’agriculture régionale. À l’occasion du Space de Rennes, du Sommet de l’Élevage de Clermont-Ferrand, ou encore lors de la manifestation régionale à Lille, le 16 octobre dernier, les producteurs de viande bovine, comme l’ensemble de l’interprofession bovine, ont rappelé les inquiétudes liées au maintien de leur activité.
« Notre principale inquiétude se situe sur le niveau de la consommation qui n’est pas bon » explique Jean-Jacques Henguelle, représentant l’Interprofession bovine (Interbev) Nord-Pas de Calais-Picardie. D’autant que depuis 18 mois, la baisse de consommation touche tant les produits classiques que les produits élaborés. D’autre part, poursuit M. Henguelle, la viande bovine subit une concurrence tout aussi forte des autres viandes. « La faiblesse de la consommation est d’autant plus pénalisante que la viande blanche est moins chère que la viande rouge » indique-t-il.
Côté éleveurs, on assiste impuissant à la dégradation des résultats économiques des élevages, consécutive à l’augmentation des matières premières au cours des deux dernières années, puis à la chute du cours de la viande bovine. Fait relativement nouveau imputé à la FCO, puis à la crise laitière, le marché de la viande bovine doit également compter avec l’arrivée de vaches laitières, entraînant une chute des cours.
Président de l’association d’éleveurs bovins Nord-Pas de Calais (AEB), Bruno Lambert constate ainsi « des difficultés de trésorerie chez les éleveurs, d’autant plus qu’on est avec des cycles de production longs. Le revenu se fait sur plusieurs années avec une capitalisation importante à la base. » D’autre part, « depuis 3-4 ans, notre revenu est en baisse chaque année de 20 à 30 % » constate le trésorier de l’AEB, Francis Bruge.

Une production en reconquête de productivité
Pourtant, la viande française – la production régionale ne faisant pas exception – a des atouts. « Les éleveurs français ont fait beaucoup d’efforts pour améliorer la qualité de leurs produits, sur le volet sanitaire, sur la sélection, et aujourd’hui, on ne peut que regretter que tous ces efforts ne soient pas récompensés […] La viande française est la plus sécurisée d’Europe, assure Philippe Pruvost, et cela ne peut pas se faire sans prix. » Ce qui est sûr, ajoute M. Pruvost, « c’est qu’on ne peut pas se permettre de travailler en dessous de son prix de revient ». Et Bruno Lambert d’assurer que « chaque éleveur a l’obligation de travailler pour payer ses investissements ».
Le niveau de production régionale étant ce qu’il est, il ne permet pas aux élevages bovins de la région de réaliser davantage d’économies d’échelles. Idem en ce qui concerne les structures d’abattage, en même temps qu’on leur impose des niveaux de charge plus élevés qu’ailleurs en Europe. D’autre part, « la viande française a toujours subi la concurrence des viandes étrangères, mais aujourd’hui, cette concurrence se fait d’autant plus ressentir que la notion de prix est plus présente que celle de l’origine dans l’esprit des consommateurs » analyse Jean-Jacques Henguelle.
Enfin, pour le président de la section bovine de la FDSEA du Nord, difficile aussi de ne pas pointer du doigt les marges pratiquées par la grande distribution, au détriment des autres maillons de la filière. Faut-il alors songer à diversifier les circuits de distribution alors que la GMS représente aujourd’hui quelque 75 % du marché ? « On a la chance d’avoir encore un réseau d’artisans dynamiques » avance Jean-Jacques Henguelle. Sauf qu’en tout état de cause, « la boucherie traditionnelle et le circuit-court ne pourront pas être une solution exclusive » rappelle Jean-Michel Achte.

Quelle sortie de crise ?
Le constat de la situation de la filière bovine – et en particulier de la production – dressé, reste aux différents acteurs à élaborer des solutions pour permettre une sortie de crise. De manière collective.
Pour le président d’Interbev Nord-Pas de Calais, Jean-Michel Achte, « chaque maillon de la filière doit discuter avec les autres afin que l’on trouve des solutions ensemble. Un éleveur n’est pas un chevilleur et un chevilleur n’est pas un distributeur. » Quant aux mesures de relance annoncées, au plan national comme régional, « on ne demande pas une revalorisation des primes, mais bien une revalorisation des prix » défend Francis Bruge. Car pour le moment, « les éleveurs sont pessimistes quant à leur avenir ».
« Heureusement, on a la chance d’avoir des outils performants dans notre région, assure Jean-Michel Achte. Pour le président d’Interbev, « l’avenir de la production passe désormais par la nécessité d’avoir des chevilles et des abattoirs performants pour bien valoriser notre viande régionale. On a l’obligation de dynamiser les circuits de distribution et de faire en sorte que l’on démarque notre production des autres productions CE et des pays tiers. »

VINCENT FERMON

 

Zoom sur... La tentation de la contractualisation

Président de l’Association d’éleveurs bovins Nord-Pas de Calais, Bruno Lambert l’affirme : en ces temps de crise, « on est bien à la recherche d’un moyen de sécuriser notre revenu en tant qu’éleveur ». À partir de là, on n’est pas loin de penser que la contractualisation peut représenter une option possible. D’autant que dans le système actuel, « le problème c’est que l’éleveur ne peut pas choisir le prix auquel il vend son produit. Tout dépend du commerce et du marché » assure le président de l’AEB. « Nous ne sommes pas non plus en train de dire qu’il faut tout verrouiller avec la contractualisation » défend Francis Bruge, trésorier de l’association. Pour le président Lambert, s’engager sur un prix de vente donné, « c’est également devoir faire en sorte de produire pour un prix donné ». Et pour l’éleveur, accepter de renoncer à sa capacité de négocier un prix de vente avec l’acheteur.
« L’éleveur doit garder une certaine capacité de négociation dans les relations qu’il entretient avec son acheteur. Il doit pouvoir continuer à avoir le choix de vendre ou non son produit » explique Bruno Lambert.
Du côté des négociants, on partage le même sentiment et les mêmes inquiétudes, comme l’assure Philippe Pruvot : « Si la contractualisation permet de sécuriser une partie de son revenu, comme une forme d’assurance, tout le monde doit garder son indépendance et garder sa capacité à négocier. En tant que négociants en bestiaux, nous ne voulons pas non plus devenir de simples transporteurs d’animaux. »

 

 

 
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