Le Syndicat Agricole 10 avril 2014 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Politique - La profession attend beaucoup du ministre de l’Agriculture

Stéphane Le Foll demeure responsable du portefeuille de l’agriculture avec, toujours devant lui, un grand nombre de problèmes à régler, de défis à relever.

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Environnement, compétitivité, emploi, élevage... Les représentants professionnels agricoles attendent des réponses concrètes de la part du ministre de l’Agriculture sur de nombreux sujets.
Environnement, compétitivité, emploi, élevage... Les représentants professionnels agricoles attendent des réponses concrètes de la part du ministre de l’Agriculture sur de nombreux sujets. - © P. Le Douarin

Si le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll conserve son portefeuille, le gouvernement Valls n’en est pas moins nouveau concernant les dossiers agricoles. En témoigne l’arrivée de Ségolène Royal au ministère de l’Écologie, qui donnera une tonalité bien différente de celle de son prédécesseur Philippe Martin. En témoigne également la personnalité du Premier ministre Manuel Valls, ex-ministre de l’intérieur de choc, sans attache agricole ou rurale mais aux idées précises sur bien des sujets. Il s’est affirmé pour un retrait du nucléaire, favorable aux énergies renouvelables, tout en étant plutôt pro-OGM et sensible aux biotechnologies en général.
Pour les syndicats agricoles, ces changements sont accueillis diversement. La FNSEA et le syndicalisme majoritaire en général n’auraient pas vu d’un mauvais œil un changement au ministère de l’Agriculture. Les relations avec Stéphane Le Foll n’étaient pas au beau fixe ces dernières semaines et la FNSEA était tentée par l’idée de mettre en avant un candidat présumé pour le poste, le sénateur drômois Didier Guillaume, très attentif aux suggestions des majoritaires lors de la préparation du passage de la loi d’Avenir pour l’agriculture au Sénat.
Selon Guy Vasseur, président de l’APCA (Chambres d’agriculture), « la reconduction de Stéphane le Foll confirme qu’il a tiré son épingle du jeu au niveau européen et il est conforté dans la mise en œuvre de la loi d’Avenir. » En tout cas, pour Xavier Beulin, président de la FNSEA, « il faut que le ministère Le Foll II soit celui qui mette en œuvre les orientations que le chef de l’État a fixées, surtout concernant la production », a-t-il expliqué. « Il y a une nécessité de porter la notion de compétitivité et de réaffirmer que l’agriculture est une activité économique. Pourquoi pas au Sénat lors de l’examen de la loi d’Avenir agricole qui doit débuter le 8 avril », suggère Xavier Beulin. Et d’ajouter : « Il est également indispensable que le ministre mette en avant la recherche et l’innovation au service des filières agricoles ».


Regret pour Philippe Martin
La FNSEA aurait, par ailleurs, aimé voir Philippe Martin rester au ministère du Développement durable. Son remplacement par Ségolène Royal laisse augurer de périodes plus tempétueuses sur ces sujets. Les premiers propos de la ministre, sur la nécessaire « remise à plat » de l’écotaxe, à laquelle elle reproche d’être une taxe de plus, peuvent être interprétés comme un signe favorable par les agriculteurs et leurs organisations adeptes de la vocation économique du secteur. « Nous souhaitons qu’elle s’inscrive elle aussi dans les déclarations et les orientations du Président de la République, affirme Guy Vasseur, et continuer le dialogue constructif qu’on avait avec Philippe Martin ». Xavier Beulin, lui, « regrette » que Philippe Martin ne soit pas confirmé au ministère de l’Écologie : « Nous avions débuté une nouvelle approche de la relation agriculture/environnement. Je souhaite que madame Royal la confirme », affirme-t-il.


