Le Syndicat Agricole 21 janvier 2016 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

Quel tempérament pour quelle discipline ?

Plusieurs travaux ont établi des relations entre les mesures scientifiques du tempérament et les capacités des chevaux à être montés dans diverses disciplines.

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Les chevaux émotifs ont davantage tendance que les autres à faire des défenses, à tirer, à faire des écarts, ou encore à faire des refus  en concours de saut d’obstacles (CSO). © B. Jéhanne Test de tempérament. © ACGrison

Tous les cavaliers peuvent l’attester : un bon cheval, ce n’est pas qu’un physique. Quelle que soit la discipline pratiquée, les qualités mentales du cheval sont déterminantes pour son utilisation. Il est également évident que les cavaliers de sport ne recherchent pas le même type de cheval que les adeptes du tourisme équestre. Mais précisément, sait-on quel tempérament (caractère) doit avoir le cheval idéal en fonction de la discipline à laquelle il est destiné ?

Émotivité et utilisation
Des travaux menés en France, mais également à l’étranger, ont établi des relations entre les mesures scientifiques du tempérament et les capacités des chevaux à être montés dans diverses disciplines. Ces relations sont plus ou moins fortes, puisque tout dépend de la discipline mais également de la façon dont le tempérament est mesuré. Malgré tout, de grandes tendances ressortent, quel que soit le type de mesures réalisées. En premier lieu, parmi toutes les dimensions possibles du tempérament, la dimension d’émotivité est celle qui ressort le plus souvent. Un haut niveau d’émotivité est toujours relié à une difficulté d’utilisation. En clair : un cheval caractérisé comme émotif ne sera pas idéal pour le loisir ou pour les cavaliers de niveau peu élevé. En effet, dans six études indépendantes françaises, hollandaises et danoises, la facilité d’utilisation d’un cheval par des cavaliers de petit niveau est reliée à un faible niveau d’émotivité ou à une faible réactivité du cheval. Quand on les observe dans le détail, on constate que les chevaux émotifs ont davantage tendance que les autres à faire des défenses, à tirer, à faire des écarts, ou encore à faire des refus en CSO.
Pour autant, cela ne veut pas dire que ces chevaux n’ont pas leurs propres qualités. D’autres études ont montré que même s’ils sont plus difficiles, les cavaliers les plus confirmés ou ceux qui pratiquent le sport les apprécient particulièrement, ou au moins ne dédaignent pas les monter. Selon deux autres études réalisées sur des jeunes chevaux, un assez haut niveau d’émotivité pourrait même les rendre plus respectueux des obstacles lors des premières séances, ainsi que lors de leurs premières sorties en compétition de cycle classique. Il serait intéressant de réaliser le même type d’études, non plus sur de jeunes chevaux, mais sur des chevaux qui ont fait leurs preuves en compétition. Par ailleurs, il est aussi possible qu’au-delà d’un certain seuil d’émotivité, les chevaux puissent être si ingérables qu’ils ne puissent plus être performants du tout. Il y a probablement un certain équilibre à trouver.
Enfin, des liens ont été établis avec les autres dimensions de tempérament. Comme on pouvait s’y attendre, moins un cheval est actif, sensible et grégaire, plus il est facile à monter, mais peu intéressant pour les bons cavaliers.

Des chiffres derrière ces relations…
L’intérêt de ces études n’est pas seulement d’arriver à des conclusions qualitatives, mais de pouvoir mettre des chiffres derrière ces relations. C’est également de pouvoir, en quelques dizaines de minutes, identifier ce type de chevaux grâce à des tests standardisés, même quand on ne connaît pas le cheval par avance. Enfin, l’intérêt est de pouvoir constituer de grandes bases de données, qui permettent aujourd’hui de pouvoir comparer tout nouveau cheval testé à une population de référence d’âge et de race comparable. Tout cela a un intérêt évident pour les associations de race qui veulent avoir des informations objectives sur le tempérament des chevaux de la race, mais aussi pour tout particulier qui souhaite avoir une idée du tempérament du cheval qu’il désire acheter. Ces tests sont dorénavant pratiqués pendant les concours d’élevage et ils se développent à grande échelle en Allemagne et en France. Même s’ils ne peuvent donner qu’une prédiction des aptitudes mentales du cheval et qu’une marge d’erreur existe (cf. encadrés), ces tests sont pour le moment les seuls à pouvoir caractériser objectivement le tempérament des chevaux. En cela, ils constituent un outil privilégié pour caractériser au mieux les aptitudes mentales des chevaux.

Pas de bons ou de mauvais tempéraments
Ce qu’il faut retenir de ces études, c’est qu’il n’y a clairement pas de bons ou de mauvais tempéraments : tout dépend de la discipline pratiquée. Il faut également bien garder en tête qu’il s’agit de prédictions statistiques et que des exceptions existent. Tout comme il arrive parfois qu’un cheval pas très bien conformé se mette à gagner toutes les compétitions, un cheval avec un tempérament présumé peu adapté pour sa discipline peut devenir tout à fait correct s’il a la chance d’être monté par un cavalier qui lui convient. Par ailleurs, le tempérament doit toujours être mis en relation avec d’autres facteurs importants, comme la morphologie, mais aussi les conditions d’utilisation et de vie du cheval, puisqu’elles peuvent faire évoluer le tempérament dans un sens ou dans un autre.

Léa Lansade
IFCE-Inra Tours Nouzilly

D’après un article équ’idée fourni par l’Institut français du cheval et de l’équitation et disponible sur www.ifce.fr dans la rubrique « Connaissances ».

Zoom sur... Toutes les enquêtes mettent en avant l’importance du tempérament

L’importance du tempérament pour l’équitation ressort dans toutes les études réalisées sur le sujet, et cela dans le monde entier.
Par exemple, une enquête de l’IFCE a montré que le principal critère d’achat d’un équidé est son caractère, quelle que soit l’utilisation à laquelle il est destiné. Selon une étude australienne, le tempérament est cité comme premier critère de choix d’un cheval de centre équestre, avant sa morphologie ou son prix. D’après une vaste enquête réalisée dans 13 pays auprès de cavaliers de compétitions, de loisirs, des professionnels ou des éleveurs, il s’agit également du critère le plus important à considérer en élevage.

Comment mesurer le tempérament

Contrairement à la morphologie, le tempérament ne se voit pas. On peut juste tenter d’en avoir une évaluation par des questionnaires ou des tests comportementaux. En France, deux types de tests existent : les tests de tempérament complets et les tests de tempérament simplifiés. Avant tout, il faut garder en tête que la qualité de réalisation de ces tests est déterminante. On comprend bien que le même cheval testé lors d’un concours bruyant, après un trajet en camion ne réagira pas de la même façon qu’un cheval testé chez lui, au calme, devant la porte de son box. Les tests de tempérament complets, les plus contraignants, offrent un maximum de garanties quant à la standardisation des conditions de réalisation. Mais ils sont plus compliqués à mettre en place, notamment parce qu’ils nécessitent de tester les chevaux dans une série de boxes spécialement aménagés pour les tests, qu’il faut transporter sur chaque site de testage. Les tests de tempérament simplifiés sont beaucoup plus faciles à réaliser mais sont davantage soumis aux aléas des conditions de tests. En fonction de l’objectif, il vaudra ainsi mieux privilégier l’un ou l’autre des tests. Dans tous les cas, la plupart d’entre eux sont à même de détecter des chevaux au tempérament « extrême », en particulier des chevaux très émotifs, qui ne conviennent pas à n’importe quel cavalier.

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