Le Syndicat Agricole 23 mars 2017 à 12h00 | Par Le Syndicat Agricole

« Nous voulons un nouveau contrat entre l'agriculture et la société »

Les délégués FDSEA, FRSEA, des associations spécialisées et des sections sociales seront réunis pour le 71e congrès de la FNSEA les 28 et 29 mars à Brest.

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Christiane Lambert, première vice-présidente et présidente par intérim de la FNSEA a annoncé sa candidature à la tête de la Fédération.
Christiane Lambert, première vice-présidente et présidente par intérim de la FNSEA a annoncé sa candidature à la tête de la Fédération. - © G. Perrin/La Marne agricole

Christiane Lambert, première vice-présidente et présidente par intérim de la FNSEA à la suite du décès de Xavier Beulin le 19 février, a répondu à nos questions à la veille du congrès de la FNSEA qui se tient à Brest les 28 et 29 mars. Cette année, l’organisation syndicale renouvelle ses instances et le conseil d’administration qui doit être élu lors du congrès. Il se réunira ensuite le 13 avril pour désigner le nouveau bureau et le nouveau président. Christiane Lambert a d’ailleurs annoncé sa candidature le 16 mars.

Après la disparition de Xavier Beulin, comment va la FNSEA ?
Il faudra, à chacun, du temps pour faire le deuil de l’être exceptionnel que nous avons côtoyé. Nous avons reçu des centaines de messages de tristesse et d’encouragement à l’équipe pour faire face. L’hommage, je crois, a été à la hauteur de l’estime que les gens avaient de Xavier.
La FNSEA est une grande maison, très structurée, qui rassemble des gens très engagés qui se sont serrés les coudes notamment pendant le Salon de l’agriculture. Il s’agissait d’affronter, ensemble, ce moment difficile mais aussi de tenir les engagements de représentation dans les médias, devant les politiques, devant le grand public.

Quelles sont les pistes d’actions privilégiées par la FNSEA concernant l’amélioration des prix payés aux producteurs ?
La crise a commencé en 2015 en productions laitière, bovine et porcine. Elle s’est étendue ensuite à d’autres secteurs. La crise climatique et économique, elle, est venue s’ajouter au niveau des grandes cultures. Nous avons aussi subi des crises sanitaires avec la fièvre catarrhale ovine (FCO) et l’influenza aviaire. Mais il existe également une crise morale. Les agriculteurs se sentent accablés. Nous avons dénombré 90 émissions à charge dans les médias nationaux l’an passé. Les agriculteurs ont des « bleus au c½ur ».
Face aux crises, la FNSEA s’est mobilisée pour obtenir un accompagnement sous forme d’un PSE (Plan de soutien à l’élevage) en 2015 avec des allégements de charges via le FAC, des mesures sociales, puis, en 2016 nous avons obtenu un second plan de confortation et de restructuration des exploitations agricoles.
Certains secteurs restent toutefois en difficulté ; le contexte de cours bas et de volatilité des prix y contribue grandement. La reconquête des prix et de la valeur ajoutée doit être notre priorité. Mais construire le prix ne se décrète pas. Ainsi, nous voulons initier un plan stratégique de filière pour inciter les acteurs régionaux de chaque filière à échanger plus pour construire des stratégies gagnant-gagnant.

