Le Syndicat Agricole 22 mars 2017 à 12h00 | Par Le Syndicat Agricole

Porcs : « Montrer ce qui se passe dans 99 % des élevages »

Une fois de plus, une vidéo a créé la polémique cette semaine en stigmatisant toute une profession.

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Les éleveurs sont très attachés, quoi qu'on en dise, à la bonne santé de leurs animaux.
Les éleveurs sont très attachés, quoi qu'on en dise, à la bonne santé de leurs animaux. - © DR

Une vidéo tournée dans un élevage de porcs a été mise en ligne en fin de semaine dernière. Certaines images sont choquantes, non seulement pour le public mais également pour les éleveurs de porcs et la filière porcine dans son ensemble. Ces abus ne représentent pas l'ensemble des situations ni l'ensemble de la production. Ces associations qui prônent l'arrêt complet de l'élevage se trompent donc de combat. Car la majorité des Français mange de la viande, l'apprécie et entend continuer à le faire. Les éleveurs travaillent au quotidien avec leurs animaux et les respectent en appliquant scrupuleusement les normes européennes et françaises. Ils sont prêts à mieux expliquer leur travail et leur vie au quotidien, à faire progresser leurs pratiques, et même à débattre quand on les y invite sans les stigmatiser.

Relation à l'animal : pourquoi autant d'interrogations aujourd'hui ?
La société française a largement évolué. D'une société majoritairement rurale il y a encore 60 ans, nous sommes passés à une société d'urbains, éloignés des animaux d'élevage et des modes de production. En France, le nombre d'animaux de compagnie a quasiment doublé en trente ans. Ils sont aujourd'hui plus de 50 millions dont 10 millions de chats et 8 millions de chiens. Le nombre de foyers qui en possèdent a augmenté lui aussi (ils sont 53 %). Ce qui a changé aussi, c'est leur statut culturel : ils sont de plus en plus anthropomorphisés, c'est-à-dire qu'on leur attribue des aspects humains. On a tendance à transposer le regard que l'on porte sur nos animaux de compagnie sur les animaux d'élevage, voire sur les animaux sauvages.

Le statut de l'animal en question
Le sujet de l'élevage et du bien-être des animaux n'est pourtant pas nouveau : le sociologue de l'alimentation Jean-Pierre Poulain le fait remonter à 1978 avec la déclaration universelle du droit de l'animal de l'Unesco. Des associations défendant la libération de l'animal se développent, d'abord dans les pays anglo-saxons, avec l'exemple de Peter Singer, philosophe utilitariste australien, surtout connu pour son livre La Libération animale, considéré comme le livre fondateur des mouvements modernes de droits des animaux. Puis des relais sont trouvés, en utilisant des images choc pour jouer sur l'émotion et des modes d'actions à la limite de la légalité. En France, à l'automne 2013, une pétition lancée par l'association 30 Millions d'amis est signée par 24 intellectuels. Puis, en 2014, la reconnaissance de l'animal comme être sensible dans le code civil (« le pied dans la porte » de l'amendement Glavany) déclenche de vifs débats au sein de la société. Ainsi, l'article 515-14 stipule que « les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens ». Cet article est une mise en cohérence symbolique, car les animaux sont reconnus comme êtres sensibles dans le Code Rural depuis 1976. Il n'y a ainsi pas de modification du régime juridique et du droit de propriété qui s'y applique, et pas de création d'un statut intermédiaire (ni personne ni bien). Néanmoins, cette question de reconnaissance engendre un vrai débat parlementaire ; l'inquiétude du monde de l'élevage est entendue, même s'il demeure une ambiguïté.

