Le Syndicat Agricole 06 février 2017 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

Passion et innovation dans la vente directe ambulante

Le « Farm truck givré » d’Émilie Rufin devrait sillonner les routes de la région dès le début de l’été avec, à son bord, des crèmes glacées fermières.

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« Nous voulons faire de bonnes glaces à l’ancienne, avec notre lait et des produits locaux, assure Émilie Rufin (ici à côté de son compagnon Corneel de Saveur). Il n’y aura pas de parfums bizarres, plutôt du simple et du bon. »
« Nous voulons faire de bonnes glaces à l’ancienne, avec notre lait et des produits locaux, assure Émilie Rufin (ici à côté de son compagnon Corneel de Saveur). Il n’y aura pas de parfums bizarres, plutôt du simple et du bon. » - © DR

Ils sont tous deux de grands passionnés. Lui par l’alimentation des vaches laitières, elle par la vente directe. Corneel de Saveur et Émilie Rufin, âgés respectivement de 31 et 24 ans, sont installés depuis près de trois ans à Hargnies, dans le Nord. Autour de leur maison de briques rouges, la neige a recouvert les nombreuses pâtures tandis que les 60 vaches laitières demeurent bien à l’abri, observant du coin de l’œil le chien qui gambade dans la cour de l’exploitation et le chat qui se prélasse. Derrière les apparences, celles d’un élevage de vaches laitières classique, un projet innovant se prépare. Les deux jeunes amoureux ont des idées plein la tête.
Émilie souhaite créer son « Farm truck givré », c’est-à-dire un camion permettant de vendre les glaces fabriquées avec le lait des vaches de l’exploitation. « J’ai toujours voulu faire de la vente directe car j’adore le contact avec les gens, confie-t-elle. L’idée d’un farm truck m’est venue car nous n’avions pas la possibilité de faire un magasin à la ferme : il y a encore trop de travaux à faire sur notre exploitation et la route n’est pas assez passante. C’est à nous d’aller vers les gens, donc nous avons pensé à quelque chose qui se déplace. De plus, j’ai toujours eu une préférence pour la crème glacée. J’aime bien ce produit-là en particulier. »

Financement participatif
Pour mener à bien son projet, Émilie pense assez rapidement au financement participatif et présente son projet sur « Miimosa », premier site de crowdfunding de l’agriculture et de l’alimentation. « On s’est dit que même si on ne récoltait pas beaucoup d’argent, ce serait au moins une première publicité. Nous souhaitions aussi que les gens se sentent investis. » Finalement, c’est un succès. Le 6 janvier dernier, au moment de la clôture de la collecte, Émilie a rassemblé plus qu’espéré : 8 355 €. Au-delà de la somme nécessaire à l’achat du « truck », aux aménagements, à l’achat d’armoires frigorifiques ou encore à la décoration du camion, Émilie a reçu, grâce à sa démarche, un véritable soutien. « Il s’agit surtout des gens de notre entourage et beaucoup ont suivi l’avancement du projet, souligne-t-elle. Certains étaient même connectés plus souvent que moi et me tenaient au courant des sommes versées ! Ils sont impatients de voir le projet se concrétiser. » Inespéré, ce geste venu de 87 contributeurs est rassurant pour le couple qui peut maintenant véritablement se projeter.
Le camion, qui doit être choisi et rénové prochainement, aura un aspect « vintage ». « On aime bien les choses simples, authentiques », souligne Émilie Ruffin qui se voit bien au volant d’une camionnette ressemblant aux fameux taxis anglais ou d’une Renault Estafette. Après les éventuelles réparations, il devra être aménagé, avec une vitrine et un frigo. Une fois le logo peint et le panneau avec la présentation des produits installé, il pourra enfin prendre la route. Il devrait alors sillonner le département du Nord dès le mois de juin : « Les samedis et dimanches, nous pourrons participer aux foires, aux festivals ou à de plus gros événements. En semaine, nous irons en centre-ville, dans les marchés, devant les écoles… » Mais Émilie à d’autres idées : « J’envisage de louer le véhicule pour les mariages ou les anniversaires. »

« De bonnes glaces à l’ancienne »
Et concernant les glaces alors ? Quels parfums pourra-t-on déguster ? « Nous voulons faire de bonnes glaces à l’ancienne, avec notre lait et des produits locaux, assure Émilie Rufin. Il n’y aura pas de parfums bizarres, plutôt du simple et du bon. Nous utiliserons si possible des fruits bios ou en provenance d’une exploitation qui mène une réflexion sur ses pratiques. » Les gâteaux glacés devraient aussi être de la partie. La jeune fille a suivi, en décembre dernier, une formation de deux semaines à Bologne, en Italie, pour apprendre les bases de la fabrication. L’atelier de fabrication justement, qui sera installé au sein de l’exploitation, est en cours de construction. Des travaux restent encore à faire. « Nous avons également commandé tout le matériel nécessaire », précise Émilie Rufin.
Cette volonté affichée d’utiliser des produits issus d’une agriculture durable reflète la réflexion menée de manière globale au sein de l’exploitation. Corneel et Émilie sont tous deux issus de familles d’agriculteurs et ont mené leurs études en Belgique. Lui a passé l’équivalent d’un BTS agricole avant de travailler près de 10 ans en tant que salarié sur différentes exploitations. Elle a passé l’équivalent d’une licence technique et gestion agricole, puis a travaillé un an à l’extérieur en tant que conseillère élevage. « Corneel a voulu mettre en place ce qui lui plaisait, explique Émilie. C’est son père qui lui a transmis la passion de l’alimentation des vaches laitières. Il lit beaucoup, fait des recherches sur différentes pratiques… » Sur 70 hectares de cultures, 40 sont des surfaces en herbe et le couple se dirige depuis un an vers l’autonomie alimentaire pour réduire ses charges. « D’ici deux ans ce sera effectif. Nous produisons beaucoup d’herbe et on ne fera bientôt plus de maïs ensilage. Nous cultivons aussi du méteil, ce qui permet de diminuer l’achat de tourteau de colza. À cela s’ajoute le plaisir de faire soi-même les aliments ! » Le couple a aussi l’envie de pratiquer une agriculture durable et de transmettre son savoir et sa passion : « On espère qu’avec les retombées de la glace, on pourra faire en sorte que l’exploitation soit plus accueillante car nous aimerions en faire une ferme pédagogique, avec également une salle de réunion pour que des groupes, des agriculteurs puissent échanger, se rencontrer. » Du farm truck à la ferme pédagogique, Émilie Rufin et Corneel de Saveur ont de beaux projets à réaliser, de quoi s’occuper… durablement.

Laura Béheulière

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