Quels outils pourraient être mis en place ?
En 2016, un travail très important a été réalisé sur la loi de modernisation de l’économie (LME) pour pointer ses insuffisances. Nous avons convaincu des parlementaires de porter des amendements dans la loi Sapin 2 pour corriger les aspects négatifs de cette LME. Il s’agit de « remettre la construction du prix en marche avant » en faisant référence à des indicateurs publics de coûts de production lors de négociations de prix entre producteurs et premiers acheteurs, de donner plus d’importance aux négociations contractuelles, et au travail des organisations de producteurs. Il s’agit de reconnaître le contrat-cadre producteurs/entreprise et, seulement après, permettre la négociation producteur-entreprise.
Le renforcement de la transparence des transactions doit être respecté. On peut regretter que, pour les négociations 2017, beaucoup d’opérateurs aient cherché à éviter ces dispositifs de la loi nouvellement votée. Nous nous sommes insurgés auprès du ministre de l’Agriculture sur ce non-respect de la loi, en souhaitant qu’il tape du poing sur la table.
Un autre volet de propositions aux candidats à la présidentielle porte sur les outils fiscaux pour mieux gérer les conséquences de la volatilité des prix. Nous n’avons pas à notre disposition d’outils de lissage. Lors des bonnes années, les agriculteurs devraient pouvoir créer une épargne de précaution non fiscalisée afin de la mobiliser à leur convenance lors des années de crise pour faire face. Disposer d’outils de gestion des aléas économiques, climatiques, sanitaires, comme d’une épargne de précaution, de fonds de gestion des risques, de dispositifs assurantiels subventionnés au niveau européen est essentiel pour donner plus d’autonomie et de résilience à nos exploitations.

Le 30 mars, le Conseil de l’agriculture française (CAF) va rencontrer les candidats aux élections présidentielles. Comment va se passer ce grand oral ?
L’agriculture a été la grande absente des primaires de la droite comme de la gauche et, comme d’autres grands secteurs de l’économie, elle est totalement absente de la campagne des présidentielles ! À Brest, c’est en quelque sorte le grand oral de rattrapage pour les candidats. Ils viendront présenter leur vision stratégique pour l’agriculture devant 1 200 personnes.
Cela fait des années que nous disons qu’il n’y a pas de vision stratégique pour l’agriculture en France et en Europe. Nous l’avions dénoncé dès 2014 lors des états généraux de l’agriculture. Nous n’avons pas été écoutés. Les difficultés sont donc aujourd’hui plus importantes mais il faut bien resituer la responsabilité là où elle est. Des décisions sur les réductions de charges et les normes n’ont pas été suffisamment prises. Nous souhaitons que les candidats s’engagent sur des sujets très clairs et très concrets. Que proposent-ils sur la fiscalité agricole, l’organisation économique, le droit de la concurrence, l’aménagement du territoire, les services publics ruraux, comment revenir à une harmonisation sociale européenne ? Rappelons que l’agriculture, c’est 14 % des emplois, un solde positif de 10 milliards d’euros dans la balance commerciale, des innovations, un bouquet de solutions pour le climat et beaucoup de questions sociétales. Nous voulons un nouveau contrat entre l’agriculture et la société, et plus de reconnaissance sur nos contributions à l’économie, l’emploi, l’environnement, l’équilibre territorial.

L’Europe et la PAC vont être au c½ur du rapport d’orientation de la FNSEA. Partout en Europe, on voit l’euroscepticisme, voire les nationalismes, monter ...
Le rapport d’orientation de Brest sera consacré à l’Europe parce que nous voyons bien le sentiment pro-européen s’effilocher. En France, ne parlent d’Europe que ceux qui la critiquent et très peu ceux qui mettent en avant les intérêts de la construction européenne.
Il est temps de retrouver une Europe politique, un vrai projet européen en remettant de l’humain et du sens dans la construction européenne. Il faut recréer un sentiment plus identitaire européen et non aller vers le repli sur soi. Pour notre part, nous savons ce que nous devons à l’Europe : stabilité, accompagnement et développement.
L’élargissement vers l’Est, qui fut un choix géopolitique, a été insuffisamment préparé et accompagné de phases de transition. La crise de croissance de l’Union est une réalité. Elle a créé des situations de concurrence intra-européennes très fortes en raison de situations sociales et économiques très différentes.
À propos de la PAC, on peut constater tous les jours que « le tout marché ne fonctionne pas ». Dans un espace ouvert, il faut réviser à la fois nos instruments de régulation et définir une nouvelle façon d’aborder le droit de la concurrence qui doit être plus subjectif que punitif. C’est un débat d’avenir.
Face aux enjeux multiples de l’Union européenne, l’agriculture est un secteur porteur de solutions.
C’est le message d’optimisme que nous voulons porter.

Propos recueillis par Jean Dubé, Terra

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