Les endiviers vont décider de leur avenir : Stop ou encore ?
Daniel Bouquillon donne rendez-vous aux producteurs d’endives le mardi 12 avril à la Maison de l’endive à Arras à partir de 16 h 30. - © DR
Rien ne va plus chez les endiviers. Pour Daniel Bouquillon, président de la Fédération nationale des producteurs d’endives – Syndicat des Endiviers (FNPE), la profession vit « la campagne la plus désastreuse qu’elle ait jamais connue ». Entre carences « structurelles », grave crise « conjoncturelle » et querelles intestines, l’avenir de l’ensemble de la filière semble des plus compromis. Jusqu’à présent, les endiviers sont restés KO debout. Le président de la FNPE espère un sursaut des producteurs, syndiqués ou non.
Quelle est la tendance pour la campagne en cours ?
Les endiviers vivent la campagne la plus désastreuse qu’ils n’aient jamais connue. On touche vraiment le fond en terme de rémunération, avec des prix payés aux producteurs à 30 cts €/kg.
Tout laisse à penser que certains ne savent pas compter. Ces 30 cts ne servent pas à payer les frais d’emballage et de main-d’œuvre. À ce prix-là, ce n’est pas possible de s’en sortir.
Quelles seront les conséquences pour la prochaine campagne ?
La dernière campagne a été correcte, mais cette année on retourne à la case départ, une nouvelle fois pris à la gorge. La prochaine saison, il y aura sûrement moins d’emblavements. Les producteurs sont dégoûtés, s’ils emblavent peut-être n’arracheront-ils pas, car les trésoreries sont exsangues.
Certains endiviers arrivent au bout du bout ou vivent sur les réserves pour ceux qui en ont encore. Plusieurs exploitations ont déjà ou vont abandonner, et cela risque de continuer. Une chose est sûre : personne n’est à l’abri ; même un chêne peut casser sous la tempête.
Concernant la mise en marché, la situation est toujours aussi tendue alors qu’il y a de moins en moins de producteurs d’endives. Comment expliquez-vous cette situation paradoxale ?
Cette situation s’explique par la conjonction de deux phénomènes. L’un est structurel : la filière n’est toujours pas organisée économiquement. La profession endivière est sous le coup d’une procédure judiciaire à la demande de l’Autorité de la Concurrence.
Avant les producteurs d’endives ne s’étaient jamais entendus ; mais en ce moment ils ne se parlent même plus. D’où le véritable flou artistique actuel en terme d’approvisionnements et de ventes.
L’autre phénomène est conjoncturel : l’alimentation est devenue la variable d’ajustement dans le budget des ménages. Depuis deux mois, tout le secteur des fruits et légumes traverse une grave crise. Dans ce contexte, l’endive n’a pas pu tirer son épingle du jeu et comment l’aurait-elle pu, alors que la situation est tout aussi catastrophique pour la salade, le concombre, la tomate ou encore la mâche ? Le juge de paix reste le consommateur, c’est pourquoi il faut lui redonner envie d’acheter de l’endive. Il faut sortir de la course au poids, et améliorer la qualité et la tenue de nos produits en magasin afin de répondre à ses attentes.
Une meilleure segmentation de l’offre peut-elle contribuer à atteindre cet objectif ?
Nous devons mieux segmenter la production pour coller au marché et au souhait du consommateur. Mais est-ce suffisant ? Nous devons être plus cohérents dès la première mise en marché. La seule façon d’y parvenir est de se parler, mais d’après l’Autorité de la Concurrence, nous n’en avons pas le droit. C’est la quadrature du cercle.
Quel regard portez-vous sur la réorganisation de la filière et sur le rôle de la FNPE ?
Il y a eu énormément de casse dans l’organisation technique et économique. L’idée de base était de mettre en place un syndicat fort, une économie puissante. Ça ne s’est pas fait : le syndicalisme stagne, l’organisation économique est en panne. On constate une nouvelle fois que la technique sans économique n’est pas viable. Nous avons besoin d’une cohérence économique pour obtenir la quintessence de la technique.
Pour la FNPE, il est plus que temps de poser les bonnes questions. On ne peut pas dire aux producteurs que ça va aller. La réunion, initialement prévue par l’Apef le 24 mars dernier, est reportée au 15 juin, de façon à pouvoir présenter aux producteurs un nouveau projet. Or, les producteurs ont besoin de crier leur colère et de s’exprimer.
Nous devons adopter une ligne commune et ne pas en déroger. Il y a beaucoup à faire : des mécanismes doivent être mis en place afin de mener une vrai politique volontariste, portée par une majorité. Je pense qu’on est tombé suffisamment bas pour au moins afficher une réelle volonté de rebondir. Si nous ne parvenons pas à changer cette mentalité, beaucoup d’entre nous resteront sur le tapis. Aux producteurs de prendre leur destin en main.
Cela passe par une révolution dans le management, dans la segmentation de la production. Mais avant, on doit convoquer l’ensemble des producteurs, les informer et les consulter : c’est l’objectif de la réunion de mardi prochain. S’il faut un coup de balai, pour mettre dehors les « dinosaures » qui gèrent la profession depuis 20 ans, moi compris, alors allons-y. L’avenir de l’endive est un sujet trop délicat pour ne reposer que sur la position de quelques administrateurs.
Propos recueillis par MDS
Feuille de route
« Un quart d’heure pour crever l’abcès et vider son sac. Après, place à la réflexion pour construire tous ensemble un projet collectif, porteur d’avenir pour la profession », annonce le président de la FNPE. À l’issue de la réunion, une « feuille de route » sera remise à l’Apef. « Je pense que l’Apef aura tout intérêt à s’en inspirer pour établir un vrai projet pour la profession, glisse Daniel Bouquillon. Si elle pond un truc abracadabrantesque en juin, pas sûr que les producteurs suivent. »
Mobilisation ou démission
« Si la majorité pense que c’est terminé, alors à quoi bon se battre, prévient Daniel Bouquillon. Autant tous retourner dans nos exploitations et mourir à petit feu. Le Conseil d’administration de la FNPE pourrait en prendre acte et arrêter. Mais je reste convaincu que ce n’est pas le style de la maison. »
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