Le Syndicat Agricole 21 novembre 2013 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Prix du lait - Prix du lait - Danone joue avec les nerfs des producteurs

Les producteurs de lait livrant l'usine de Bailleul dénoncent le non-fonctionnement de la relation contractuelle avec Danone.

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Les représentants des producteurs demandent-ils à Danone d'établir avant le 1er décembre les conditions d'une augmentation du prix du lait payé aux producteurs ; et surtout que cette augmentation du prix du lait pour 2013 « suit la tendance lourde », soit une hausse de 30 EUR/1 000 l par rapport à la moyenne 2012.
Les représentants des producteurs demandent-ils à Danone d'établir avant le 1er décembre les conditions d'une augmentation du prix du lait payé aux producteurs ; et surtout que cette augmentation du prix du lait pour 2013 « suit la tendance lourde », soit une hausse de 30 EUR/1 000 l par rapport à la moyenne 2012. - © S. Leitenberger

La tension monte d'un cran entre les producteurs de lait et les laiteries sur le prix du lait. Lundi dernier, dans la soirée, plusieurs dizaines d'éleveurs laitiers livrant Danone Bailleul ont déversé du fumier devant les grilles de l'usine. Une opération « coup de poing » en réponse au comportement de l'industriel avec ses producteurs. Ces derniers dénoncent notamment le non-fonctionnement de la relation contractuelle qui les lie à l'entreprise.


Danone pose un lapin à ses producteurs...
Plus tôt dans la journée, les représentants du groupe Danone ne s'étaient pas présentés à un rendez-vous proposé par les représentants des producteurs, afin de trouver un accord sur la fixation des prix d'achat. « Les producteurs avaient convié la direction de Danone à les retrouver à la Maison du Lait à Paris pour finaliser les mécanismes de fixation des prix avant le 1er décembre », indique Gilles Durlin, président du Groupement des producteurs livrant Danone Bailleul. Comme ils ne sont pas venus à la réunion, une délégation de 4 organisations de producteurs (OP), représentant 75 % de la collecte de lait pour Danone France, s'est rendue au siège de l'entreprise (NDLR : Boulevard Haussman à Paris) où elle a été reçue par une responsable de la communication du groupe ». De son côté, Danone a proposé de repousser la rencontre au 6 décembre.


... et joue la montre
Selon Gilles Durlin, ce rendez-vous manqué « traduit le dysfonctionnement et la mauvaise relation de Danone avec ses producteurs ». Pire, la société ferait volontairement traîner les choses, afin d'avoir récupéré l'avance consentie aux producteurs avant toute négociation sur l'avenir.
« À cette date, il y a un certain nombre d'éléments sur lesquels on ne pourra plus jouer, Danone aura repris l'avance de 25 euros sans nous donner la possibilité de construire le mécanisme final, explique-t-il. Il y a urgence à finaliser la méthode définitive avant l'annonce du prix du lait du mois de décembre. Les membres de la délégation avaient en main suffisamment d'éléments économiques pour y parvenir, ainsi qu'un mandat de négociation clair de leurs producteurs ». Ce dernier regrette « le non-fonctionnement de la relation contractuelle », ainsi que « le déséquilibre de la relation entre les producteurs et l'entreprise via les OP ».
Aussi, les représentants des producteurs demandent-ils à l'entreprise d'établir avant le 1er décembre les conditions d'une augmentation du prix du lait payé aux producteurs ; et surtout que cette augmentation du prix du lait pour 2013 « suive la tendance lourde », soit une hausse de 30 EUR/1 000 l par rapport à la moyenne 2012. Danone assure pour sa part avoir mis en place un mécanisme « qui devrait permettre de garantir, par rapport à l'année 2012, une hausse de 25 euros par 1 000 litres en moyenne annuelle sur la totalité de l'année 2013 à la condition que les enseignes de la grande distribution en acceptent la répercussion dans les tarifs de vente ». L'entreprise assure qu'elle fera « un état des lieux à la fin du dernier trimestre 2013, après connaissance de l'ensemble des éléments permettant de calculer le prix moyen du lait sur la totalité de l'année 2013 ».