Aujourd'hui, une déferlante
Désormais, personnalités et artistes s'engagent. Des vidéos, bien relayées sur le plan médiatique, mettent en cause les conditions d'abattage, obligeant la création d'une commission d'enquête parlementaire. À cela s'ajoute la loi Sapin qui protège désormais les lanceurs d'alerte. Tous ces éléments favorisent la surenchère entre les associations de protection animale, y compris du côté des « welfaristes », qui ½uvrent à améliorer la qualité de vie des animaux exploités sans remettre en question leur exploitation. Côté consommateurs, les cahiers des charges des acheteurs se durcissent (exemple des ½ufs). On parle aujourd'hui, dans l'opinion publique, plus de « souffrance animale » que de « bien-être animal ».

Des éleveurs professionnels formés et informés
Pourtant, quelle que soit la filière, les éleveurs sont prêts à montrer combien ils élèvent leurs animaux avec soin et à mieux expliquer leur travail et leur vie au quotidien. Pour la filière porcine, ici décriée par la vidéo, le bien-être des porcs en élevage est au c½ur du métier d'éleveur ; c'est une préoccupation quotidienne. Le savoir-faire et l'expérience des éleveurs leur permettent de détecter lors des tournées quotidiennes si les porcs sont en bonne santé, bien nourris, bien logés, non stressés. Cette relation entre l'homme et l'animal est à la base même de toute activité d'élevage. Les éleveurs de porcs mettent tout en ½uvre pour assurer une bonne santé à leurs animaux, participant à leur bien-être. En outre, chaque élevage de porcs est suivi par un vétérinaire qui assure des visites régulières et peut intervenir en cas de problème de santé. Au-delà de chaque élevage, c'est la filière entière qui est organisée pour assurer collectivement une bonne qualité sanitaire des élevages français.

La France est-elle en retard ?
La France et l'Union européenne ont des règlementations parmi les plus strictes au monde concernant le bien-être animal. Ce niveau d'exigence explique que les modèles d'élevage européens soient différents par rapport à ceux des pays tiers. De plus, la réglementation évolue sans cesse sur la base des nouvelles connaissances scientifiques et des innovations techniques afin de répondre toujours mieux aux attentes de la société. Au-delà des aspects réglementaires, les évolutions dans les techniques d'élevage, mais aussi dans les installations (conception, matériaux, équipements, etc.), ont permis d'améliorer sans cesse le confort et l'ambiance dans les bâtiments.
Les éleveurs doivent donc être capables de témoigner de manière très simple sur leurs façons de faire. C'est essentiel. Comme pour les abattoirs et les transporteurs. Ces derniers mois, de nombreux agriculteurs ont posté des vidéos sur YouTube ou les réseaux sociaux pour que le grand public voie qu'ils élèvent leurs animaux dans de bonnes conditions. Évidemment, il ne s'agit pas de convaincre les 2 % d'abolitionnistes mais bien de montrer la réalité aux 98 % restants : les citoyens qui mangent de la viande. En dénigrant les éleveurs, les associations s'attaquent à des hommes et à des femmes qui sont très attachés, quoiqu'elles en pensent, à la bonne santé de leurs animaux.

Zoom sur... Les denières évolutions en termes de bien-être animal

o 2002 : passage des cases individuelles aux cases collectives des veaux pour un élevage en groupe ;
o 2006 : abandon de l'attache des truies ;
o Depuis 2007 : amélioration des conditions de transport des animaux, notamment pour les trajets de longue durée (installation d'abreuvoirs dans les camions, de systèmes de ventilation et d'enregistrement de la température par exemple) ;
o 2009 : réglementation sur l'élevage de poulets de chair et réduction de la densité dans les élevages ;
o Depuis 2009 : la formation du personnel des abattoirs et la désignation d'un responsable bien-être sont obligatoires ;
o 2012 : agrandissement des cages des poules pondeuses et aménagements favorisant leurs comportements naturels (perchoir, nid pour pondre, aire de grattage et de picotage) ;
o 2013 : nouvelles normes pour les truies gestantes désormais élevées en groupe.

Des exemples de témoignages en vidéo sur les réseaux sociaux :
- https://vimeo.com/­130189056
- https://www.youtube.com/watch?v=yXMI4a5_OUs&app=desktop

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