La région parvient à maintenir sa production grâce aux contrats
Au plan national, la filière betterave, par la voix de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), affiche ses intentions pour les 10 prochaines avec la publication d’un livre blanc (voir p. 7). Dans la région, l’Assemblée générale de la Commission départementale betteravière du Nord et du Pas-de-Calais (CIB) s’est tenu à Vimy le 17 mai. Dans un contexte de diminution de la production betteravière de l’Union européenne, la région tire son épingle du jeu.
Maintien de la production régionale
« Malgré la réforme du Règlement sucre et la diminution de près de 30 % de la production européenne de betteraves, la région parvient à maintenir sa production et ses surfaces grâce à la substitution des betteraves excédentaires par des contrats », explique Étienne Lenaerts, directeur de la CIB. C’est le développement des débouchés alcool, éthanol et industrie chimique qui permettent le maintien de la production régionale. Pour la coopérative Tereos, la part de contrats « sucre à usage industriel » atteint près de 40 %. « Ce sont les coopérateurs qui en bénéficient, ils ont pu augmenter leurs surfaces de base grâce aux contrats. Ce n’est pas le cas des non coopérateurs, qui ont vu leur surfaces diminuer suite aux plans d’abandon », ajoute Xavier Laude, président de la CIB, au cours de son rapport moral.
La production betteravière se caractérise aussi par une augmentation continue des rendements et de la richesse. « On constate une augmentation des rendements sur une tendance longue. Depuis près de 20 ans, ils augmentent en moyenne de 2 % par an », avance Étienne Lenaerts. En 2010, dans la région, ils s’établissent à 72,4 t/ha, soit, 83,4 t/ha à 16°. La richesse est de 18°. « Ces chiffres sont inférieurs à 2009, qui était une année exceptionnelle, mais s’inscrivent dans la moyenne des 5 dernières années », précise le directeur de la CIB.
Autre motif de satisfaction : la diminution de la tare collet, qui s’établit à 8,8 % en 2010, contre 10,9 % en 2009. « Des résultats obtenus grâce à la sélection, aux méthodes utilisées aux centres de réception des betteraves, et au bon travail effectué aux champs », affirme Étienne Lenaerts. Concernant la tare terre, elle est en légère augmentation, à 10 %, en raison des conditions climatiques difficiles pendant l’arrachage. En revanche, le taux de déterrage avoisine les 100 %.
Campagne 2011-2012
Pour la campagne 2011-2012, le développement foliaire constaté au 1er mai est en avance de 12 jours dans le Nord-Pas de Calais (10 à 18 jours en moyenne en France). « On constate par ailleurs un évident déficit de pluviométrie », rappelle Marc Richard-Molard de l’Institut technique de la betterave (ITB).
La campagne s’amorce avec un marché mondial « tendu ». « La production pourrait être supérieure à la consommation », estime Éric Lainé, président de la CGB. Mais il se veut rassurant : « Les cours mondiaux élevés protègent le marché intérieur européen, car ils ne favorisent pas les importations ». Éric Lainé rappelle que 3 éléments déterminent le déroulement d’une campagne : les prix mondiaux, le prix intérieur du sucre de l’Union européenne (il détermine l’éventuel supplément de prix pour les planteurs) et le niveau de la production européenne.
Virginie Charpenet
Zoom sur… Signature de l’accord interprofessionnel 2011-2012 sur la pulpe
« C’est la réalité économique qui s’est imposée. » C’est ainsi qu’Étienne Lenaerts, directeur de la CIB, a présenté les nouvelles dispositions concernant la pulpe de betteraves dans le nouvel accord interprofessionnel de la filière betteraves pour la campagne 2011-2012. Des négociations, menées depuis la mi-décembre, ont permis d’aboutir à sa signature. Il devrait permettre une meilleure valorisation de la pulpe et une amélioration des recettes pour les planteurs.
En effet, le texte prévoit une diminution des coûts de surpressage, notamment de la redevance « eaux de presse » : les frais de base ont été supprimés, ainsi que les frais de rétrocession (diminution de la marge de risque de moitié, diminution des frais administratifs). Cette révision à la baisse du coût de presse et de déshydratation permet une économie de 5 à 7 €/t MS (matière sèche), soit 2 € /t de betteraves. « Cela devrait rapporter de 25 à 30 € de revenus supplémentaires par hectare », se félicite Éric Lainé. Autre avancée de l’accord interprofessionnel 2011-2012 : les planteurs seront informés du supplément éventuel de prix non plus en mars, mais en décembre.
Dans la région, les usines de surpressage de pulpes sont au nombre de 3, et sont pour le moment détenus par les planteurs : Sica pulpe à Boiry-Ste-Rictrude, Sodeca à Escaudœuvres, et Sica PHP à Ste Émilie. Tereos a dernièrement engagé une proposition de rachat de l’outil de Boiry. Affaire à suivre.
Précisions... Le succès du syndicalisme unitaire
À la fin de l’Assemblée générale, les responsables de la CIB ont donné la parole à Dominique Ducroquet, président de la CGB de 1992 à 2007. Il se réjouit du « succès de l’organisation du syndicalisme unitaire » qui existe dans la filière betterave depuis la création de la CGB en 1921. « C’est un syndicalisme organisé, avec une bonne représentativité territoriale », ajoute-t-il. Pour lui, le succès se manifeste sur plusieurs plans : le syndicalisme économique, avec la mise en place des coopératives et de la diversification des débouchés pour la betterave, et le syndicalisme « d’actions techniques », qui a notamment permis les performances de rendements. « C’est aussi le travail des sélectionneurs qui a permis ces progrès », ajoute Dominique Ducroquet. Pour l’avenir, il préconise une confortation des nouveaux débouchés alimentaires et non alimentaires. « Si le syndicalisme continue d’anticiper les évolutions, la production betteravière française et européenne pourra aborder le marché mondial avec sérénité d’ici quelques années. Pour cela, il est important de rester unis », conclut l’ancien président de la CGB.
La betterave dans le Nord-Pas de Calais en 2010
Surface : 56 000 ha
Chiffre d’affaires régional : 119 millions d’€
Nombre de planteurs : 6 060 (Tereos – coopérateur : 85 %, Tereos – non coopérateur : 9 %, SVI Ste Émilie : 5 %, SLS Eppeville : 1 %)
Production : 4,7 Mt à 16°
Productivité :
- Rendement : 72,4 t/ha (dans la moyenne des 5 dernières années)
- Richesse : 18°
- Rendement à 16° : 83,4 t/ha
- Rendement en sucre : 12,1 t sucre/ha
- Tare terre : 11,9 %
Prix moyen des betteraves, toutes catégories (à la tonne à 16°) : 25 €
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