Ça coince partout
Toujours est-il que cette situation est loin d'être un cas particulier. La Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) fustige également dans un communiqué, daté du 19 novembre, l'attitude de certaines entreprises laitières qui « ne respectent ni le contrat, ni les indicateurs de l'interprofession, ni la médiation engagée (25 EUR/1 000 l) par le ministre Stéphane Le Foll » (cf. encadré « Zoom sur... »). Par ailleurs, l'Union nationale des éleveurs livreurs Lactalis (Unell) pointe aussi « le dysfonctionnement des relations des OP avec Lactalis depuis plus d'un an dans le cadre de la contractualisation ». L'Unell affirme avoir présenté un cahier de doléances à l'entreprise, qui « n'a pas souhaité répondre aux problématiques évoquées par les producteurs notamment sur le prix du lait ».

MDS

Zoom sur... La FNPL accuse certaines laiteries de bafouer les contrats

La Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) dénonce « l'attitude des transformateurs » sur le principe de la contractualisation qui, parfois, « peut constituer un risque pour les producteurs de lait. » « La contractualisation ne peut réussir que si les bases de négociation du contrat sont équilibrées et respectées », indique le syndicat dans un communiqué. « De nombreuses organisations de producteurs nous ont fait part de leur difficulté dans l'application de la contractualisation voulue par le législateur », explique-t-il. Certaines entreprises refusent ainsi « de considérer les organisations de producteurs comme de réels interlocuteurs », « décident unilatéralement du prix du lait » et « sont dans le déni face à un marché mondial des produits laitiers très porteurs et aux hausses des tarifs effectives consenties par la grande distribution ». Et d'indiquer tout de même que « tous les transformateurs n'ont heureusement pas cette attitude suicidaire pour la filière laitière. » Il semblerait que Stéphane le Foll ait la volonté d'améliorer les relations contractuelles mais, pour la FNPL, « le temps législatif est long ». Dans ce cadre, les producteurs de lait demandent au ministre de « créer les conditions d'une remise à plat des clauses défaillantes des contrats. La contractualisation dont l'objet est de donner de la visibilité économique aux éleveurs laitiers va redevenir, par le manquement de certains transformateurs, un enjeu politique majeur à quelques mois de la fin des quotas laitiers. »

Lactalis : les producteurs veulent des contrats plus équilibrés

Les producteurs de lait qui livrent à Lactalis demandent à ce que le décret sur la contractualisation soit modifié pour améliorer le rapport de force avec l'entreprise. Le torchon brûle toujours entre Lactalis et ses fournisseurs. « La contractualisation avec Lactalis est un échec. On n'aurait jamais imaginé que l'entreprise revienne sur ses engagements contractuels », déclare Sébastien Amand, le président de l'Union nationale des éleveurs livreurs de Lactalis (Unell) et administrateur de la FNPL après avoir dressé un bilan, sans concession, des décisions unilatérales du groupe vis-à-vis de ses livreurs depuis 2 ans. Ainsi, dès juillet 2012, Lactalis a décidé unilatéralement de modifier la tranche de flexibilité en cours d'année, alors que le changement intervient habituellement en début de campagne. 2 mois plus tard, elle a imposé une réduction unilatérale du prix payé au producteur de 5 EUR/1 000 l pour le 4e trimestre.
La modification des critères de détermination du prix payé au producteur de juillet à décembre 2013 s'est faite de manière unilatérale, Lactalis ayant décidé de son propre chef d'imposer un « prix politique » de 340 EUR/1 000 l en moyenne annuelle, sans autre considération que ses propres intérêts.
Au final, Sébastien Amand estime à 8-10 EUR/1 000 l le manque à gagner pour les producteurs livrant à Lactalis sur l'ensemble de l'année, « du fait du non respect des engagements contractuels ». Bref, l'entreprise s'assoit systématiquement sur les contrats, les indicateurs de l'interprofession et refuse de considérer les groupements de producteurs comme de réels interlocuteurs, estime l'Unell. Une attitude qui ne va pas manquer d'inspirer les autres entreprises dans la filière pour faire pression sur les prix. Sébastien Amand évoque « une entente illicite pour sous-payer les producteurs ». Malgré les échecs successifs avec Lactalis, l'Unell ne remet pas en cause la contractualisation, mais souhaite « un véritable rééquilibrage du rapport de force », avec l'entreprise. Aussi, l'Unell appelle-t-elle à une modification du décret sur la contractualisation ainsi qu'un renforcement du rôle des OP dont le rôle a été édulcoré dans le projet de loi d'Avenir. Sébastien Amand plaide, notamment, pour qu'ils puissent agir en justice et ainsi dénoncer les violations de contrats. Des amendements en ce sens devraient être soumis aux Parlementaires qui auront à examiner le projet de loi d'Avenir début 2014.

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