Le Syndicat Agricole 05 juin 2014 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Poireaux - La disparition de molécules menace la filière

Mesurol 50, Totril, Horizon EW, trois piliers de la protection du poireau disparaissent et restent pour l'instant, sans solution de remplacement.

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L'inquiétude générale est de savoir comment produire durant les deux ou trois prochaines campagnes un produit de qualité, dans un contexte économique si difficile et dans un climat de concurrence permanent.
L'inquiétude générale est de savoir comment produire durant les deux ou trois prochaines campagnes un produit de qualité, dans un contexte économique si difficile et dans un climat de concurrence permanent. - © Le Syndicat Agricole

La situation devient dramatique dans le domaine du désherbage de la culture du poireau. Les deux principales matières actives qu'utilisent les producteurs sont l'ioxynil et le linuron. On sait le linuron menacé à très court terme. Quant au Totril, la fin de la commercialisation est fixée au 30 septembre 2014. Le Totril est la base du désherbage de rattrapage. Le binage que réalisent tous les producteurs ne permet pas de désherber le rang. L'application de Totril est dans tous les cas nécessaire pour nettoyer la ligne de plantation avant buttage. Le Lentagran (pyridate) pourrait être une alternative en plantation, mais seul, il sera beaucoup moins complet qu'associé au Totril.
La situation est encore plus critique sur pépinière de poireaux où il n'existe plus aucune solution de désherbage des plants à ce jour. Les producteurs se tournent donc massivement vers l'achat de plants hollandais ou belges. Comment les producteurs spécialistes de plants de poireaux français vont-ils pouvoir continuer cette production ?
En matière de désherbage, 3 nouvelles spécialités sont en cours d'évaluation sur poireaux, mais aucune homologation n'est attendue avant 2017.

Un moyen de lutte contre le thrips qui arrive à expiration
Autre point préoccupant, fin 2013, l'AMM (autorisation de mise sur le marché) de la spécialité Mesurol 50 est arrivée à expiration. Il s'agit pourtant d'une spécialité essentielle dans la lutte contre Thrips tabaci de par sa rémanence. Rappelons que le thrips reste l'un des plus redoutables ravageurs de la culture de poireaux. Contrairement à ce qui est souvent avancé par certaines instances, les dégâts qu'il occasionne sur le feuillage ne sont pas que d'ordre esthétique. Les attaques causent avant tout un blocage de la croissance des plantes couplé à une très mauvaise conservation du poireau une fois mis sur le marché. Le Success 4 (spinosad) et le Vertimec (abamectine) seraient les deux seules molécules encore disponibles pour lutter contre le thrips avec respectivement 2 et 3 applications autorisées sur la culture alors que la période de vol s'étale en moyenne de juillet à octobre. À ce jour, il n'est pas attendu de nouvelle homologation avant 2016/2017 au mieux. Les méthodes alternatives expérimentées dans la lutte contre le thrips sont loin d'apporter des solutions de remplacement au manque de molécules : les filets sont extrêmement coûteux, la recherche sur les auxiliaires n'a donné aucun résultat encourageant à ce jour.

La mouche mineuse, un ennemi redoutable
La mouche mineuse est un autre ennemi redoutable du poireau qui sévit dans la région de façon exponentielle depuis ces 5 dernières années, notamment en maraîchage et en production biologique. Ses attaques obligent de plus en plus de maraîchers à arrêter cette production. L'usage « mouche mineuse » n'existe toujours pas sur la culture du poireau et interdit toute application insecticide visant ce ravageur.
Les solutions fongiques sont, elles aussi, plus qu'amputées par les dernières décisions réglementaires. L'Horizon EW (tébuconazole) homologué à 3 applications sur la culture ne sera plus distribué à partir du 30 septembre 2014. Le climat doux et humide du Nord-Pas de Calais expose les parcelles à la rouille d'août à avril. Le Physalis (tébuconazole + trifloxystrobine) et l'Ortiva Top (azoxystrobine + difénoconazole) sont autorisés sur rouille mais à respectivement 2 et 1 applications, soit 3 applications pour couvrir 9 mois ! D'autre part, ces spécialités sont aussi priorisées par les producteurs pour la lutte contre le mildiou. Certes, la sélection variétale a amené des progrès remarquables depuis 10 années dans ce domaine. Privilégier des variétés tolérantes à la rouille reste la piste la plus pertinente à court terme, mais elle est loin d'être la solution la plus complète.


Le mildiou : manque de solutions
À noter aussi que des campagnes pluvieuses comme 2013/2014 nous montrent combien le manque de solutions de lutte contre le mildiou est grave. L'hiver dernier, ce champignon n'a cessé de se propager en parcelles. Les interventions préventives prouvent toutes leurs limites quand les conditions hivernales les rendent impossibles et qu'il n'existe aucune solution curative pour bloquer le cycle du champignon. Là aussi, des dossiers sont attendus depuis de nombreuses années mais aucune date précise d'arrivée sur poireau n'est avancée.
L'inquiétude générale est de savoir comment produire durant les deux ou trois prochaines campagnes un produit de qualité, dans un contexte économique si difficile et dans un climat de concurrence permanent, face à des voisins qui ne sont vraisemblablement pas confrontés aux mêmes décisions réglementaires. Force est de constater que la filière poireau régionale doit clairement exposer auprès des instances concernées la situation critique dans laquelle elle se trouve. Il est crucial à cette heure de souligner l'impasse technique et les répercussions économiques pour les exploitations et les emplois qui en découlent.
Il semble que de nouvelles spécialités, au profil a priori très intéressant d'un point de vue technique et environnemental, soient travaillées par plusieurs firmes sur le poireau. Mais l'aboutissement des différents dossiers n'est pas pour demain.

Florence Couloumiës
Chambre d'Agriculture du Nord-Pas de Calais
Pôle Légumes Région Nord

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