Le Syndicat Agricole 24 septembre 2015 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

Porc : les grands pays producteurs en difficulté, à l’exception de l’Espagne

Danemark, Pays-Bas, France, Allemagne : en Europe, tous les grands pays producteurs de porcs, à l’exception de l’Espagne, s’apprêtent à voir disparaître une partie de leurs élevages porcins.

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En Espagne, grâce à un système d’intégration particulièrement performant, les éleveurs échappent à la crise porcine qui sévit dans tous les autres pays producteurs de porcs européens. © C. Gérard En France, la nouvelle contractualisation dans le secteur porcin doit permettre d’intégrer les prix de façon à en limiter la volatilité pour les différentes parties prenantes. © DR

« La crise est apparue un peu partout en Europe », concluait le président de l’interprofession porcine Guillaume Roué à l’issue d’une conférence organisée par l’Ifip-Institut du porc sur la crise porcine en Europe, le 17 septembre. Partout, à l’exception peut-être de l’Espagne, dont le modèle d’intégration calqué sur les États-Unis a protégé les éleveurs – 80 % des éleveurs des grandes régions d’élevage sont payés hors de toute variation conjoncturelle. Sur les huit premiers mois de l’année, l’Espagne n’enregistre aucune perte, tandis que les éleveurs français ont perdu en moyenne 5 euros par porc, estime l’économiste de l’Ifip Boris Duflot. S’il n’y avait pas eu de hausse cet été en France, les pertes auraient même atteint 10 euros par porc. En Allemagne et au Danemark, elles atteignent 12 euros sur la même période. En Allemagne, où certains engraisseurs renoncent à remplir leurs bâtiments faute de rentabilité, les naisseurs sont les premières victimes, et le prix du porcelet a presque atteint le niveau « catastrophique » de 2007-2008.

L’Espagne traverse la crise sans encombre
Cette crise de marché, liée à une surproduction en Europe, notamment une hausse inattendue des porcs produits fin 2014, à l’embargo russe et à une faible consommation, constitue un « stress test » pour les modèles économiques de chaque pays. À ce jeu, le modèle espagnol est le plus performant. Les Espagnols ont profité d’une très bonne tenue des prix du porc sur le marché durant la période 2012-2014, qui leur a permis d’investir et de faire progresser leurs performances techniques : le nombre de porcs produits par truie a progressé de 11 % (contre + 6 % en France), l’indice de consommation de 10 % (contre - 3 % en France) et le temps de travail par truie a baissé de 20 % (contre - 8 % en France). Au total, le coût de revient espagnol n’a augmenté que de 4 % entre 2007 et 2013, tandis qu’en France, il progressait de 17 %. « C’est comme s’ils n’avaient pas subi la hausse de l’alimentation », constate Boris Duflot. Ils ont par ailleurs bénéficié d’une très faible augmentation des coûts de construction des bâtiments (+ 2 %, contre + 21 % en France) et de main-d’œuvre (+ 4 %).

Les Pays du Nord liquident les producteurs moyens
Au Danemark et aux Pays-Bas, les éleveurs souffrent durement de la crise, et le paysage porcin s’apprête à vivre une nouvelle restructuration, rapporte l’Ifip. Au Danemark, les éleveurs moyens enregistrent de lourdes pertes depuis de nombreuses années, mais les éleveurs les plus performants sont toujours rentables, continuent de s’endetter et rachètent leurs voisins, en développant notamment des exploitations multi-sites. Dans ce pays qui voit disparaître deux tiers de ses élevages tous les 10 ans, et qui ne compte déjà plus que 2 000 éleveurs, on s’apprête à vivre une nouvelle restructuration, au même rythme. La situation est similaire aux Pays-Bas, où 20 % des élevages sont proches de la cessation de paiements, en particulier les engraisseurs. Le rythme des disparitions (- 50 % des élevages tous les dix ans) devrait rester stable. La conjoncture amène même les élevages les plus rentables à différer leurs investissements.

