Le Syndicat Agricole 04 septembre 2014 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Nuisibles - Un fléau nommé rat musqué

Malgré la gravité de la situation, la lutte mécanique et collective est le seul moyen de régulation de la population des rats musqués pour limiter les dégâts.

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Les galeries que le rat musqué creuse provoquent des effondrements de berges et de terrain, piégeant parfois les engins agricoles et détruisant des cultures. Ce rat consomme aussi les récoltes.
Les galeries que le rat musqué creuse provoquent des effondrements de berges et de terrain, piégeant parfois les engins agricoles et détruisant des cultures. Ce rat consomme aussi les récoltes. - © DR

Le rat musqué est un rongeur importé d’Amérique du Nord et introduit en Europe en 1905 pour sa fourrure. Depuis, les populations n’ont cessé de progresser dans notre pays, s’adaptant très bien à nos conditions climatiques et provoquant des dégâts considérables notamment aux cultures. Ce nuisible a un régime alimentaire principalement herbivore et se nourrit le plus souvent de plantes aquatiques, graminées des berges et cultures agricoles (prairies, céréales, maïs, carotte, choux, etc.). Il vit principalement dans des terriers à proximité des points d’eau et parfois dans des huttes faites en feuilles et branchages. Sa période de reproduction s’étend de mars à octobre et chaque portée (3 à 4 par an) peut voir naître de 5 à 9 jeunes. Le rat musqué est surtout actif au lever et au coucher du soleil et la présence de galeries le long des berges des cours d’eau, lacs, marais et rivière indique l’existence de populations dans un territoire de 70 m de diamètre. Ses prédateurs connus sont, surtout pour les jeunes, la fouine, le vison, la loutre, le chien, le renard et le chat.
Les dégâts occasionnés sont graves. Les galeries que le rat musqué creuse provoquent des effondrements de berges et de terrain, piégeant parfois les engins agricoles et détruisant des cultures. De plus, ce rat consomme aussi les récoltes. Sur les cultures à épi, il sectionne le chaume à la base laissant une coupe oblique montrant la trace des dents. Pire encore, il peut transmettre à l’Homme des maladies potentiellement mortelles notamment l’échinococcose alvéolaire et la leptospirose. Cette dernière entraîne des symptômes de fièvre, des douleurs musculaires et des maux de tête. La contamination peut s’effectuer par morsure ou par voie cutanée lors de contact avec de l’eau souillée par les urines.


Les luttes possibles contre le rongeur
Deux méthodes peuvent être utilisées pour lutter contre le rat musqué : préventive et curative. Pour la première, il s’agit de gêner l’installation des populations par l’aménagement des rives (entretien régulier, limiter le couvert végétal, reboucher les terriers, fréquentation des berges, grillager). Pour la deuxième, les moyens mis en œuvre sont la lutte par le tir (avec un permis de chasse valide et en respectant les dates d’ouverture et de fermeture de la chasse ou sur autorisation préfectorale) et la lutte mécanique. Cette dernière s’opère par piégeage toute l’année, les meilleures périodes étant le printemps et l’automne. La lutte mécanique doit être collective. Elle est coordonnée au niveau régional par la Fredon (Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles) et organisée localement par les GDON (Groupements de défense contre les organismes nuisibles). Les GDON s’appuient sur un réseau de piégeurs professionnels et de bénévoles pour la mise en place de pièges sur l’ensemble du territoire régional. Les pièges sont dans la plupart des cas fournis par les GDON à leurs adhérents, piégeurs volontaires et le dédommagement de ces derniers passe par une prime à la capture (ramassage des queues comme preuve avant l’équarrissage) dont le montant est harmonisé au niveau régional. Cette lutte collective passe aussi par la mise en œuvre de suivis densitaires pour mesurer l’évolution des populations de ces rongeurs aquatiques.

