Le Syndicat Agricole 14 mai 2015 à 14h00 | Par Le syndicat agricole

Panneaux photovoltaïques : « Nous avons déjà 50 ans de recul ! »

La 3e révolution industrielle est lancée depuis plus d'un an dans la région. Comment l'agriculture s'inscrit dans la démarche ? Durant un mois, découvrez des exemples concrets dans le Nord-Pas de Calais.

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Sur son exploitation, Luc Vermeulen a fait installer 4400 m2 de panneaux photovoltaïques.
Sur son exploitation, Luc Vermeulen a fait installer 4400 m2 de panneaux photovoltaïques. - © Le Syndicat Agricole

Diminution d'intrants, désherbage mécanique, méthanisation... le monde agricole s'inscrit pleinement dans la 3e révolution industrielle en marche dans la région. Luc Vermeulen, agriculteur à Elincourt (59), a, lui, misé sur le photovoltaïque. Il a fait installer ses premiers panneaux en 2008. Sur une surface de 430 m2, ils occupent le toit d'un ancien poulailler ; à l'époque, le producteur vient de stopper l'élevage hors-sol de porcs et volaille et souhaite effectuer un « changement de cap ». Il s'agit alors de la plus grande ferme photovoltaïque du Nord et Luc Vermeulen fait figure de pionner. Depuis, plusieurs exploitations agricoles ont suivi le même modèle. La sienne compte aujourd'hui 4400 m2 de panneaux photovoltaïques, répartis sur deux bâtiments équipés en 2010. La production du système en électricité permet d'alimenter environ 150 foyers.

Luc Vermeulen revient sur le chemin parcouru : « Lorsque nous avons déposé notre dossier, les panneaux étaient très chers avec un seuil de rentabilité très faible. Sans les aides (40 % de la somme investie à l'époque) il aurait été difficile de monter ce projet ». Souhaitant poursuivre l'aventure de l'énergie solaire, l'agriculteur a eu l'idée de créer un partenariat avec des membres de Wattsol, la société ayant participé à l'installation. « Nous avons créé une SAS en 2009, explique Luc Vermeulen. J'ai fait les bâtiments et je loue la toiture à Wattsol. Nous avons commencé à produire en 2010. »

Technologie très fiable

En termes d'investissements, il a fallu débourser 1,6 M EUR pour l'ensemble du projet. Mais Luc Vermeulen préfère compter en « watt-crête », unité de mesure représentant la puissance maximale d'un dispositif : l'investissement est ainsi de 3,8 EUR par watt-crête. « Lors de la première installation, nous étions à 8 EUR/watt-crête, précise-t-il. À l'époque, ce n'était pas rentable, nous n'étions pas autonomes. » Aujourd'hui, le bilan est positif : « La production est stable, constante, assure le producteur. Maintenant nous arrivons à  l'équilibre. » « Nous avons fait en sorte de bénéficier de la prime d'intégration au bâti (outre la production d'électricité, les équipements doivent assurer une fonction technique ou architecturale essentielle à l'acte de construction, ndlr) : les panneaux assurent l'étanchéité dans les nouveaux bâtiments installés. »

Concernant le suivi au quotidien, la surveillance, tout se fait à distance. « Il n'y a rien de particulier à faire, si un fusible saute par exemple, je reçois une alerte et je viens le changer. » Pour les pannes un peu plus grosses (une fois par mois environ), c'est  une personne de la société d'installation qui intervient. Pas de nettoyage au programme : « Pour l'instant, nous n'avons pas eu besoin de laver les panneaux », assure le producteur. Et pas de remplacement de panneaux non plus : « Il n'est pas nécessaire de les changer car les fondamentaux des panneaux ne bougent pas. Ce sont des technologies très fiables qui n'ont pas trop évolué », estime-t-il.