Restructuration à venir en France et en Allemagne
En Allemagne, premier producteur européen, la situation est jugée « catastrophique », rapporte l’économiste Christine Roguet. La restructuration va également se poursuivre, et l’agrandissement des meilleurs se déroulera par construction, rachat, ou location de porcherie (procédé courant dans le pays). Pour Christine Roguet, le modèle naisseur-engraisseur reprend des couleurs en Allemagne, où il s’avère plus robuste que le naissage spécialisé et répond mieux aux besoins de traçabilité. En France, « 10 % des élevages ne survivront probablement pas à cette crise, et 10 % supplémentaires sont en danger », a déclaré le président de l’interprofession porcine (Inaporc) Guillaume Roué, lors de la conférence. « Nous allons vers une restructuration, l’enjeu sera de conserver l’efficience », notamment au travers du renouvellement des bâtiments. Toutefois, Guillaume Roué s’est dit rassuré de constater que les « problématiques environnementales et sociétales » s’installaient chez les concurrents, notamment en Espagne et en Allemagne, deux pays qui ont connu « une évolution extraordinaire durant la dernière décennie et pris d’importantes parts de marché ».

Zoom sur... De nouvelles contractualisations pour contrer la volatilité

Le 27 août dernier, la filière porcine réunie en pleine crise au ministère de l’Agriculture avait acté la nécessité de faire évoluer son fonctionnement en profondeur. Le 23 septembre, Stéphane Le Foll a ainsi avancé des pistes pour développer de nouvelles formes d’organisations, en réaffirmant l’importance d’ « inventer notre modèle ». Un modèle qui ne serait ni une intégration par l’aval, comme en Espagne, ni une intégration par l’amont avec une ou deux grandes coopératives comme au Danemark ou en Allemagne, mais qui combine des exploitations avec des éleveurs à leur tête, des industriels en capacité d’investir et une meilleure valorisation de l’ensemble de la carcasse. « Nous avons besoin de faire des choix stratégiques de valorisation et cela passe par une stratégie contractuelle », a-t-il affirmé. Le ministère va mettre en place sur son site internet un appel à manifestation d’intérêt. L’idée est de recenser auprès des opérateurs de la filière les différentes formes de contrats existants, les bonnes pratiques et les expériences positives. Les nouveaux contrats doivent pouvoir intégrer les prix de façon à en limiter la volatilité pour les différentes parties prenantes, à l’exemple du contrat swap signé entre Syproporc et Herta. Mis en place depuis juillet pour une durée de six mois, ce contrat garantit à chaque producteur un prix fixe pour le volume déterminé et la période choisie, quel que soit l’acheteur. Quand le prix du marché du porc est inférieur au prix du contrat, Herta compense l’écart auprès des éleveurs même s’il n’est pas l’acheteur et à l’inverse, si le prix du marché est supérieur au prix du contrat, les éleveurs transfèrent à Herta le montant de la compensation.
Pour favoriser le développement de ces nouveaux contrats, le gouvernement entend encourager la mise en place de caisses de sécurisation. Abondées par les différentes parties prenantes du contrat, elles doivent permettre de lisser la volatilité des prix et le risque encouru par le producteur, si par exemple le montant contractualisé s’avère inférieur à celui auquel il aurait pu vendre ses porcs sur le marché. Mais elles réduisent aussi les risques pour l’industriel qui aurait pu s’approvisionner à plus bas coût, quand les prix du marché sont plus bas que ceux fixés dans le cadre du contrat. Opérationnel pour la filière porcine, le système sera également applicable à la filière bovine sous une quinzaine de jours, a précisé le ministre. Il pourra peut-être être étendu à la filière laitière.

Stéphane Le Foll ne comprend pas les arguments de Bigard

« Je ne comprends pas pourquoi Bigard et Cooperl ne sont pas revenus sur le marché de Plérin », a fait savoir Stéphane Le Foll. En effet, l’argument invoqué en août lors de leur départ était la différence de prix trop importante entre le prix au cadran et le prix allemand. Or « depuis ce constat, les prix en Allemagne ont remonté de 12 centimes depuis trois semaines, et les écarts invoqués se sont réduits puisque dans le même temps, le prix à Plérin est passé de 1,40 €/kg à 1,377 €/kg. On est pratiquement arrivé à un équivalent, à 5-8 centimes près », a expliqué le ministre de l’Agriculture. Ce dernier déplore également le manque de transparence de Bigard qui a invoqué la semaine passée des problèmes financiers pour justifier sa décision de payer le porc moins cher que le prix au cadran. Si le ministre reste par ailleurs attaché à l’idée d’un marché qui donne une indication de prix, comme il en existe également dans les autres grands pays producteurs, il regrette qu’aucune proposition n’ait été formulée pour rénover le marché au cadran, comme l’avait pourtant souhaité la filière fin août.

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