Le Syndicat Agricole 09 janvier 2014 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Pulvérisation - Le bas volume se démocratise

Après deux années d’expérimentations, Arvalis nous offre une analyse de ses travaux.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
En bas volume, les conditions d’application sont essentielles.
En bas volume, les conditions d’application sont essentielles. - © DR

Pour beaucoup aujourd’hui, la question du bas volume se résume à savoir si « réduire le volume d’eau permet également de diminuer la quantité de produit à utiliser ». Pour tenter de vérifier ce postulat et de répondre à cette question, Arvalis a mis en place toute une batterie de tests, tant sur le désherbage des céréales que du maïs, ou encore sur la protection contre la septoriose.
Entre 2004 et 2010, l’Institut du végétal avait déjà mis en exergue qu’il était possible de pulvériser à des volumes réduits sans perte d’efficacité. Nuances néanmoins, pour les produits de contact pour lesquels descendre en dessous de 80 l/ha pouvait parfois poser problème. Pour tous les autres produits, jusqu’à environ 50 l/ha, il ne semblait y avoir aucun souci. Côté matériel, le choix des buses basse pression XR, semblait être le plus judicieux, réduisant à la fois la dérive et donnant une bonne qualité de pulvérisation.
Depuis 2010, Arvalis expérimente donc la même méthodologie sur les volumes en y ajoutant d’autres paramètres, comme la dose utilisée, le fractionnement, l’emploi d’adjuvants... Entre 2010 et 2013, 51 essais fongicides blés ont ainsi été compilés, dont 23 avec de très fortes nuisibilités – 26 qx/ha – et ce, pour un volume donné unique de 65 l/ha.


Prendre en compte la nuisibilité de la parcelle
Dans tous les cas de figures, Arvalis souligne « la nécessité d’adapter la dose de fongicide utilisée à la nuisibilité de la parcelle ». Si une demi-dose peut s’avérer suffisante en pression faible, dés que la nuisibilité augmente, cette dose décroche nettement de 3 à 5 quintaux environ par rapport à une pleine dose. Même constat concernant le fractionnement. Une stratégie en 5 passages n’est ainsi probante qu’en cas de nuisibilité supérieure à 20 quintaux. Le gain par rapport à un programme classique à 3 interventions peut atteindre 2 à 3 quintaux. Un gain qu’il faut néanmoins relativiser, en prenant en compte le coût supplémentaire des interventions. Pour ce qui est des adjuvants, l’Institut du végétal semble confirmer leur intérêt pour des volumes de 65 l/ha. Il sécurise l’intervention pour une dépense, cependant, non négligeable. Un apport qui est encore plus significatif pour les doses fractionnées apportées en plusieurs fois. Le gain peut ainsi atteindre 2,5 quintaux dans une politique de 5 passages à demi-dose.


Combiner 5 interventions pour un meilleur résultat
En synthèse, et en y ajoutant les coûts supplémentaires d’intervention, Arvalis décline ses conclusions en fonction de l’année et plus encore de la nuisibilité de la septoriose. « Pour une faible nuisibilité, le fractionnement n’apporte rien, les adjuvants n’apportent, eux non plus, pas grand-chose. L’utilisation d’une dose N/2 est ainsi intéressante et justifiée de par la pression maladie réduite », témoigne ainsi Thierry Denis, en charge du dossier pulvérisation pour la région Nord. Dés que la nuisibilité augmente (plus de 20 qx/ha), le fractionnement apporte un réel plus. Les meilleures modalités sont ainsi obtenues en combinant 5 interventions à demi-dose, avec ou sans adjuvant, en fonction des conditions optimales ou non de l’intervention. Un résultat qui fait dire aux ingénieurs d’Arvalis que « dans l’optique, demain, d’une réduction de moitié des produits phytosanitaires, la meilleure modalité pourrait s’obtenir avec 5 passages à demi-dose avec l’emploi d’adjuvants pour sécuriser les interventions ». Une politique qui pourrait toutefois affecter les rendements régionaux de 3 ou 4 quintaux. Autre sujet qui fait également largement débat, l’évolution des souches résistantes avec l’utilisation de doses réduites et répétées. Aujourd’hui, faute de recul suffisant, le sujet semble susciter beaucoup d’interrogations et de craintes.


