Le Syndicat Agricole 17 janvier 2013 à 11h08 | Par Le Syndicat Agricole

Moisson 2013 - « Céréales : rien n’est perdu »

Les jeux ne sont pas encore faits. Décryptage avec Marc Dupayage, responsable technique chez Unéal.

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Asphyxie des sols, pertes de pieds, matraquage des champs, retardde développement… On ne peut pas dire que les implantations de céréales à l’automne se soient déroulées sous les meilleurs hospices.
Asphyxie des sols, pertes de pieds, matraquage des champs, retardde développement… On ne peut pas dire que les implantations de céréales à l’automne se soient déroulées sous les meilleurs hospices. - © V. Marmuse, CAIA

Beaucoup d’agriculteurs se demandent jusque quand on peut implanter raisonnablement un blé, en particulier derrière les toutes dernières cultures arrachées ?
Nous sommes typiquement, comme à l’automne 2000-2001, avec une pluviométrie hivernale très importante. Cette année-là, j’avais implanté la 2e partie de ma collection variétale le 1er février, alors qu’elle était initialement prévue vers la mi-novembre. À l’époque, j’ai semé des variétés comme Shango et Baltimor, en pensant qu’elles ne donneraient pas grand-chose avec des dates d’implantation si tardives. Au final, elles ont terminé respectivement 1re et 2e de la vitrine avec, respectivement, des rendements de 85 et 82 q/ha ! Difficile donc d’établir des règles, ce sont avant tout les conditions de l’année qui établissent ce genre de diagnostic.
Raisonnablement, le blé peut être semé jusque fin février. Néanmoins, à partir de mi-février, il faut se poser la question de la rentabilité vis-à-vis d’autres cultures comme l’orge de brasserie, la féverole, le pois protéagineux et le maïs.
Pour cela, il est primordial de connaître le rendement potentiel de la parcelle, la rotation à venir, le besoin en paille, l’étalement de la récolte, la tendance du marché. Chaque parcelle de chaque exploitation est un cas différent.


Quelles dispositions particulières faut-il prendre ?
Si vous décidez de semer encore du blé, gardez la densité de 350 grains/m2, avec plus ou moins 30 grains selon la structure du sol et le risque limaces. Positionnez également la semence entre 1,5 et 2 cm de profondeur.
Pour l’anecdote, j’ai encore un essai variété à semer, et je compte bien semer la totalité du catalogue Unéal, même si nous sommes fin janvier ou début février !


Les semis de céréales ont beaucoup souffert à l’automne. Que faudra-t-il faire pour optimiser ces implantations ?
En escourgeon, c’est le nombre d’épis qui fait le rendement. Dans nos essais densité, le seuil de rentabilité est à 120 plantes au m2, mais attention à la verse et surtout à la casse d’épi, car la végétation est moins dense. En effet, l’escourgeon a besoin d’une certaine densité de semis pour pouvoir s’adosser et donc ne pas verser.
En blé, le seuil de retournement est entre 80 et 100 plantes au m2 bien réparties. La majorité des variétés font le rendement sur la fertilité et le remplissage (PMG). Si hier, il fallait 650 ou 700 épis pour obtenir l’optimum de production avec des variétés comme Soissons, Camp Remy, ou plus récemment Premio, actuellement, avec des produits comme Bermude, Trapez ou Expert, à partir de 400-450 épis au m2, on est à l’objectif de productivité optimal.
C’est donc la fertilité de l’épi et son remplissage qui sont essentiels et, dans une moindre mesure, le nombre de pieds au m2.


Faudra-t-il changer la stratégie de fertilisation azotée ?
Je pense qu’il est important de rappeler que le poste nutrition de la céréale participe à hauteur de 40 % à l’élaboration du rendement de la plante. C’est donc une contribution essentielle au rendement, bien loin devant les fongicides, qui n’y participent qu’à hauteur de 20 %.
Avec des plantes peu développées et souvent mal enracinées, le fractionnement sera obligatoire et primordial. Avec un horizon superficiel totalement lessivé, il ne servira à rien d’apporter une grande quantité d’azote que la plante ne pourra assimiler. Il faudra plutôt adopter une stratégie de « biberonnage », par des apports limités (pas plus de 30 unités à chaque fois), à partir de début février pour les parcelles semées après le 10 octobre. Une stratégie à affiner en fonction des parcelles et des précédents mais qui pourrait se faire avec des engrais azotés contenant du soufre, voire même des engrais complets pour être plus efficace.


