Le Syndicat Agricole 23 mai 2013 à 14h39 | Par Le Syndicat Agricole

Pâturage - Entretien et fertilisation de la prairie

Entretien et fertilisation sont complémentaires lorsqu’on cherche à éviter un vieillissement prématuré de nos prairies installées.

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Les principes sont d’éviter les erreurs agronomiques, d’observer les signes de salissement ou de dégradation, et d’intervenir en fonction de ces observations.
Les principes sont d’éviter les erreurs agronomiques, d’observer les signes de salissement ou de dégradation, et d’intervenir en fonction de ces observations. - © DR
La prairie permanente, naturelle, a un fort pouvoir de résistance au vieillissement. Cependant, une diminution de la productivité et une qualité moindre de l’herbe sont des signes forts d’un déséquilibre. À l’inverse, les prairies temporaires subissent un vieillissement beaucoup plus rapide, et la combinaison de quelques facteurs aggravants comme le surpâturage estival, une sécheresse marquée ou le matraquage au printemps des sols argileux, accélèrent facilement le processus.
Un simple entretien, une amélioration par les pratiques permettra bien souvent de « récupérer » une prairie. D’autres surfaces plus dégradées nécessiteront un sursemis. Les prairies dépourvues de bonnes graminées, et dont les trous sont colonisés par des espèces indésirables, devront subir une rénovation totale, avec ou sans labour.

Entretenir, c’est d’abord respecter les règles de base
Débuter le pâturage tôt permet de mieux maîtriser la pousse de l’herbe. La charge animale doit être adaptée à la pousse, et l’alternance fauche/pâture respectée. Faire quelques foins tardifs favorise le regarnissage de la prairie par la grenaison. Il faut veiller également à assurer un bon nettoyage automnal sans surpâturage, et éviter le pâturage en conditions difficiles. L’herbe doit être à +/- 6 cm avant l’hiver.

Optimiser la conduite par des interventions mécaniques
Toute intervention ne doit se faire que si les conditions climatiques sont favorables à la pousse de l’herbe. Émousser, niveler et étaupiner juste avant la reprise de la végétation en sortie d’hiver, mais ne jamais travailler par temps séchant, vent du Nord ou d’Est, ou par temps de gel. Un ébousage systématique n’est pas nécessaire, mais doit être effectué au moins une fois par an avant la fin de saison.

Rénover: sursemer, dépenser pour enrichir
L’objectif est de relancer la productivité et la qualité fourragère en introduisant des légumineuses et des graminées sur une prairie présentant un couvert dégradé, ou simplement d’améliorer la flore d’une prairie peu dégradée.
Simple à mettre en œuvre, la réussite d’un sursemis dépend de plusieurs facteurs. Il est impératif d’avoir une prairie ouverte avec des parties nues et une végétation rase. Cela permet la mise en contact de la graine avec le sol, et facilite l’émergence des jeunes plantules aux cotés de la flore installée (cf. l’exemple dans l’encadré « Zoom sur... »).

Fertiliser
La fertilisation des prairies doit permettre de couvrir au mieux les besoins des plantes en veillant à ne pas appauvrir les sols, ni à exagérer les apports. L’objectif de rentabilité n’implique pas nécessairement la recherche de la production la plus élevée possible. Il faut plutôt viser l’autonomie en alimentation animale, avec une quantité et une qualité de fourrages répondant aux besoins du cheptel, tout en préservant l’environnement.

L’objectif: atteindre l’équilibre entre fournitures et besoins
Le rendement d’une culture est fixé par le niveau de l’élément le plus limitant (loi du minimum). C’est souvent l’azote qui a l’action la plus marquée, mais les autres éléments nutritifs (potasse, phosphore, soufre... ou oligo-éléments) peuvent cependant aussi devenir limitants.
Le pH du sol joue un rôle dans la disponibilité des éléments minéraux pour les plantes. Selon le caractère plus ou moins acide ou basique du sol, certains éléments sont plus ou moins assimilables. De ce point de vue, des valeurs de pHH2O comprises entre 6 et 7 représentent un bon compromis. Le pHKCl à atteindre se situe quant à lui aux environs de 5,6.

