Le Syndicat Agricole 16 décembre 2016 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

Pneumatique : Compacter moins pour produire plus

Emmanuel Ladent, directeur monde de la division pneumatique agricole du groupe Michelin, a répondu à nos questions.

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Emmanuel Ladent est directeur monde de la division pneumatique agricole du groupe Michelin. En tout, le groupe compte trois autres divisions de spécialités : l’aviation, le génie civil et les deux-roues. © DR En pneumatiques agricoles, il y a eu 3 évolutions majeures : l’arrivée du pneu radial, le pneu basse pression et enfin, le pneu adaptable en fonction de l’usage couplé à un système de télégonflage © DR

Michelin, le fabricant français de pneumatiques, s’est vu remettre une médaille d’or dans le cadre des Sima Innovation Awards 2017 pour sa dernière innovation dans le domaine des pneumatiques agricoles : un pneu 2 en 1 équipé d’une structure évolutive en fonction de l’usage. Emmanuel Ladent, directeur monde de la division pneumatique agricole, revient avec nous sur les activités commerciales du groupe ainsi que sur le travail de recherche mené en matière de compaction des sols.

Quels sont les grands enjeux agricoles qui orientent Michelin en matière de recherche et développement (R&D) ?
L’enjeu de l’agriculture est assez simple : nous sommes 7 milliards d’habitants aujourd’hui, nous serons 9 milliards en 2050. En parallèle, les techniques culturales doivent s’améliorer. Il s’agit donc de produire plus et produire mieux dans un contexte où les terres arables ne sont pas en croissance. Partout dans le monde, cet enjeu d’augmenter la productivité des terres est présent, pas uniquement pour des raisons économiques mais aussi pour des raisons sociétales. Dans le même temps, on constate un phénomène d’érosion des sols et de cannibalisation des terres cultivables pour l’urbanisation. Beaucoup de sols sont dégradés aussi chimiquement. Il y a donc une absolue nécessité de protéger les sols.
Dans le machinisme agricole, depuis 10-15 ans, je trouve qu’on s’est beaucoup concentrés sur l’amélioration de la motorisation avec une augmentation de la puissance et une meilleure performance énergétique des moteurs. Mais on se rend compte que le pneumatique à un rôle majeur dans le machinisme parce que c’est la seule liaison entre la machine et le sol.

Que représente l’activité agricole pour le groupe Michelin ?
Les pneumatiques agricoles font partie des divisions de spécialités du groupe Michelin aux côtés des pneumatiques pour l’aviation, le génie civil et les deux-roues. Cet ensemble représente 20 % de notre chiffre d’affaires. Ce sont des divisions qui ont eu une bonne croissance. Sur la partie pneumatique agricole, l’objectif numéro 1 pour Michelin est de contribuer à répondre à l’enjeu sociétal et économique qui est de faire en sorte que les agriculteurs produisent plus sur les terres dont ils disposent. Depuis longtemps, on cherche à innover pour apporter des solutions plus performantes et productives à nos clients agriculteurs.

Comment cet objectif du groupe se traduit-il concrètement ?
En 2004, on a été les premiers à lancer une gamme dite « basse pression », des pneumatiques qui permettent de réduire assez significativement la pression en gardant la même charge. Un des principaux problèmes des agriculteurs est la compaction des sols. Un sol compacté produit moins. Avec la basse pression, à charge constante, on est capable d’améliorer la productivité et le rendement agronomique en préservant mieux le sol du compactage. Sur cet aspect, nous avons adopté une démarche assez scientifique en faisant appel à l’université Harper Adams en Grande-Bretagne, spécialisée dans le domaine agricole et agronomique. Des tests ont été réalisés pendant 3-4 ans sur une parcelle homogénéisée et neutralisée, implantée en blé. Ils ont effectué d’un côté des interventions avec des machines équipées de pneus standards et de l’autre, les mêmes travaux avec des pneus Michelin de la gamme « basse pression » Ultraflex afin de comparer les rendements agronomiques. En moyenne, on observe que les pneus basse pression permettent d’avoir des rendements supérieurs de 4 % par rapport aux pneus standards.