Qu’en est-il justement des oligo-éléments ?
La pluviométrie de cet automne et de ce début d’hiver a littéralement lessivé l’horizon superficiel de nos sols. Beaucoup d’éléments ont donc été perdus, en particulier le manganèse, le bore et le soufre, qui sont les plus exposés à ces déperditions. Or, ils sont essentiels ; le manganèse, par exemple, participe à l’assimilation de l’azote en le rendant disponible pour la plante. Le soufre est lui aussi un partenaire incontournable de l’azote. Quant au bore, il est la clé de la réussite de la fertilisation du colza, en « boostant » la fructification des plantes, et donc le nombre de siliques.
L’acide phosphorique (P2O5), solide ou liquide, en jouant largement sur l’enracinement des plantes, aura aussi tout son intérêt cette année.
L’apport d’oligo-éléments, dès le stade 2-3 feuilles de la plante, sera donc essentiel cette année dans un contexte de carence avérée due à l’excès d’eau.


Selon vous, le potentiel des cultures est-il déjà entamé ?
Difficile de répondre à ce genre de question, car on sait toujours, après coup, le potentiel de production d’une parcelle. Néanmoins, on peut penser que 2013 ne sera pas un millésime extraordinaire, au vu de la qualité de l’implantation des céréales. Mais restons positifs, ce sont avant tout les mois de mai et juin qui seront déterminants.
Je ferai confiance aux anciens qui disaient souvent que « l’on ne voit belles les céréales qu’une seule fois ». 2007 et 2012 l’ont montré : la déception a été au rendez-vous, malgré des potentiels historiques.
Pour finir, cette année, au regard des prix actuels des matières premières, le suivi agronomique de chaque parcelle sera certainement plus important que le suivi informatique des cours du blé…
Chausser les bottes, prendre une bêche, observer et chouchouter chaque parcelle sera primordial. Rien n’est définitivement perdu et tous les espoirs sont encore permis à condition de s’en donner les moyens.


Propos recueillis par CHRISTOPHE DEDOURS

 


Tallage, cycocel et désherbage...

On entend souvent dire que le cycocel fait taller, qu’en est-il exactement ?
La plante, pour se développer, réagit à 2 paramètres : la température et la longueur du jour. Le cycocel limite le développement du maître brin et permet donc aux talles secondaires de s’exprimer. Il ne participe pas directement à l’élaboration de nouvelles talles, il permet simplement de rétablir un équilibre entre toutes les talles. Concernant les semis qui ont migré en profondeur avec la pluie, là aussi, le nombre de talles sera bien présent, sauf que l’excès de profondeur (3-4 cm, voire plus) va limiter la vigueur de ces nouvelles plantules, et beaucoup d’entre elles n’auront pas la force de donner une tige, et donc un épi. En cas de peuplement limite, l’apport de cycocel précoce (dans le respect de l’utilisation et de l’homologation du produit) peut donc être une solution acceptable.

Faudra-t-il faire évoluer ses pratiques de désherbage ?
Contrairement aux années antérieures, moins de 10 % des parcelles ont été désherbées à l’automne.
Heureusement, hormis les semis très précoces, les adventices sont, à l’image des blés, peu développées. Il faudra donc être patient, intervenir sur des plantes en reprise de végétation pour ne pas ajouter un stress supplémentaire. Contrairement aux recommandations habituelles il faudra, avant tout, préserver et pérenniser le potentiel présent par une alimentation azotée optimale puis ensuite désherber. Il faudra, qui plus est, intervenir sur des sols bien ressuyés pour éviter les problèmes de sélectivité. On sait, par exemple, que les produits à base de sulfonylurées (Archipel, Atlantis, Absolu…) peuvent être plus « agressifs » sur des céréales en souffrance ou sur des sols asphyxiés. Prudence et patience seront donc de mise !

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