Une énergie d'avenir

Seule ombre au tableau, pour l'agriculteur : le manque de  volonté politique. « Au début, il y avait une volonté forte de la Région et de l'État, ce qui nous a aidé dans notre projet. Puis, politiquement, ça s'est verrouillé. Il n'y a pas de politique à long terme. » Concernant les tarifs de rachat de l'électricité, c'est un peu le flou. « En 2009, il y a eu une augmentation des tarifs à 60 cts, mais la demande d'installation a augmenté et il y a eu un phénomène de bulle. Dans les années 2010-2011, la ministre de l'écologie Nathalie Kosciusko-Morizet a mis fin à cela et le tarif est redescendu à 11 cts. Globalement, le tarif a toujours descendu », résume Luc Vermeulen. Lui est sous contrat, ce qui lui permet de bénéficier d'un tarif fixe à 60 cts. Mais aujourd'hui, avec un tarif à 18 cts sur le marché,  « ce n'est pas suffisant en termes d'équilibre économique » (le 20 avril, Ségolène Royal a annoncé une légère revalorisation des tarifs de rachat de l'électricité produite sur les toitures de moins de 1000 m2, ndlr). Conséquences, la filière est en difficulté. « Les premiers qui sont tombés sont les installateurs. Puis le secteur a perdu 60 000 emplois », rappelle Luc Vermeulen. Sur son exploitation, Suisses ou Allemands interviennent, et il faut chercher à l'étranger pour trouver des pièces de rechange ; « Nous sommes en train de recréer un réseau. »

Mais le producteur se veut optimiste. L'agriculture productrice d'énergie, lui, il y croit à fond. « J'ai toujours dit qu'il y avait des atouts en agriculture. Nous avons une place à prendre dans ce créneau. Nous pouvons répondre à une attente sociétale. C'est encore timoré car historiquement nous sommes davantage axé sur la production, mais avons maintenant 50 ans de recul sur la technique photovoltaïque ! » Alors que les agriculteurs sont de plus en plus soumis à la volatilité des prix, le photovoltaïque est pour lui un dispositif qui doit permettre de consolider un revenu par la diversification. « C'est une énergie d'avenir ». Il ne manque plus que le courant passe avec les pouvoirs publics...

Laura Béheulière

Faire le tri dans les panneaux photovoltaïques

Le marché des systèmes photovoltaïques est aujourd'hui occupé à 85 % par les modules dotés de cellules au silicium mono et multicristallin. Mais d'autres technologies arrivent sur le marché. Leurs rendements énergétiques se calculent en faisant le ratio énergie électrique collectée/énergie lumineuse reçue sur la cellule.

Obtenu par fusion du silicium puis refroidissement, le silicium monocristallin se solidifie en ne formant qu'un seul cristal. Son principe de fabrication et le haut degré de pureté de la silice impactent son coût. Compris entre 13 et 21 %, le rendement énergétique varie selon les modèles, les technologies et les constructeurs. Également fondu, le silicium multicristallin (appelé parfois polycristallin) est refroidi dans une lingotière, où il forme plusieurs cristaux enchevêtrés (aspect bleuté aux multiples reflets). Moins chères que les modules en silicium monocristallin, elles atteignent un rendement de 13 à 16 %, leur procurant un bon rapport qualité/prix.

D'autres technologies se passent de silicium comme les cellules CdTe, en tellure de cadmium, ou les cellules en alliage CIS (cuivre, indium, sélénium) et leurs variantes CIGS. Comme le silicium mono- et multicristallin, elles offrent une durée de vie supérieure à 25 ans. La contenance de cadmium, potentiellement toxique, freine le développement des cellules CdTe (rendement de 11 et 12 %) et pose la question du coût de recyclage. Néanmoins, elles figurent parmi les technologies les moins chères et offrent une bonne efficacité d'absorption, ainsi qu'une bonne résistance à l'élévation de la température. Les modules CIS et CGIS sont pour l'instant plus coûteux, car encore peu répandus. Côté  performances, les modules commerciaux atteignent un rendement de 11 à 20 %. Les cellules des modules à hétérojonction de silicium sont constituées d'un substrat en silicium monocristallin sur lequel on dépose un ensemble de couches minces de silicium amorphe, pour absorber le spectre solaire incident. Ce type de cellule atteint un rendement compris entre 11 et 19 %.

Ludovic Vimond

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