Le Syndicat Agricole 20 août 2015 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Préparer la récolte et préserver la qualité

Les conseils du Comité technique concernant le défanage avant la récolte des tubercules.

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La technique du broyage présente l’avantage de stopper instantanément le grossissement des tubercules, ce qui permet une meilleure maîtrise du calibre final.
La technique du broyage présente l’avantage de stopper instantanément le grossissement des tubercules, ce qui permet une meilleure maîtrise du calibre final. - © Le Syndicat Agricole

Le défanage a pour but d’arrêter la végétation dès lors que l’on a obtenu le calibre et le taux de matière sèche adaptés à la destination de la variété. Il facilite la récolte en réduisant le volume de fanes, facilite le détachement des tubercules et détruit éventuellement les adventices mal contrôlées avec le programme de désherbage. Il est important de maintenir la qualité sanitaire de la parcelle pendant cette période en choisissant bien le mode de défanage et en maintenant la protection fongicide tant que des feuilles ou des tiges restent vertes. La peau se renforce pendant cette période, ce qui rend les tubercules moins sensibles aux coups lors de la récolte. Pour ce faire, un délai minimum de 2 à 3 semaines doit être respecté avant la récolte. En réduisant le volume des fanes, le défanage facilite aussi la récolte en rendant plus fluide le flux des tubercules sur l’arracheuse.

Le défanage chimique reste la référence
Quel que soit le type de productions, le défanage chimique est la méthode actuellement la plus largement utilisée. Sa mise en œuvre est rapide et limite les dépenses énergétiques de traction à un niveau minimal. Lorsque le feuillage des pommes de terre a atteint le début de la sénescence, le défanage chimique est relativement facile en un ou deux passages. Dans les autres cas, et en particulier pour les variétés à fort développement (Markies...), un programme de traitement à deux ou trois applications est la stratégie la plus fréquente. Le premier traitement vise à détruire rapidement le feuillage et à enclencher la sénescence ; le suivant, 5 à 7 jours plus tard, permet la destruction des tiges tout en limitant les repousses foliées (redémarrage des bourgeons à l’aisselle des feuilles). Les substances actives actuellement utilisées pour le défanage de la pomme de terre sont assez complémentaires. Le diquat (Reglone 2) comme le glufosinate (Basta F1) sont des molécules essentielles au défanage chimique. Elles permettent dans les programmes « d’ouvrir la végétation » en détruisant les feuilles et de rendre ainsi plus accessibles les tiges qui seront alors contrôlées soit par un dessicant type carfentrazone éthyle (Spotlight Plus) ou pyraflufen éthyle (Sorcier), soit par le renouvellement de l’application de Reglone 2 ou de Basta. Notez que pour ces deux spécialités commerciales, les contraintes d’utilisation sont de plus en plus nombreuses.
Ainsi, depuis l’an dernier, Réglone 2 et Basta F1 ne sont plus mélangeables avec les fongicides. Cette année, la spécialité Basta F1 voit son utilisation contrainte à l’application en bandes ou applications ponctuelles.
Pour répondre à cette obligation, il est conseillé d’intervenir en deux fois (ex. : les fourrières dans un premier temps puis le reste du champ), de raisonner variété par variété si vous en avez plusieurs dans la même parcelle, de traiter en localisé au moment du broyage et de ne pas défaner certaines zones de la parcelle dont la sénescence est suffisamment avancée. Il est important de bien se tenir informé des dispositions réglementaires des spécialités commerciales que vous utilisez.

Une nouvelle spécialité intéressante pour l’environnement
Beloukha a vu son homologation validée l’an dernier au cours de la campagne de défanage. Cette spécialité, issue d’une extraction d’huile de colza, n’a pas de classement ecotoxicologique puisqu’elle est 100 % naturelle (elle pourrait être homologuée en agriculture bio). Le mode d’action de ce produit est un peu comparable au Réglone 2 mais avec une efficacité moyenne qui dépend surtout des conditions d’applications. Il n’est pas envisageable de s’attaquer à des parcelles à forte végétation avec cette spécialité qui pourrait davantage trouver son utilité pour des créneaux obligeant à une réduction drastique de l’IFT. De plus, le processus d’extraction rend cette spécialité très onéreuse pour le moment (environ 300 €/ha). Dans un autre registre, des essais désherbage assez satisfaisants sont en cours pour des applications au tout début de la levée des pommes de terre.

Le broyage de plus en plus répandu
Les objectifs du plan Ecophyto, les restrictions de plus en plus nombreuses qui touchent les défanants chimiques et l’évolution des matériels contribuent au développement du broyage des fanes en préalable à l’application d’un défanant chimique.
La technique du broyage présente l’avantage de stopper instantanément le grossissement des tubercules, ce qui permet une meilleure maîtrise du calibre final tout en économisant un traitement. Par ailleurs, sur un plan physique, les fanes broyées ne représentent plus une entrave lors de l’arrachage ou encore du semis de blé qui suit. Cette technique a notamment un intérêt pour les variétés à fort développement végétatif qui sont difficiles à défaner.
En équipant son broyeur, on peut valoriser le passage en rappuyant la butte pour limiter le verdissement dans certains types de sols qui se fendillent ou certaines variétés qui poussent en superficie de la butte.
Pour « resserrer » les buttes, les pneus sont à privilégier en conditions sèches et les diabolos en conditions plus humides. Le broyeur doit donc avoir les bons équipements, mais aussi des fléaux adaptés à la forme de la butte et des déflecteurs permettant de bien localiser les résidus dans l’entrebutte.
Enfin, la conception du broyeur a aussi son importance pour avoir un effet d’aspiration permettant de bien reprendre l’intégralité des fanes qui peuvent parfois être couchées, un peu comme de la verse en céréales. Mais la technique du broyage n’a pas que des avantages, le débit de chantier n’ayant rien à voir avec celui d’un pulvérisateur, il faut toujours être en mesure d’assurer une intervention en bonnes conditions.
Le tassement et la dégradation de la structure par le passage de tracteur sont possibles. En conditions humides, un rappui trop prononcé de la butte peut la rendre difficile à sécher ou la faire durcir en superficie. En conditions sèches, ce sont plutôt les endommagements des tubercules qui sont à craindre, notamment en sols argileux présentant des arêtes vives.
Le broyage est à proscrire, ou doit se faire de manière très vigilante, dans les parcelles présentant du mildiou, les portes d’entrées provoquées par le broyage entraînent la propagation des spores de mildiou et une contamination rapide des tubercules.
Après le broyage, un complément chimique est nécessaire, idéalement 2 à 3 jours plus tard. C’est la raison pour laquelle il est indispensable de ne pas broyer trop ras pour avoir suffisamment de tiges (15 à 20 cm) pour recevoir du Spot light à 1 l/ha ou du Sorcier à 0,8 l/ha. Cette application est indispensable dans la très grande majorité des cas ; seules des parcelles très mures et un broyage en conditions chaudes et sèches pourrait permettre de faire l’impasse de défanant. L’application chimique peut aussi se faire via une installation de pulvérisation sur le broyeur donnant de bons résultats en un seul passage. Attention toutefois, car ces installations de pulvérisation peuvent conduire à appliquer les produits dans des conditions qui ne sont pas toujours optimales, en plein jour par exemple.
Enfin, la pulvérisation centrifuge sous cape (Loof does) permet l’application des différents produits après broyage avec quantité d’eau de l’ordre de 25 à 50 l/ha tout en assurant une meilleure répartition du produit sans dérive.


Benoit HOUILLIEZ
Chambre d’agriculture de région Nord-Pas de Calais

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