Le Syndicat Agricole 25 juin 2015 à 08h00 | Par Le syndicat agricole

Méthanisation 2015, une année charnière

Inauguré le 16 juin à Paris, le salon Expo Biogaz est un moment fort pour les professionnels de la filière qui n’ont pas manqué d’en souligner les nombreux atouts, mais aussi les défis à relever pour amplifier le développement du secteur, notamment en termes de réglementation et de tarification.

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Les méthaniseurs agricoles produisent aujourd’hui 350 gigawattheures (GWh) d’électricité et 500 GWh de chaleur, soit la consommation de chauffage de 35 000 foyers.
Les méthaniseurs agricoles produisent aujourd’hui 350 gigawattheures (GWh) d’électricité et 500 GWh de chaleur, soit la consommation de chauffage de 35 000 foyers. - © DR

Energie renouvelable en plein essor, le biogaz est issu de la fermentation de matières organiques, un processus qui permet ainsi de réduire le volume des déchets organiques et les émissions de méthane. En cette année d’adoption de la loi pour la transition énergétique et de Conférence Paris Climat, la quatrième édition du salon Expo Biogaz qui s'est tenu à Paris du 16 au 18 juin est donc l’occasion pour les professionnels de mettre en lumière cette filière et ses nombreux atouts. Le secteur emploie aujourd’hui 1 700 personnes, pour un chiffre d’affaires de 290 millions d’euros en 2013.

De nombreux atouts
Pour le milieu agricole, les atouts de la méthanisation sont nombreux : quantité du gisement disponible et valorisation des effluents, production d’énergie sur place sous forme de gaz, chaleur et électricité, énergie non intermittente à la différence du photovoltaïque, possibilité de développement sur tout le territoire… Les méthaniseurs agricoles produisent aujourd’hui 350 gigawattheures (GWh) d’électricité et 500 GWh de chaleur, soit la consommation de chauffage de 35 000 foyers. À travers l’engagement de l’agriculture dans la filière biogaz, la profession fait aussi « la promotion d’une agriculture de solutions, qui contribue à la réduction des gaz à effets de serre », a souligné Jean-Yves Ménard, administrateur de Terrena et de Coop de France, lors de l’inauguration du salon. « La profession agricole considère la transition énergétique et le climat comme des sujets essentiels », a ajouté Olivier Dauger, président de la Commission énergie à la FNSEA, d’autant plus que « l’énergie est le premier poste de dépenses en agriculture ».

Des freins à lever
Cependant, en matière de développement, 2015 est une année charnière. Le nombre de projets en développement est resté stable entre 2013 et 2014 (360 unités) et certains obstacles empêchent encore la filière de donner la pleine mesure de ses potentialités. Comme le rappelle Jean-Marc Renaudeau, président de la Chambre d’agriculture des Deux-Sèvres, « nous sommes au milieu du gué, on attend un certain nombre de réponses dans les mois qui viennent » explique-t-il en référence à la simplification administrative et juridique, ainsi qu’à l’ajustement des prix nécessaire pour assurer la rentabilité économique parfois incertaine des projets actuels. Il faudrait également « que le monde de la banque et de la finance puisse accompagner davantage les projets », souligne Olivier Dauger.
Pour favoriser le dialogue entre les acteurs de la méthanisation, la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal a mis en place fin mars le Comité national biogaz. Le gouvernement espère ainsi ajuster la réglementation grâce aux retours d’expérience des professionnels et amplifier le développement de la filière. L’instance permettra peut-être aux différentes sources de méthanisation – stations d’épuration, déchets ménagers, agriculture – de mieux se compléter. L’important est surtout de « donner de la perspective aux porteurs de projets », a affirmé Jean Grellier, député des Deux-Sèvres et président du groupe d’études portant sur le développement de la méthanisation à l’Assemblée nationale. Il faut pour cela sécuriser cette filière encore fragile en jouant sur les différents leviers évoqués, notamment les aspects fiscaux, sans oublier de s’appuyer sur la dimension territoriale, en particulier les intercommunalités qui peuvent plus facilement fédérer l’ensemble des acteurs.

Coop de France se propose d'aider les porteurs de projets en méthanisation

Coop de France était pour la première fois présente au sein du village agricole qui rassemblait la profession agricole à l'occasion du salon Biogaz. Pour l'organisme, la filière Biogaz constitue un levier essentiel pour la réduction des gaz à effet de serre et le déploiement de l'économie circulaire dans les exploitations agricoles. " Il y a en France, près de 200 unités de méthanisation, pour 70 d'entre elles c'est avec une intervention de près ou de loin des coopératives ", a affirmé au nom de Coop de France, Jean-Yves Ménard, administrateur de la coopérative Terrena. Les coopératives peuvent accompagner le développement de projets de méthanisation car elles connaissent le territoire, elles ont des relations commerciales avec les agriculteurs. Leur objectif est donc de faire en sorte que les solutions proposées à leurs adhérents soient adaptées.

Ainsi, dans le sud du département de la Vienne, la coopérative Corea est devenue actionnaire d'une société détenue par six agriculteurs lancée depuis dix ans dans un projet de méthanisation. Pour Corea, l'enjeu est de mieux valoriser les issues de céréales et co-produits habituellement destinées à la filière de l'alimentation animale. Les issues de céréales ne composent que 18% des matières entrant dans le méthaniseur mais elles représentent 75 % de l'énergie produite en raison de leur fort pouvoir méthanogène. L'Union des producteurs de Beaufort a, quant à elle, trouvé une solution pour mettre en valeur, localement, le lactosérum, coproduit de la production de fromage. Les résidus issus de sa transformation en beurre et en poudre de lait vont permettre d'alimenter un méthaniseur et de réutiliser la chaleur que ce dernier produit. Ce dispositif sera inauguré à l'été 2015. Enfin, la coopérative Triskalia vient de mettre en place un dispositif pour accompagner ses adhérents. Une personne est dédiée au suivi des projets, et ces derniers sont traités quatre étapes : projet, financement, procédures, et prestataires. Jean-Yves Ménard lui-même sur son exploitation du Maine-et-Loire s'est impliqué. Comme d'autres, il est devenu "une sentinelle de la terre" pour apporter des références sur le fonctionnement du méthaniseur de l'exploitation à d'autres collègues. Il conclut : "Nous espérons et nous ouvrons tous pour que des mesures de simplification soient prises afin de garantir la pérennité de la filière".

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