Le Syndicat Agricole 25 octobre 2013 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Prix du lait - Des différences de prix et d’organisation en Europe

Malgré un marché commun et des acteurs transnationaux, les prix payés aux producteurs diffèrent selon les pays européens. Décryptage.

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Prix de la tonne de lait de vache en 2013 (en €/1 000 l). Source : commission régulation de la Commission européenne.
Prix de la tonne de lait de vache en 2013 (en €/1 000 l). Source : commission régulation de la Commission européenne. - © Le Syndicat Agricole

Au mois de juillet 2013, le prix moyen de la tonne de lait était de 362 € en France, de 368 en Allemagne, de 383 en Italie, de 400 aux Pays-Bas et de 312 en Slovénie, selon les chiffres de la commission régulation de la Commission européenne. D’après le site milkprice.nl, sur lequel le principal syndicat agricole néerlandais (LTO) et l’association European Dairy Farmers répertorient le prix du lait en Europe auprès de plus de 400 éleveurs, la tonne de lait a été payée 375 € par Lactalis en août, 413 par Friesland Campina, la coopérative quasi monopolistique des Pays-Bas, et jusqu’à 422 € par Granarolo, la plus grande coopérative laitière italienne. Si ces prix atteignent des sommets, les coûts de productions des éleveurs ont aussi flambé, même si une tendance baissière s’amorce. Dans un marché ouvert où les entreprises de collecte sont transnationales, le prix du lait payé au producteur connaît donc des écarts significatifs.


L’Italie, un pays déficitaire avec une production en chute
Mais ces chiffres sont à prendre avec des pincettes. D’abord, parce que les standards de qualité (taux de protéines, de matière grasse) sont différents d’un pays à l’autre. Il faut aussi regarder de près leur évolution dans le temps. Et surtout parce que la situation et l’organisation des filières sont extrêmement différentes selon les États. « L’Italie est très déficitaire en lait. Il lui manque 20 % de ses besoins, qu’elle doit acheter sur le marché spot européen », explique Gérard Calbrix, économiste à l’Association de la transformation laitière française (Atla). Sur le prix de ces importations s’ajoute le coût du transport, et ce prix influe sur le prix local.
« Le lait produit en Italie est utilisé essentiellement pour du fromage AOP, comme le parmigiano, qui a un très gros succès sur le marché intérieur comme international, avec une forte valeur ajoutée », développe-t-il, ce qui explique les prix élevés.
Et pourtant, ces tarifs sont loin de satisfaire les producteurs transalpins, dont les coûts de production sont élevés à cause du coût de l’énergie et de la logistique. « Ils ont un vrai problème de coûts de production, avec des exploitations hors sol qui doivent acheter l’alimentation. Malgré les prix élevés, leur collecte n’arrête pas de baisser », précise Gérard Calbrix.


En Allemagne, des relations commerciales plus apaisées
Autre pays souvent cité, l’Allemagne. Le Cniel se base sur le prix pratiqué par nos voisins germaniques pour définir ses indicateurs de prix : les prix français suivent ceux pratiqués outre-Rhin, quelques mois après, en atténuant les variations. Les prix en France sont restés plus élevés qu’en Allemagne pendant l’été 2012. Mais les éleveurs tricolores ont trouvé long le début d’année 2013 et le rattrapage sur les prix allemands, portés par une flambée des cours mondiaux des produits laitiers. Depuis juillet, les prix français et allemands sont équivalents.
Pour Gérard Calbrix, ce décalage met en évidence « le cœur du problème » que sont « les relations commerciales ». En Allemagne, « il y a des négociations commerciales au moins 2 fois par an entre industriels et distributeurs, sur l’évolution des prix qui correspond à l’évolution des cours mondiaux. En France, les négociations ont lieu une fois par an. Elles se font sans aucune référence à quoi que ce soit », explique t-il. Par exemple, « la grande distribution avait refusé toute hausse début 2013, alors que les Allemands ont négocié une augmentation du tarif du lait en octobre 2012, mai 2013, et début novembre ».


