Le Syndicat Agricole 29 février 2016 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

«Nos productions légumières sont également durement touchées par la crise»

L’assemblée générale de la coopérative s’est déroulée le 19 février à Phalempin.

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André Tondeur, président de la coopérative.
André Tondeur, président de la coopérative. - © DR

« L’année 2015 a été correcte tant en volumes qu’en prix », indique André Tondeur, président du Marché de Phalempin, lors de l’assemblée générale de la coopérative légumière qui s’est tenue vendredi dernier à Phalempin (59). Les 185 adhérents ont ainsi dégagé un chiffre d’affaires légèrement supérieur à 42 millions d’euros (M €) sur l’exercice 2014-2015, soit une hausse de 13 % par rapport au précédent. La coopérative leur a versé 1,238 M € de complément de prix. Au final, le Marché de Phalempin affiche un résultat net de plus de 36 000 €. En dépit de ces bons résultats, la campagne en cours s’annonce très compliquée : « 2016 sera une autre histoire », prévient André Tondeur qui parle même de « marasme commercial pour tous les légumes ».

« Des prix trop bas depuis des mois »
« On parle beaucoup en ce moment de l’élevage mais nos productions légumières sont également durement touchées par la crise, insiste-t-il. Nous aussi nous subissons des prix trop bas depuis des mois. Et nous aussi, nous n’en pouvons plus de cette situation qui met en péril nos exploitations ». Et de poursuivre : « On nous parle d’étalement de charges, de subventions… bref, de cataplasmes en tout genre qui ne règlent pas les problèmes de fond ». Ce sont toujours les mêmes : les distorsions de concurrence en Europe (notamment sur la main-d’œuvre et l’utilisation des produits phytosanitaires), la surenchère française en matière de transposition des directives européennes et la superposition des normes (400 000 en agriculture à l’heure actuelle). « Il n’est pas évident de se projeter à long terme et de s’y retrouver devant autant de contradictions, souligne André Tondeur. Nous ne pouvons plus utiliser certains produits de traitements. Or, ces mêmes produits de traitement ne semblent poser aucun problème dans d’autres pays européens. Les légumes traités au mesurol, diméthoate ou autres, reviennent ensuite chez nous en France dans nos magasins. Est-ce normal ? »

Regrouper l’offre
Ce que veulent les producteurs, ce sont des « prix rémunérateurs ». Cela passe notamment par de nouveaux débouchés. La filiale « Saveurs au quotidien », au MIN de Lomme, va tester prochainement les marchés de la restauration collective. Toutefois, il apparaît indispensable pour André Tondeur « de continuer à organiser la première mise en marché ». Pour lui, il s’agit véritablement de « la planche de salut » des producteurs face à des centrales d’achats qui se sont, elles, regroupées : « Quand on se regroupe, c’est plus simple de gérer l’offre et de maintenir une production qui ne mette pas en péril l’économie du secteur », affirme-t-il. C’est le cas pour l’endive avec Perle du Nord qui représente aujourd’hui 50 % de l’offre en France. « Pourtant, nous n’avons pas encore aujourd’hui la taille critique nécessaire pour influer sur le marché des produits d’hiver », déplore André Tondeur. C’est pourquoi la coopérative souhaite que d’autres producteurs la rejoignent, et joue la transparence sur ses prix moyens de campagne (cf. tableau). « Ils n’ont rien à envier aux autres opérateurs, bien au contraire, observe le président du Marché de Phalempin. Ils prouvent, si besoin en était, la pertinence et la force de nos outils collectifs ». Par ailleurs, la coopérative souhaite aussi regrouper l’offre en fraise (autour de sa marque « La Fraise du Marché de Phalempin ») ou en poireaux. À noter que neuf nouveaux adhérents l’ont déjà rejoint pour la prochaine campagne en oignons et en choux. D’après André Tondeur, la crise pourrait faciliter le processus : « Lors d’années difficiles, les producteurs trouvent du sens à nous rejoindre, constate-t-il. Nous sommes toujours plus forts au sein d’un collectif pour défendre nos intérêts ».

MDS

Zoom sur... L’activité de la coopérative en 2015

La totalité de la production du marché de Phalempin, tous fruits et légumes confondus, s’établit pour 2015 à plus de 40 000 tonnes (t), dont 1 000 t de produits bio.

Fraises
L’an dernier, 818 t ont été produites, soit une hausse de 6 % par rapport à la campagne précédente. Les volumes ont augmenté de 12 % sur les trois dernières années et sans baisse de prix. Le prix moyen producteur (hors centralisation) s’avère relativement stable à 3,38 €/kg (N-1 3,32 €/kg) avec toutefois une disparité entre le prix moyen pour les fraises de saison (3,49 €/kg) et les fraises remontantes (3,26 €/kg) qui s’explique par les conditions météos et une plus forte pression des ravageurs. La coopérative mise à la fois sur la puissance de sa marque pour regrouper l’offre et sur la qualité. Elle vient de renforcer son équipe dédiée à cette production en embauchant une nouvelle animatrice, ainsi qu’une technicienne en production bio intégrée.

Choux
La qualité était au rendez-vous en 2015 ; dans son ensemble, la campagne s’est bien déroulée : 877 000 unités ont été produites pour un prix moyen producteur de 0,66 €/tête (N-1 0,58 €). La coopérative développe le chou de conservation (500 palox en 2015), en investissant sur le stockage et le conditionnement collectif.

Frisées
En 2015, la production atteint les 534 000 têtes, pour un prix moyen à 0,73 €/tête (N-1 0,57 €/kg). Plus d’un tiers des volumes produits (35 %) ont été commercialisés vers l’industrie. L’objectif étant de maintenir les débouchés industriels (entre 35 et 45 %) pour conserver un prix moyen élevé, mais sans aller trop loin pour ne pas dépendre d’un seul interlocuteur ».

Poireaux
Une campagne « assez fluide » avec de très bons rendements (725 t produites) et un prix moyen en hausse à 0,58 €/kg (N-1 0,50 €/kg). L’objectif pour la coopérative est maintenant le regroupement de l’offre à 100 %. Elle achète déjà une grande partie des poireaux qu’elle commercialise à la coopérative Sipenord.

Endives
Production record en endives avec 26 792 t (+ 342 t d’endives rouges et 73 t de carmines), soit un bond de 4 % par rapport à l’an dernier. La coopérative souligne la bonne dynamique commerciale en 2015 et un prix moyen producteur (tous segments confondus) en progression à 0,99 €/kg (N-1 0,85 €/kg).

Chou-fleur
Le cadran reste le garant de la performance avec 90 % des volumes produits (2,061 millions de têtes) commercialisés par ce biais. Le prix moyen producteur s’élève à 0,75 €/tête (N-1 0,82 €). La coopérative aimerait que la grande distribution, qui achète une bonne partie de la production, soit plus réactive et s’engage sur des volumes dans les cinq jours qui suivent le pic de production.

Oignons
La production atteint les 700 t. Globalement, 2015 restera dans les annales comme « une petite année » pour l’oignon conventionnel, malgré un bon début de campagne. Le prix moyen producteur est de 0,17 €/kg, soit une baisse de 10 cts par rapport à la précédente campagne (N-1 0,27 €/kg). À noter la bonne dynamique en bio avec un prix moyen producteur à 0,71 €/kg. Le Marché de Phalempin veut répondre à la demande avec un produit de qualité et a investit 270 000 € dans une troisième cellule de stockage dédiée à l’oignon bio.

MDS


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