Le Syndicat Agricole 25 avril 2013 à 14h51 | Par Le Syndicat Agricole

Pommes de terre - La solution chimique seule ne permet pas d’éliminer les nématodes

Message du Comité technique régional concernant la réglementation et méthodes de lutte contre les nématodes à kystes.

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Kystes sur radicelles de pommes de terre.
Kystes sur radicelles de pommes de terre. - © Chambre d’agriculture 59-62
Les nématodes à kystes, ainsi nommés car les femelles forment des kystes sur les radicelles de pommes de terre, sont des organismes de quarantaine responsables de pertes de rendement plus ou moins importantes selon l’infestation de la parcelle et la variété cultivée. Chaque kyste contient de 100 à 1 000 œufs, lesquels éclosent sous l’action des exsudats racinaires des pommes de terre. Ainsi libérées, les larves se nourrissent sur la culture. 2 espèces de nématodes à kystes existent, et sont elles même divisées en plusieurs pathotypes :
- Globodera pallida qui a 3 pathotypes (Pa 1 à 3),
- Globodera rostochiensis qui a 5 pathotypes (Ro 1 à 5).

Le contexte réglementaire
Ces organismes nuisibles sont réglementés. Cela implique d’éviter leur introduction et leur dissémination sur le territoire communautaire ainsi que les pays tiers, de les éradiquer en cas de détection par une lutte obligatoire et de surveiller annuellement le territoire par le biais de prélèvements de terre en parcelle.
L’arrêté du 28 juin 2010 fixe les règles de lutte contre les nématodes à kystes de la pomme de terre. Une prospection annuelle est mise en place et concerne 100 % des surfaces en plants de pommes de terre et 0,5 % des surfaces pour les pommes de terre de consommation. Les prélèvements sont réalisés avant l’implantation de la culture. En cas de présence confirmée de nématodes, une gestion de foyer devra être mise en place et les exports stoppés (non délivrance du certificat d’export).
La gestion de foyer consiste notamment à interdire la plantation de pommes de terre dans la parcelle et à détruire les repousses pendant 6 ans. Cette durée peut être réduite à 3 ans si une nouvelle analyse se révèle négative et que la parcelle a été désinfectée ou qu’une variété résistante a été plantée.

La prophylaxie
Les kystes sont véhiculés par la terre. Pour éviter tout risque de contamination des parcelles, il est recommandé de ne pas récupérer de terre extérieure à l’exploitation et de redoubler de vigilance lors d’échanges ou de locations de terres. Éliminez également la terre adhérente au matériel entre 2 parcelles. L’utilisation de plants certifiés offre une vraie garantie contre les nématodes. Enfin, le risque de sélectionner et de multiplier un pathogène augmentant avec le retour trop fréquent d’une culture, il faut respecter une rotation de 4 à 5 ans en pomme de terre et éliminer les repousses dans les cultures suivantes.
Sans présence de pomme de terre, la population de nématodes dans le champ diminue de 10 à 20 % par an. En situation de forte infestation, cette décroissance naturelle ne suffit pas. Il faut alors combiner :
- une rotation longue pour diminuer la population de nématodes ;
- des variétés résistantes pour ne pas multiplier les nématodes ;
- une lutte chimique pour maintenir la performance de la culture.
Il existe également une plante piège, Solanum sisymbriifolium, dont les exsudats racinaires incitent les kystes à éclore mais empêchent les larves libérées de se fixer sur les racines et donc de se nourrir. Bien implantée, cette plante permet de diminuer jusqu’à 80 % la population de nématodes. Pour économiser une année de culture, il pourrait être envisagé de la semer uniquement dans la zone du champ infestée. La Chambre d’agriculture de région travaille actuellement sur les modalités d’implantation, celles-ci vous seront présentées plus en détail lors de la manifestation professionnelle Qualipom’Nord, qui se déroulera le 27 juin à Chocques.

La lutte chimique
Deux matières actives sont homologuées contre les nématodes à kystes de la pomme de terre : le Fosthiazate (Némathotin 10G de Syngenta) et l’Oxamyl (Vydate 10G de Dupont). Ces produits provoquent la paralysie des larves le temps de leur rémanence, cela permet ainsi un meilleur démarrage de la pomme de terre. Par contre, leur action étant limitée dans le temps, les nématodes finissent ensuite leur cycle et peuvent se multiplier. La solution chimique seule ne permet pas d’éliminer les nématodes des parcelles, c’est un moyen de lutte à combiner avec d’autres leviers génétiques et agronomiques.

Céline Olivier, conseillère Pomme de terre
Chambre d’agriculture de Région Nord-Pas de Calais

Les variétés de pommes de terre résistantes aux nématodes à kystes
Ces variétés ne multiplient pas les nématodes à kystes. Mais attention une variété résistante n’est pas tolérante : tout comme les variétés sensibles, leur performance peut être impactée par la présence des nématodes. Il n’existe pas de liste officielle des variétés de pommes de terre résistantes aux nématodes à kystes, il faut donc se référer à la résistance annoncée lors de l’inscription de la variété au catalogue français.
Certaines variétés sont sensibles à toutes les espèces de nématodes à kystes (Bintje, Challenger, Voyager, Charlotte, Franceline...), mais la majorité des variétés sont résistantes à Globodera rostochiensis 1 ou 1-4, ce sont les nématodes les plus fréquemment rencontrés dans les parcelles infestées. « Innovator » est par exemple résistante à Globodera pallida 2-3, et « Eurostar » aux deux espèces : Globodera rostochiensis 1 et Globodera pallida 2-3.
Il n’est pas recommandé de travailler uniquement avec des variétés résistantes Ro1 ou Ro1-4 au risque de provoquer une inversion de population de nématodes dans la parcelle en favorisant la multiplication des Globodera pallida.

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