La MAE zones intermédiaires
De nombreux défis attendent Stéphane Le Foll et les sujets sur lesquelles des décisions sont à prendre ne manquent pas. Ils concernent souvent plusieurs responsables ministériels et pas seulement celui de l’agriculture. Côté grandes cultures, Philippe Pinta, président de l’AGPB (Assemblée générale des producteurs de blé) en relève trois :
- La question de la mesure agro-environnementale (MAE) pour les zones intermédiaires. La réforme de la PAC risque d’être durement ressentie pour ces zones à rendements moyens pour les grandes cultures. Une aide complémentaire n’est pas exclue mais n’a pas encore fait l’objet de décision. Le budget évalué par les céréaliers est estimé à 200 millions d’euros (M€) mais dans un contexte budgétaire serré, il leur faudra sans doute se contenter de moins.
- La question des surfaces d’intérêt écologique, sur lesquelles Bruxelles a assoupli sa position mais à propos desquelles les producteurs de grandes cultures demandent au gouvernement de ne pas charger la barque des contraintes.
- Le plan de compétitivité de la filière blé : les producteurs demandant au ministre de signer l’accord interprofessionnel prévoyant l’indication des taux de protéine dans les contrats de commercialisation.


Financer les plans sectoriels
Autre recommandation, assurer les capacités de développement et d’innovation des filières agricoles. Des plans d’action sectoriels sont en préparation chez FranceAgriMer. Comment seront-ils financés ? La redistribution des fonds de l’office ne suffira pas, diagnostique Éric Lainé. Il faudra y ajouter des fonds provenant du 2e pilier de la PAC. La demande adressée à Stéphane Le Foll est forte sur ce plan. Pour lui, comme pour ses collègues des grandes cultures, la question des biocarburants doit aussi figurer parmi les grands dossiers : les organisations concernées viennent de demander l’exclusion définitive des biocarburants de la contribution climat énergie.


Les attentes des éleveurs
Les dossiers sensibles pour le ministère de Stéphane Le Foll viennent aussi des milieux de l’élevage. Question urgente aux yeux des éleveurs, la dégressivité des aides aux bovins, dans le cadre de l’application de la PAC en France. La FNB (Fédération nationale bovine) demande que la dégressivité de la PMTVA ne dépasse pas 25 €, à partir de la 40e vache, et craint que le ministère ne propose une dégressivité à 100 €. « Le sujet est en train de pourrir la fin de la réforme de la PAC », estime le président de la FNB Jean-Pierre Fleury. Celui-ci demande également la révision des critères d’éligibilité à la PMTVA : « Nous ne pouvons pas primer 3,9 millions de vaches avec la même enveloppe qui nous servait à en primer 3,7 millions ».
Autre question d’élevage, celle du régime d’enregistrement porcin. L’arrêté créant un régime d’enregistrement pour les installations classées (ICPE) en production porcine a été publié début janvier. Les préfets gardent la possibilité de basculer les dossiers d’enregistrement en régime d’autorisation, plus stricte. La filière attend la publication d’une circulaire précisant les conditions de ces basculements, « dans l’esprit du discours du Président de la République au Sommet de l’élevage », demande Jean-Michel Serres, président de la Fédération nationale porcine (FNP).


Plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations
L’ensemble des filières animales attend, par ailleurs, avec impatience, les détails du « Plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations », annoncé le 2 octobre par le Président de la République au Sommet de l’élevage. Le financement de ce plan de 200 M€ sera partagé entre l’État français, l’Europe (Feader) et les Conseils régionaux. La gestion des fonds, qui revient en partie aux Régions, inquiète les filières. « C’est un exercice compliqué, analyse Jean-Pierre Fleury, (FNB). Nous n’avons pas peur de la décentralisation, mais il y a un risque de distorsions importantes en fonction des régions. Il faut une vraie harmonie, sinon on risque de créer un élevage français à plusieurs vitesses ». « Ce qui est important c’est que les éleveurs de porcs, quelle que soit la région, soient éligibles au Plan de compétitivité, au même titre que les éleveurs laitiers ou bovins viande », souhaite Jean-Michel Serres (FNP). « Chaque fois qu’un producteur investit, il fait mieux en termes de sanitaire, d’environnement et économique. »

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