Le tsunami amplifie une baisse des cours
La destruction des ports du nord va rendre difficile le déchargement et le transport des importations japonaises. - © DR
À l’ouverture des marchés le 14 mars, les cours des matières premières non transformées ont chuté. Une suspension partielle des importations japonaises a fait baisser les cours du maïs, du colza ou du porc. Les marchés américains et australiens sont les plus touchés par ce recul des cours, car le Japon est un débouché important pour leurs produits agricoles.
« La semaine dernière, avant le séisme au Japon, les cours des céréales et des oléagineux ont enregistré des baisses de 5 à 11 % » explique Luke Mathews, analyste matières premières agricoles pour la Commonwealth Bank of Australia. Selon lui, une baisse additionnelle de 2 à 3 % des cours sur les marchés agricoles a été observée tout de suite après la catastrophe japonaise. Le Japon, premier importateur mondial de maïs, de canola (colza) et de porc, avec respectivement 18, 24 et 21 % de parts de marché, pourrait réduire ses achats à l’importation sur les prochains mois.
Des difficultés logistiques avérées dans le nord du Japon
« L’importation mensuelle de maïs à destination de l’alimentation animale chuterait de 8 % après la destruction d’usines au nord du Japon », a signalé le Dow Jones Newswire. « La destruction des ports du nord va rendre difficile le déchargement et le transport des importations japonaises », a déclaré Tommy Hamamoto, directeur de l’US grain Concil au Japon. Selon le cabinet de conseil en agriculture AgRessource, le tsunami aurait réduit de 15 à 20 % les capacités de stockage de céréales au Japon. Ainsi, les importations de maïs du pays sont attendues en recul de 500 000 t à 1Mt. » De plus, d’après la firme de courtage FC Stone, « les ports endommagés par le tsunami traitaient 17 % des besoins d’importations d’aliments composés pour animaux au Japon. Une activité directement liée aux élevages de volailles de la région ».
Le retrait des fonds entraîne les cours à la baisse
« Suite au tsunami, les opérateurs financiers en matières premières, y compris agricoles, ont d’abord parié sur un ralentissement de l’économie mondiale sur quelques semaines, mais maintenant les inquiétudes porteraient sur quelques mois », a indiqué un courtier. Selon lui, les fondamentaux bougent peu, et restent tendus, mais l’aggravation nucléaire de la crise nippone devrait allonger la durée de ralentissement de l’économie du pays, la 3e mondiale. Le courtier conclut sur un effet autre que les fondamentaux des marchés pour expliquer les baisses actuelles. À la mi-journée, le 15 mars, des reculs de 9,75 €/t pour le colza, de 6,50 €/t en maïs et de 7 à 8/t en blé ont été enregistrés. Cependant, d’ici 6 à 12 mois, le retour aux achats sur les marchés mondiaux du Japon pourrait faire repartir fortement la demande en matière première, indique le courtier, qui affirme aussi que les ports de livraison au sud du pays sont toujours opérationnels.
Le point sur les ports du Nord endommagés
Plus que le tremblement de terre, et bien évidemment sans commune mesure avec la problématique d’un secteur nucléaire fragilisé, certains ports du Nord du Japon ont pris de plein fouet le tsunami qui a suivi les secousses. Or, il se trouve que cette zone est particulièrement vitale pour l’agriculture et l’approvisionnement alimentaire du pays. Le port de Hachinohe est par exemple équipé pour recevoir des cargos réfrigérés. Des installations de 2001 permettent le contrôle des températures et un système d’humidification en vue du stockage de produits agricoles. Dans celui d’Ishinomaki transitent des fertilisants. Mais c’est sans nul doute le port de Kushiro qui inquiète le plus par rapport au secteur agricole. D’abord parce que la partie est de l’île d’Hokkaido est une source importante pour l’approvisionnement alimentaire domestique nippon (20 % des terres arables du pays, un tiers de la production laitière). Le port de Kushiro (qui peut accueillir des bateaux de 50 000 tonnes) est une plaque tournante de l’industrie de transformation alimentaire au Japon. Enfin, c’est aussi une plateforme d’échanges commerciaux importants : importations de fertilisants et d’alimentation animale pour la production laitière et les autres fermes de la région ; transport de produits laitiers et de bétail vers le reste du pays. Le Conseil du grain américain a reçu des informations faisant état de détériorations de silos et d’infrastructures pour le bétail dans ces ports.
Thierry Michel
La FNSEA propose son aide au Japon
Dans un courrier adressé le 14 mars au président de l’Union centrale des coopératives agricoles du Japon (JA-Zenchu), Mamoru Moteki, Xavier Beulin a transmis un message de solidarité et de soutien aux paysans japonais et au peuple nippon en général « au nom des agriculteurs français », après le séisme et le tsunami dévastateurs dont ce pays a été victime. Le président de la FNSEA souligne que, d’après ses informations, « les terres agricoles, les outils de production, les serres et les fermes pourraient avoir subi des dégâts d’une ampleur considérable ». La FNSEA se propose d’accompagner le JA-Zenchu dans la reconstruction des régions dévastées et d’« acheminer le nécessaire essentiel à un redémarrage de vos activités agricoles ».
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