Quelles sont les dernières innovations ?
Une tendance arrive dans le machinisme agricole : le télégonflage. De plus en plus de machines vont être équipées de systèmes qui permettent de monter la pression sur route et de la baisser au champ. Pour l’instant, ce sont les agriculteurs les plus sensibilisés aux problèmes de compaction qui en sont équipés. Par ailleurs, les constructeurs sont aussi de plus en plus nombreux à s’intéresser à cette technologie. À l’image du GPS, le dispositif va se démocratiser. Il va permettre d’ouvrir de nouvelles voies et de venir en complément de toutes la R&D que l’on a mené sur les technologies basse pression. On peut notamment citer notre innovation intitulée « 2 pneus en 1 » qui a obtenu une médaille d’or au Sima Innovation Awards 2017. Michelin a en effet conçu un pneu à structure évolutive dont la forme et l’empreinte au sol s’adaptent en fonction de l’usage et de la pression choisis. À très basse pression, au champ, le pneu s’écrase complétement sur le sol, offrant ainsi une surface d’empreinte augmentée de 20 % par rapport à un pneu Michelin non équipé de cette technologie. Cela permet de réduire l’effet de compaction, tout en augmentant la traction. On estime que grâce à cette technologie, les gains en rendement agronomique sont de l’ordre de 6 %. À pression plus élevée, sur route, le pneu se transforme de telle sorte que seule la partie centrale entre en contact avec le sol, générant des économies de carburant de l’ordre de 5 %, une sécurité accrue et une conduite plus souple et sans vibrations. Ce pneu à structure évolutive est une vraie innovation de rupture depuis le pneu basse pression. En fait, en matière de pneumatiques agricoles, il y a eu trois évolutions majeures : l’arrivée du pneu radial dans les années 1970, le pneu basse pression en 2004 et enfin, le pneu adaptable en fonction de l’usage couplé à un système de télégonflage.
En parallèle, nous avons développé le pneu connecté. Cette technologie permet de communiquer des informations sur le pneumatique à la machine ou à l’utilisateur. Aujourd’hui, nous travaillons avec les constructeurs pour mettre au point ces dispositifs. Ce n’est pas neutre qu’une entreprise de pneumatique comme Michelin ait eu une médaille d’or au Sima. Cela montre qu’il y a une prise de conscience du machinisme agricole en général sur le rôle majeur que jouent les pneus dans la compaction des sols et dans la productivité des agriculteurs.

Quelles sont vos zones de chalandise ?
Le groupe Michelin fabrique des pneus agricoles depuis près de 40 ans avec une vision qui s’internationalise de plus en plus. Présents historiquement sur le marché d’Europe de l’Ouest, nous développons depuis quelques années des présences commerciales dans tous les marchés agricoles majeurs du monde. Récemment, on s’est déployé en Amérique du Sud (principalement au Brésil et en Argentine), dans des zones d’Europe centrale, en Russie ou encore en Chine. De manière encore plus récente, on commence à travailler en Afrique. Nous avons aussi une présence significative en Amérique du Nord depuis de nombreuses années. Nos équipes techniques et commerciales ont une présence physique partout. C’est important pour nos clients mais aussi pour nos partenaires constructeurs.

Êtes-vous impactés par la crise agricole ?
Comme l’industrie du machinisme, on est impacté par la baisse d’activité, mais je dirais que pour nous, il s’agit malgré tout d’une opportunité car quand vous êtes dans des périodes difficiles, le discours sur la valeur prend encore plus de sens. En période de crise, on constate que nous gagnons des parts de marché car les agriculteurs sont sensibles à ce qui peut leur apporter des gains de productivité et leur faire faire des économies.
Le deuxième facteur qui nous aide est le fait que nous sommes en train d’étendre nos zones de commercialisation partout dans le monde. Nous avons une croissance très forte sur ces nouveaux marchés.

Propos recueillis par Virginie Charpenet

En chiffres

- 4 sites de fabrication (à Troyes, en Espagne, en Pologne et au Brésil depuis un an).
- 4 sur 10 : Le nombre de tracteurs neufs équipés en pneus Michelin.
- 1 sur 4 : Le nombre de tracteurs équipés en pneus Michelin en remplacement.
- 2 000 : Le nombre de salariés dédiés à la branche agricole du groupe Michelin (production, commerce, R&D).
- Plus de 100 000 : Le nombre total de salariés du groupe Michelin.

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