« Si on ne bouge pas, d’ici 5 ans on n’est plus là »
En France, « il y a beaucoup d’aviculteurs mais une taille réduite des exploitations », explique Bernard Goudemand d’Aviplus. - © P. Le Douarin
À l’issue de réunions techniques avec les aviculteurs de la région, la société Aviplus, en charge de la commercialisation des poulets et des dindes, a présenté le projet Développement de volailles durable (DVD) aux éleveurs sous contrat avec elle. En clair, il s’agit d’une stratégie mise au point pour tenter de sauvegarder la filière volaille dans le Nord-Pas de Calais. Le constat est sans appel : la production avicole française a régressé de 45 % en 10 ans. « Le modèle avicole français perd en compétitivité : il y a beaucoup d’aviculteurs mais une taille réduite des exploitations, explique Bernard Goudemand d’Aviplus. En Europe et ailleurs dans le monde, la tendance est à la concentration. En clair, si on ne bouge pas, d’ici 5 ans on n’est plus là. »
Production rationalisée
Le DVD intègre ces changements et résulte d’une réflexion lancée à la suite d’un voyage dans le nord de l’Allemagne, chez le volailler Heidemark qu’Aviplus fournit en dindes lourdes. « En décembre dernier, nous avons visité avec des éleveurs un abattoir qui traite 40 000 dindes BIG 6/jour, souligne Bernard Goudemand. En comparaison, l’abattoir de Lens, à son apogée, c’était 70 000 dindes T9/semaine. Ce qu’on faisait en une semaine, ils le font en une journée. Pour les poulets, ils disposent à côté d’un abattoir capable de traiter 500 000 poulets/jour, équipé de deux chaînes de découpe automatisées qui débitent, chacune, 15 000 poulets/heure. Il faut absolument grandir pour représenter quelque chose chez ces gens-là. » Les objectifs du projet DVD se résument en 5 points : l’agrandissement des élevages, la professionnalisation des éleveurs, l’optimisation de la logistique, l’adaptation à la norme bien-être. Et ce en vue de pouvoir répondre aux besoins des débouchés et grandir avec eux.
Concrètement, Aviplus souhaite développer les élevages existants plutôt que d’en créer de nouveaux, et proposer aux aviculteurs une formule à la carte. L’optimisation des coûts est privilégiée avec une rationalisation de la production : pas de spécialisation mais une alternance entre la production de dindes et de poulets, l’incorporation des céréales produites sur le site dans l’alimentation pour un résultat économique et technique intéressant, et une taille de bâtiment plus importante pour augmenter la capacité de production.
Bâtiments performants
Les éleveurs qui adhèrent au projet auront le choix entre deux types de bâtiments : « Celui de 2000 m2, équipé d’une ventilation haute avec complément pignon, l’optimum économique en terme de construction ; ou alors un atelier de 1 500 m2 à ventilation latérale, précise-t-il. Sans oublier, la possibilité d’opter pour un sol en béton pour un vide sanitaire plus court. » Pour Bernard Goudemand, on ne confie pas une Ferrari à un jeune permis. « L’idée est de construire ces bâtiments chez des éleveurs qui ont de l’expérience pour les faire tourner », confie-t-il.
Le coût des travaux se chiffre à environ 200 € le m2, sans le béton, ni les études d’impact. « Selon les premières estimations, il faut 15 ans pour amortir un bâtiment de cette qualité, reconnaît-il. Mais d’un autre côté, en construisant un bâtiment de 2000 m2 en plus des 1 000 m2 déjà existant, on triple sa surface et double sa marge. » Il n’empêche que le projet DVD reste un lourd investissement à la charge des aviculteurs seuls. De quoi nourrir la réflexion avant de se décider, surtout dans un contexte de forte volatilité des prix.
MDS
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