3 questions à... Jean-Jacques Verstraeten, président de la Fredon

Comment s’organise la lutte contre le rat musqué au niveau régional ?
La coordination de la lutte contre le rat musqué est possible grâce au soutien financier de l’État (Draaf/ SRAL Nord-Pas de Calais), du Conseil général du Nord et de la Fredon. Chaque année, la Fredon organise une réunion de bilan en présence des responsables de l’État, des présidents de tous les GDON du Nord-Pas de Calais et des autres acteurs de la lutte contre le rat musqué comme la Fédération des chasseurs du Pas-de-Calais et du Nord, l’association des Piégeurs agréés du Nord et des Gardes assermentés (Apanga), la FRSEA du Nord-Pas de Calais, la Chambre d’agriculture de Région Nord-Pas de Calais, des collectivités. L’objectif de ce tour de table est de réaliser un bilan annuel des captures, de recenser les différentes problématiques de chaque secteur puis d’harmoniser le tout pour les faire remonter au niveau de l’État. Au préalable, les GDON envoient un courrier à chaque commune de la région afin d’évaluer le nombre de captures par piégeur. Au sein du Conseil d’administration de la Fredon, Marie Lefebvre, présidente du GDON de l’Audomarois et Cyrille Naudet, président du GDON du Boulonnais sont en charge de la commission Vertébrés-nuisibles.

Comment sont trouvés les piégeurs et combien sont-ils rémunérés ?
Tout d’abord, il faut savoir que la grande majorité des piégeurs sont des bénévoles. Je tiens d’ailleurs à souligner leur mérite pour le gros travail qu’ils effectuent pour la société. Les GDON organisent des formations réalisées par la FDC et même l’Apanga dans le Nord pour obtenir l’agrément. Contrairement au piège en X, le piège-cage ne nécessite pas d’agrément mais uniquement une autorisation en mairie. Nous sommes même prêts à distribuer des pièges-cages gratuitement si les personnes s’engagent à respecter les conditions. Les bénévoles sont dédommagés 1,50 € la queue.

Les moyens sont-ils suffisants, aujourd’hui pour une réelle régulation de la population de rats musqués ?
Nos moyens matériels et financiers restent trop limités car certaines collectivités ne nous accompagnent pas forcément alors qu’il s’agit d’un problème majeur. Je voudrais insister notamment sur le risque sanitaire. Il n’est pas rare de rencontrer, dans notre région, des gens atteints de leptospirose. Malheureusement des cas mortels ont déjà eu lieu. Actuellement, nous mettons en place une action dans six communes du Pas-de-Calais. Toutes les semaines, une permanence est tenue dans l’une des mairies afin que les habitants, en particulier les agriculteurs, viennent déclarer les endroits où les rats musqués sont présents. Nous envoyons par la suite des piégeurs professionnels. Mais tout cela a un coût et il est important que les élus locaux en prennent conscience.

Point de vue de Pierre Lavallée et Damien Carlier, FRSEA Nord-Pas de Calais

Mort au rat musqué !

Les dégâts causés par les rats musqués sont considérables et en forte augmentation, dans toute la région, surtout depuis l’interdiction de la lutte chimique. C’est encore une contrainte pour l’agriculture et un danger pour notre société. Le piégeage mécanique est largement insuffisant et demande un travail considérable, pour peu de résultats. Avec en plus, un manque criant de moyens financiers et humains mobilisés, sans compter la complexité administrative pour poser et relever les pièges. Et sans parler des vols ou la destruction des systèmes. Le rat musqué est dangereux, nous devons le rappeler. C’est un nuisible contre lequel nous devons combattre de toutes nos forces. Ceux qui ont pris la décision d’interdire la lutte chimique doivent prendre leurs responsabilités.
Les pouvoirs politiques réagiront-ils seulement lorsqu’il y aura un enfant qui se fera mordre par un rat, ou qu’un bus se sera écroulé dans un fossé suite à un éboulement ?
Encore une fois, les politiques ont pris des décisions dénuées de bon sens et il n’y a plus personne pour en assumer les conséquences.
Nous avons besoins de moyens et de souplesse pour pouvoir lutter contre cet animal. Toutes les collectivités doivent en prendre conscience et contribuer à la bataille ! Faute de quoi, comme le loup qu’on retrouve aujourd’hui dans la Meuse ou dans l’Aube, on aura bientôt des rats musqués dans nos villes et nos maisons.

L’année 2013
- 82 % des communes du Nord et 70 % des communes du Pas-de-Calais concernées par le rat musqué pratiquent le piégeage mécanique
- 32 204 (+ 14,5% par rapport à N-1) dans le Nord
- 53 208 (+ 8,5 % par rapport à N-1) dans le Pas-de-Calais
C’est le nombre de captures pour la saison 2012-2013.

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