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Revenus agricoles 2009 : l’effondrement confirmé

Après le repli de 20 % en 2008, la baisse du revenu moyen des agriculteurs en 2009 est estimée à 34 % en France, et à 38,3 % dans la région.

08 juillet 2010 Le Syndicat Agricole Vu 1468 fois
Les céréaliers et les producteurs de lait ont été les plus frappés par la crise.

Les céréaliers et les producteurs de lait ont été les plus frappés par la crise. - © le syndicat agricole

La Commission des comptes de l’Agriculture, réunie le 30 juin, a confirmé la prévision qu’elle avait réalisée à la fin de l’année 2009. Le revenu des agriculteurs s’est effondré l’an dernier. La chute est estimée à 34 % pour le revenu net d’entreprise agricole. Elle intervient après le recul de 20 % observée en 2008. Certes, à l’exception des engrais, l’année 2009 a vu les coûts de production diminuer. Cependant, ce repli ne compense pas les baisses de prix, parfois fortes, de la plupart des produits animaux et végétaux.
Ainsi, le revenu des exploitations spécialisées en céréales, oléagineux et protéagineux a chuté de 57 % en 2009, après une année 2008 en baisse sensible. Celui des autres grandes cultures, recule de 44 %. La valeur des récoltes a nettement diminué, avec la nette dépréciation des prix dans le sillage des prix mondiaux de matières premières. Conséquence, le revenu des régions de grandes cultures s’est nettement détérioré, de 55 % en Île-de-France, 50 % en Picardie, de 38 % en Champagne-Ardenne et de 36 % dans le Centre...
Situation quasi identique en production laitière. L’effondrement du prix du lait, estimé à 17,4 % sur l’année civile, s’est conjugué à la baisse des livraisons. Conséquence : le revenu des producteurs de lait a reflué de 50 %. Dans les régions laitières, l’effet en a été cruellement ressenti : en baisse de 58 % en Basse-Normandie, de 49 % en Lorraine et de 46 % en Bretagne malgré une légère amélioration du revenu des élevages hors sol (+ 23 %).

Dix-neuf sur vingt-trois régions
Pour la Commission des comptes, la situation a été plus favorable aux producteurs de viande bovine. Grâce à la diminution des charges en aliments composés, les éleveurs de bovins viande ont bénéficié dans l’ensemble d’une relative amélioration de leur revenu de 10 %. Mais la situation diverge entre les éleveurs de broutards, qui ont vu leur revenu s’améliorer (+ 19 %) en raison de la reprise du marché du maigre, et les naisseurs engraisseurs, dont le revenu s’est replié de 3 %.
Pour la première fois depuis longtemps, les éleveurs ovins ont tiré leur épingle du jeu sous l’effet simultané de l’allègement des charges et de l’augmentation des aides publiques : leur revenu a progressé de 14 % en moyenne.
Situation contrastée, en revanche, dans les productions spéciales : si le revenu des producteurs de fruits s’est effondré de 44 % et si celui des exploitations maraîchères et horticoles a perdu 8 %, les viticulteurs s’en sont mieux sortis. La Commission des comptes estime à 9 % la progression du revenu pour les producteurs de vins AOC et 4 % celle des producteurs de vins courants. Ainsi s’explique la progression du revenu observée en Aquitaine (+ 57 %) qui conjugue simultanément une excellente récolte viticole et une amélioration de la conjoncture du marché du maïs. Au final, à l’exception de l’Aquitaine, de la Corse (+22 %), de l’Alsace (+ 1 %) et du Limousin stable, toutes les régions françaises ont vu leur revenu agricole baisser et pour 13 d’entre elles, la chute est supérieure à 30 %.

 

L’analyse des banquiers

Un soutien conjoncturel pour éviter les difficultés structurelles

En 2009, les revenus agricoles ont baissé de 38,3 % dans la région Nord-Pas de Calais. Une chute qui est due à la baisse du prix de vente et des cours de toutes les productions agricoles. Mais cela est aussi et surtout causé par l’augmentation des intrants. « On observe un effondrement des EBE (excédents bruts d’exploitation) sur les comptes clôturés en décembre 2009 », constatent les responsables régionaux du marché et du financement de l’agriculture au Crédit Agricole, Stéphane Leduc, et au Crédit Mutuel, Mathias Pinasseau.
L’anticipation du versement des primes PAC en octobre 2009 (à hauteur de 2/3) a permis aux agriculteurs de compenser les difficultés de trésorerie. Mais cela a été éphémère. En fin d’année, la trésorerie était de nouveau tendue chez les fournisseurs, puis cela a gagné les banques. Le Plan de soutien exceptionnel à l’agriculture (PSEA) est venu à point pour répondre aux problèmes conjoncturels, se rappelle Stéphane Leduc : « 3 000 dossiers pour 80 millions d’euros ont été réinjectés dans les exploitations du Nord-Pas de Calais par le Crédit Agricole. Pour les clients plus sensibles, une action prospective a permis de mettre en place près de 500 PBCA (Prêts bonifiés de consolidation des annuités), soit 1/5e des PBCA nationaux. Près d’un tiers de nos clients ont bénéficié de ce soutien. » Ces prêts, bien qu’ils seront à rembourser dans les prochaines années, ont permis aux agriculteurs de reconstituer leur fonds de roulement.
Le Crédit Mutuel Nord Europe, qui couvre 7 départements, a pour sa part élaboré 1 300 dossiers PSEA pour 32 millions d’euros. « Les régions céréalières connaissent une baisse importante du revenu, même si elles limitent les dégâts grâce à la production de betteraves, analyse Mathias Pinasseau. Les éleveurs sont impactés par une collecte laitière en baisse, et un prix du lait qui s’est fortement détérioré. Ils doivent aussi rembourser les investissements consécutifs à la mise aux normes et aux renouvellements récents de matériel. »
Une 2e année difficile aurait des conséquences graves sur les exploitations. La remontée des cours actuels (lait, céréales) rassure, mais attention à la remontée du prix des intrants. Pour la récolte de cet été, les résultats risquent d’être très hétérogènes. « Chacun doit savoir saisir les opportunités de vente à bons prix en se référant au coût de revient de sa production », conseille Stéphane Leduc.
Les banques agricoles sont prêtes à accompagner et soutenir l’agriculture. Toutefois, elles sont plus prudentes et souhaitent que les agriculteurs calculent leur prix de revient avant d’investir ou de s’agrandir.
Les deux organismes restent persuadés que les agriculteurs sauront une nouvelle fois s’adapter et qu’ils prendront les mesures pour résister aux années difficiles et se rattraper dans les meilleures.

Marianne BOUTRY

 

 

 
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