Pays-Bas, un monopole qui a investi à l’étranger
Depuis le début de l’année, la collecte laitière est globalement en baisse en Europe, à quelques exceptions près, principalement grâce à une bonne rémunération des éleveurs. Aux Pays-Bas, la collecte s’est accrue de 7,5 % en juillet 2013 par rapport à juillet 2012, stimulée par un prix du lait attractif stabilisé à 400 €/t depuis plusieurs mois. « La coopérative Friesland Campina est en situation de monopole aux Pays-Bas. Le conseil d’administration décide chaque mois du prix », commente Gérard Calbix. Celle-ci dispose d’un autre atout : « la marge réalisée dans les autres pays où la coopérative a des installations (Nigeria, Indonésie) est reversée aux producteurs ».


Regarder les coûts de production
Plus que les prix payés aux producteurs, European Dairy Farmer s’intéresse aux coûts de production. « Il n’y a pas de lien entre la rentabilité de nos fermes et le prix du lait », regrette Katrine Lecornu, sa présidente. « L’Irlande et l’Angleterre ont les prix les plus faibles mais font les meilleures marges, avec une maîtrise des coûts de production très forte, une alimentation basée sur le pâturage et des exploitations peu modernes. À l’inverse, les Pays-Bas ont un prix élevé, mais les coûts de productions sont élevés car les exploitations sont hors-sol », constate-t-elle. Et d’ajouter : « En France, on a toujours eu un prix moyen élevé avec des coûts de productions élevés, mais aujourd’hui les prix payés aux producteurs ne suivent pas. Je ne sais pas comment les éleveurs vont tenir comme ça ». Car, pour elle aussi, le principal problème concerne les relations commerciales : « Les Hollandais ont confiance en leurs coopératives ; quand les prix sont bas, ils savent qu’un jour ils vont se rattraper. En France, on a l’impression que les transformateurs ne sont pas des partenaires mais des adversaires. On perd énormément d’énergie alors que le secteur laitier français a tout ce qu’il faut pour être le meilleur du monde ».

Point de vue de François Moreau, membre du Conseil d’administration du Criel Nord-Picardie et Ardennes

Nous avons besoin d’une base de référence solide au niveau du Criel

Nombreux sont les producteurs qui s’interrogent sur les méthodes de calcul de l’évolution du prix du lait. Il est vrai que les indicateurs utilisés en France peuvent paraître complexes, mais ce qu’il faut savoir, c’est qu’ils sont le reflet du marché des produits laitiers.
Les indicateurs sont également le compromis des éléments retenus par les trois familles interprofessionnelles (producteurs, coopératives, transformateurs privés) lors de négociations depuis un bon nombre d’années. De plus, notre schéma tend à lisser les variations brutales des cours des produits industriels, à la différence de certains de nos voisins européens. Il faut en tenir compte lorsqu’ils sont à la baisse, comme à la hausse.
Bien entendu, le marché est toujours le reflet du rapport offre/demande et de la valorisation obtenue après transformation du lait. Si certains créneaux sont porteurs comme les fromages ou le beurre et la poudre, d’autres le sont moins comme le lait de consommation ou les produits frais qui accusent un recul en volume et en prix de vente. Ce dernier point reflète le mauvais fonctionnement du marché intérieur, avec une forte pression de la part des distributeurs pour refuser tout ou partie des hausses de tarifs en lien avec l’évolution du prix du lait payé au producteur. Nous déplorons également la décision de la quasi-totalité des entreprises de travailler sur un schéma de calcul de prix différent, laissant les producteurs dans le flou le plus complet quand ils veulent se comparer à leur voisin qui livre à une laiterie différente.
Nous avons besoin d’une base de référence solide au niveau du Criel, déterminée à partir d’indicateurs incontestables par le producteur ou par l’entreprise. Ce schéma a fonctionné jusqu’en fin décembre 2012. Nous devons y revenir rapidement pour la pérénité de la filière laitière dans notre bassin Nord-Picardie-Ardennes.

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