Le Syndicat Agricole 07 novembre 2013 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Prix du lait - « Lactalis ne négocie pas, elle fait ce qu’elle veut »

Le président du Groupement des producteurs livrant à Lactalis Cuincy (59) dénonce un prix moyen 2013 bien au-dessous des indicateurs Cniel, censés servir de référence.

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Joël Bray, président du Groupement des producteurs de Cuincy. (© Le Syndicat Agricole) Tableau 1: Lactalis fixe unilatéralement le prix du lait depuis juillet © Le Syndicat Agricole Tableau 2 : Les revendications prix du groupement de Cuincy (en euros les 1000 litres) © Le Syndicat Agricole

Selon Joël Bray, le compte n’y est pas: Lactalis doit revoir sa méthode de calcul du prix du lait.

Lors de la réunion organisée la semaine dernière par la laiterie, les producteurs présents sont partis en signe de protestation. Pour quelles raisons?
Le conseil d’administration du Groupement et moi-même avons demandé aux producteurs de quitter la salle, parce que Lactalis décide unilatéralement de l’évolution du prix du lait depuis le mois de juillet. Il s’agissait d’un acte symbolique pour bien marquer, auprès des responsables nationaux présents, notre désaccord sur la méthode de calcul du prix du lait de l’entreprise. Aujourd’hui, la seule possibilité de manifester notre mécontentement est de le faire lors des réunions organisées par la laiterie. Si nous manifestions à l’usine, Lactalis nous enverrait un courrier recommandé d’avertissement, menaçant de résilier notre contrat individuel de vente de lait. C’est en tout cas le traitement reservé aux collègues de la Manche et de Bretagne qui avaient manifesté cet été devant les usines et pendant le Tour de France. Lactalis fait une lecture très stricte d’une clause du contrat, qui stipule que nous n’avons pas le droit de porter atteinte à son image. L’entreprise ne négocie pas, elle fait ce qu’elle veut et les éleveurs n’ont plus leur mot à dire, même en cas de désaccord. C’est quasiment de l’intégration, voire une dictature.

Quelle est la méthode de calcul du prix du lait utilisée par Lactalis?
Lactalis ne respecte pas les clauses du contrat qui prévoient notamment de se baser sur les indicateurs nationaux pour fixer le prix du lait. L’évolution de prix, selon la méthode Lactalis, est de + 40 € sur juillet, + 45 sur août, + 45 € sur septembre, + 50 € sur octobre (cf. tableau 1). Mais en réalité cette évolution est appliquée sur la base d’un prix 2012 avec flexibilité déduite. Les évolutions réelles sont donc amputées de - 5,84 € sur juillet, - 7,30 € sur août et septembre et - 5,05 € sur octobre. La flexibilité 2013 positive à 2,68 € sur le troisième trimestre et 5,56 € sur le quatrième trimestre est quant à elle purement et simplement supprimée, soit 8 € sur le dernier trimestre 2013. Le quatrième trimestre s’annonce donc en déphasage complet de l’évolution par rapport aux indicateurs nationaux, qui sont de + 58 € sur septembre, et serait supérieur à 70 € sur novembre et décembre