Raisonner la fumure azotée c’est:
• Évaluer les besoins:
Les besoins en fourrages fixent l’objectif de production. Il en découle des besoins azotés qui permettront d’atteindre les tonnages escomptés. On peut considérer que la teneur moyenne en azote de l’herbe (cf. tableau 1) multipliée par les tonnages exportés représente les besoins azotés de la prairie.
Exemple d’une prairie ensilée au printemps puis pâturée le reste de la saison:
- 1 coupe à 3,5 t MS, 25 kg d’N exportés/t MS;
- puis 4,5 t MS pâturés à 30 kg d’N exportés/t MS:
(4,5 X 25) + (5,5 X 30) = Besoin de 222,5 kg d’N
• Connaître les quantités d’azote déjà disponibles:
- Fourniture par le sol: la fourniture d’azote par le sol, déterminée par la mesure de l’exportation d’azote de parcelles témoins cultivées sans fertilisation azotée, varie entre 30 et 160 kg d’N/ha/an*. Les terres des régions herbagères et les prairies permanentes sont généralement riches en humus. Elles peuvent fournir une quantité importante d’azote.
- Restitution au pâturage: la particularité des prairies pâturées est de recevoir des éléments minéraux restitués directement au pâturage par le bétail. Il faut en tenir compte dans le schéma de fertilisation. On considère qu’1 UGB restitue 0,09 kg d’N par hectare et par jour de pâturage.
- Fixation par les légumineuses: chaque % de recouvrement en trèfle blanc correspond à environ 2 kg d’azote fixés par ha**.
Dans les pâtures, l’apport d’azote par le trèfle blanc peut être estimé en fonction du pourcentage de recouvrement du trèfle dans le couvert et de la production annuelle de la prairie (cf. tableau 2).
Dans les prairies temporaires de fauche, l’utilisation de trèfle violet permet des économies d’azote très importantes. Elles peuvent atteindre 350 kg d’azote par hectare sur des sols où la minéralisation n’est pas très élevée***. L’association trèfle violet-graminées permet donc de faire l’impasse sur l’apport d’azote. Il est à noter que dans des sols plus riches en matière organique, la minéralisation est plus importante et la fixation par les légumineuses est plus faible. Une fertilisation azotée modérée (40 unités d’N maximum) permet le bon démarrage du fourrage au printemps.

Apport par les engrais de ferme
Les engrais organiques doivent être considérés comme la base de la fertilisation. On peut classer ces engrais selon leur rapidité d’action. « Rapides » pour les lisiers, purins et effluents de volailles, « lents » pour les fumiers et composts. Seule l’analyse des engrais de ferme permet de connaître leur composition moyenne.

Jean Terrel, conseiller élevage biologique, Chambre d’agriculture de région Nord-Pas De Calais

* Ardennes Belges, Toussaint & Lambert, 1984.
** (Haute Belgique, Limbourg, 2001).
*** De Blander et al., 2002.

Zoom sur... Exemple d’itinéraire technique sur une prairie ouverte
- Pâturer ras (5 cm).
- Griffer avec une herse à dents droites/étrille pour dégager les trous.
- Semer sur sol humide et réchauffé (mi-mars à fin avril), ou en fin d’été/début d’automne (fin septembre maximum).
- Semer 15 à 20 kg de ray-grass anglais avec si besoin 3 à 4 kg/ha d’une variété de trèfle blanc agressive.
- Semer soit à la volée avec un semoir à engrais, un semoir « anti-limace » ou une herse étrille munie d’un semoir, soit avec du matériel plus spécifique tel que les semoirs Vredo, Aitchinson...
- Rappuyer les graines avec un rouleau ou en faisant pâturer des animaux, et ainsi favoriser la germination.
- Pratiquer un pâturage rapide ou un broyage 4 semaines après le sur-semis pour favoriser l’accès à la lumière.
Attention! Il ne faut jamais mettre d’azote avant un sursemis, cela favoriserait le couvert déjà en place.

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