C.D.

Zoom sur... Le bas volume et le désherbage des blés

Depuis maintenant une dizaine d’années, Arvalis teste l’efficacité du bas volume sur les sulfonylurées, famille chimique essentielle dans le désherbage des céréales et de beaucoup d’autres cultures. Au-delà du produit utilisé, il semble que les conditions climatiques et le stade des plantules visées semblent primordiaux. Ainsi, entre des conditions favorables d’application – hygrométrie, température et vent – et des modalités plus défavorables, l’efficacité peut varier de plus de 30 %. En outre, plus on retarde l’application, par exemple entre le stade tallage et le stade 1 nœud, plus les conditions doivent être optimales. Les adjuvants et autres sels, n’interviennent que pour sécuriser une intervention. À l’instar d’une application d’Actimun (sulfate d’ammonium) avec de l’Atlantis qui n’augmente l’efficience du produit que de 1,5 points en condition idéale, contre 8 points en situation plus défavorable !
Il semble même, que l’adjonction de trop d’adjuvants ou de sels, crée des antagonismes avec des produits, il est vrai, de plus en plus « boostés » dès leur fabrication en huile et autres adjuvants, comme l’Atlantis OD, l’Axial Pratic ou encore le Quasar. Dans toutes les expérimentations entreprises, la réduction du volume d’eau ne perturbe pas l’efficacité de cette famille chimique. Mieux encore, comme pour les spécialités à base de glyphosate, plus le volume d’eau est faible, meilleure est l’action des sulfonylurées. Notons toutefois qu’en dessous de 50 l/ha, la technique devient très pointue et donc plus aléatoire.
Beaucoup de questions se posent aussi sur la dureté de l’eau, à savoir sa teneur en ions positifs comme le fer, le calcium ou encore le magnésium. Des concentrations importantes limiteraient l’efficacité de certaines spécialités. Dans les essais entrepris par Arvalis, la présence de fer dans la bouillie ne change absolument rien à l’action de produit comme l’Archipel OD. Si la dureté n’est pas mise en cause dans ces essais, c’est probablement du côté du pH qu’il faudrait maintenant regarder pour optimiser l’emploi de ces spécialités. Mais là non plus, les expérimentations faites par l’Institut du végétal ne mettent rien de plus en évidence.
Dans les conditions de l’essai, l’action des sulfonylurées ne semblent donc pas entravée par la dureté de l’eau, ou par des pH classiques.

Ce qu’il faut retenir des expérimentations Arvalis

La dose de fongicide appliquée est le premier facteur qui influence le rendement. Il doit tenir compte de la nuisibilité de l’année, mais aussi d’autres paramètres comme la sensibilité variétale, la date de semis... Plus la pression maladie est forte, plus le fractionnement se justifie.
Même si cette pratique est plus chère et plus contraignante, de par les coûts de passages supplémentaires qu’elle induit, elle n’en demeure pas moins intéressante économiquement avec un prix du blé élevé.
Côté adjuvants, leur efficacité n’est pas déterminante en 2013. Par contre, leur action semble tout à fait bénéfique en cas de fractionnement et de réduction de dose et ce, dans le cadre d’une pression maladie forte.
Aujourd’hui toute la problématique de telles pratiques repose sur l’évolution des phénomènes de résistance. En 5 applications, il semble ainsi que le risque soit plus grand qu’en 3 interventions classiques. Mais faute de recul suffisant, l’expérimentation se concentrera, dès 2014, sur ces problématiques de résistance.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Le Syndicat Agricole se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Le Syndicat Agricole
La couverture du journal Le Syndicat Agricole n°3704 | mars 2017

Dernier numéro
N° 3704 | mars 2017

Edition de la semaineAnciens numérosABONNEZ-VOUS

Les ARTICLES LES PLUS...

25-08-2016 | Le Syndicat Agricole

FRGEDA

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui