Le Syndicat Agricole 14 août 2014 à 08h00 | Par Simon Playoult

Production - 350 espèces de bambous au cœur du Ternois

Découverte d’une des plus importantes collections de bambous de France, plantes aux multiples fonctions.

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Certaines espèces de bambous peuvent pousser d’1,20 m par jour, même dans la région.
Certaines espèces de bambous peuvent pousser d’1,20 m par jour, même dans la région. - © Le Syndicat Agricole

Les forêts ternésiennes nous dévoilent une facette peu connue. Dissimulée dans les Vertes Collines du Saint-Polois, à Œuf-en-Ternois, une véritable forêt tropicale a éclos. Au beau milieu des aulnes, des bouleaux et des chênes locaux, le bambou est roi dans cette commune. Ici, on compte 255 habitants pour 350 espèces de bambous. Une collection imposante, joyaux de la famille Boucry qui l’entretient depuis 35 ans.


De la Chine au Ternois jusqu’au Sénégal
Rassembler toutes les espèces de bambous du monde dans un seul et même espace, un pari fou? C’est pourtant ce que poursuit Fabrice Boucry, gérant du « Jardin des Collines », spécialisé dans la commercialisation du bambou régional. « C’était le rêve de mon père qui était pépiniériste, indique-t-il. Tout a commencé lorsqu’un agriculteur du coin lui a offert un pied de bambou qu’il avait rapporté en souvenir de la guerre d’Indochine. À l’époque, la plante était complément inconnue en France ». Une fois la jeune pousse plantée, le virus du bambou a vite galvanisé Claude Boucry. Passionné, il s’est mis à collectionner les essences jusqu’à totalement ensemencer les 1,5 ha de son terrain. Des conteneurs de bambous ont même été rapatriés de Chine, de l’Himalaya et d’Angleterre pour le Ternois. « Au départ, c’était une initiative privée, mais la plante est devenue à la mode, avec les “jardins zen” ou les haies en bambou, explique le propriétaire. Nos ventes ont débuté avec des voisins, dans les alentours puis partout dans le pays, y compris en Corse, au Maroc et jusqu’au Sénégal ». La collection des Boucry est une des plus importante d’Europe. Elle a, entre autres, servi à l’aménagement du parc du château d’Andrézieux-Bouthéon, dans la Loire.


Une collection régionale bientôt certifiée ?
Le cœur de la bambouseraie est un vrai labyrinthe, Fabrice Boucry lui-même, avoue s’y perdre parfois. Afin de répondre rapidement aux demandes des clients et d’organiser sa production, ce « bambouphile », comme on le surnomme, entreprend depuis plusieurs semaines de répertorier l’ensemble des bambous de la parcelle. « Nous avons plus de 350 espèces différentes et ce n’est pas évident de se retrouver dans cette jungle ! Nous sommes actuellement en train de cataloguer les données GPS de chaque bambou afin de retrouver facilement l’endroit où il se situe », annonce Fabrice Boucry. Une classification de longue haleine qui fait suite à une demande d’homologation au Conservatoire des collections végétales spécialisées (CCVS). Fondé en 1992, il a pour objectif de fédérer toutes les initiatives privées ou publiques visant à préserver le patrimoine horticole et botanique, en particulier les cultivars sélectionnés par les Hommes, de manière à lutter contre la disparition de ces espèces. « Ce serait une reconnaissance pour notre travail et un gage de qualité, notamment pour notre centre de production », souligne Fabrice Boucry.


Des agriculteurs intéressés par l’aspect fourrager
On comprend vite l’attrait de la famille pour la plante. Elle a, en effet, de multiples fonctions.
Il y a deux sortes de bambous : les traçants et les non-traçants, qui ne sont pas envahissants. « Des variétés peuvent mesurer jusqu’à 15 mètres de haut et d’autres ne dépasseront jamais 1 m, certains se développent naturellement en ligne à partir d’un seul pied, et quelques espèces peuvent pousser d’1,20 m par jour, même dans notre région », confie le professionnel. Cette dernière particularité a d’ailleurs retenu l’attention de quelques agriculteurs du Nord-Pas de Calais qui ont replanté de petites parcelles de bambous sur leur exploitation. Quelques pays européens, et notamment le Royaume-Uni, valorisent les feuilles en fourrage pour le bétail. « Elles sont comestibles, vertes toute l’année et peuvent être utilisées en hiver en complément de la ration sèche ou fermentée, voire en période de sécheresse comme le faisaient les anciens avec les branches feuillues de frêne », affirme Fabrice Boucry. La productivité plutôt importante à l’hectare, pourrait intéresser les éleveurs avec des surfaces de prairies limitées pour alimenter leur cheptel ou pour sécuriser la ressource alimentaire. Néanmoins, l’utilisation du bambou pour le bétail n’est envisageable qu’en complément alimentaire de type « alicament » pour sa richesse en silice et en potassium. Au Japon et en Chine, par exemple, la ration du bétail est améliorée avec du bambou transformé en produit industriel sec, en poudre ou granulés. Et si nos vaches partageaient le repas des pandas ?

Au cœur de la collection, des bambous uniques en France, rappelant les forêts exotiques.
Au cœur de la collection, des bambous uniques en France, rappelant les forêts exotiques. - © Le Syndicat Agricole

Du bambou pour tout

• Dans l’habitat, le bambou est de plus en plus utilisé en revêtement de sol, sous la forme de parquet.
• Un grand concepteur de téléphone mobile coréen vient de lancer un concept insolite entièrement composé de bambou. Des socles de consoles de jeux sont aussi réalisés en bambou.
• Lors du Tour de France 2014, un vélo de compétition, dont le cadre est entièrement en bambou et fabriqué par une société lorraine, a été présenté en avant-première.
• Pour une grillade « alternative », le bois de bambou est à la mode comme combustible en remplacement du charbon de bois, au même titre que le bois de vigne, les coques de coco ou les rafles de maïs.
• Quelques architectes mondiaux s’inspirent du modèle végétal du bambou afin de concevoir des structures en « croissance permanente ».
• Le bambou est aujourd’hui à la conquête du marché du textile à grand renfort de publicité.

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