Pourquoi n’êtes-vous également pas d’accord sur le prix de base payé aux producteurs?
En début d’année, nous avions défini avec Lactalis un prix de base 2012 à 319,97 €/1000 l pour les producteurs de Cuincy. Auquel il faut ajouter les 25 € en plus obtenus en avril dernier pour compenser en partie la hausse des charges, ainsi qu’un complément de prix de 5,90 €. L’entreprise avait également réintégré les « -5 € Sodiaal » du 4e trimestre 2012, lors de la fixation de sa saisonnalité 2013. Cependant, depuis septembre, les prix de base 2012 ont été minorés de ces 5 €. Ce qui fait que le prix moyen 2012 descend à 318,68 €/1000 l, c’est-à-dire à une perte de 1,29 € par rapport à la base retenue en janvier 2013 (cf. tableau 2).
Du coup, l’augmentation de 21,48 € en moyenne, annoncée par la laiterie sur l’année 2013, est fausse. Elle n’est que de 20,19 €. Sans compter que pour atteindre son objectif d’une augmentation de 25 € sur 2013 par rapport à 2012, Lactalis devrait augmenter de 100 € le prix du lait de décembre pour atteindre 388 €/1000 l.
Dans tous les cas, le prix moyen atteint 340,16 €/1000 l d’après les prévisions de prix Lactalis sur le 4e trimestre. On reste très loin de nos revendications, qui devraient nous permettre d’approcher les 350,95 €/1000 l en moyenne sur 2013 pour la zone de Cuincy. En résumé, il nous manque grosso modo 10,80 € et 2 € de flexibilité en moyenne d’année. En même temps, Serge Moly, qui va remplacer Claude Trévillot à la Direction Achat Lait, nous a bien fait comprendre qu’il voulait « payer le lait moins cher », et qu’il ne fallait pas « chipoter pour quelques euros ». Après tout cette différence d’une dizaine d’euros ne représenterait qu’environ 3000 € sur l’année pour éleveur avec un quota moyen de 300000 l de lait. Une bagatelle en effet, comparée au joli pactole que Monsieur Besnier se met dans la poche. Le calcul est simple, il suffit de multiplier ces 10,80 € par les 4,5 milliards de litres de lait collectés chaque année par Lactalis, soit près de 50 millions d’euros.

Qu’en est-il du complément de prix? Est-il supprimé?
Après les avoir questionnés, les représentants de la direction nous ont finalement indiqué que le complément de prix de 5,90 € était déjà inclus dans le prix de base estimé pour l’année 2013. Jusqu’alors, celui-ci était rajouté après par la laiterie. Cela revient donc à nous confisquer purement et simplement le complément de prix, qui avait été instauré à l’époque pour compenser le basculement des producteurs de Cuincy sur la grille de prix Criel, à la demande des industriels.

Quelles sont les perspectives pour la prochaine campagne?
En 2014, on prévoit une conjoncture favorable, avec des indicateurs Cniel probablement à la hausse en début d’année. Mais le gros point d’interrogation reste le prix de base. Si on démarre 2014 avec un prix de base calculé sur le prix payé en 2013, il manquera déjà une dizaine d’euros. Dans ces conditions, Lactalis aura beau jeu d’appliquer les accords interprofessionnels. En Outre, si nous ne parvenons pas à raccrocher les « - 5 € Sodiaal » dans le prix de base 2014, on devra encore les payer une année supplémentaire.

Des actions sont-elles à prévoir si vos revendications ne sont pas entendues?
À l’heure actuelle nous n’avons plus aucun moyen de pression sur Lactalis, même avec les OP. C’est encore le pot de terre contre le pot de fer. Il faudra peut-être aller jusqu’à la dénonciation des contrats signés avec Lactalis. Cette option est envisageable, d’ailleurs nous en discutons au sein de l’Unell. De toute manière, les éleveurs qui aujourd’hui n’ont pas encore signé leur contrat continuent à être collectés par leur laiterie.
Lactalis leur propose même les 10 % de prêt de quota, si ces derniers acceptent le prélèvement de pénalités en cas de dépassement de leur référence. Une autre piste au niveau national serait de demander aux producteurs d’investir dans un tank à lait, au lieu de le louer à Lactalis. L’entreprise est propriétaire de 80 % du parc froid. La zone de Cuincy fait exception en la matière puisque 95 % des tanks appartiennent aux éleveurs.

Propos recueillis par MDS

En chiffres : 29 €/1000 l

Lors de la table ronde laitière du 10 octobre dernier, le médiateur des relations commerciales a affirmé que « les entreprises étaient tenues de respecter les contrats signés avec les producteurs, qui stipulent que le prix du lait doit prendre en compte les indicateurs interprofessionnels ». Selon ses chiffres, la tendance était un prix 2013 plus élevé d’au moins 29 €/1000 l que le prix moyen de 2012 ». « C’est ce que nous allons demander à Lactalis », insiste Joël Bray.

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