Le Syndicat Agricole 22 février 2016 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

« Même si le désarroi est grand, nous ne sommes pas encore résignés »

Le blocus des plateformes de distribution de la région a été levé après une réunion de crise avec les représentants de la grande distribution, à Saint-Laurent-Blangy (62).

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Une réunion de crise avec les représentants des GMS a eu lieu le 11 février dans les locaux de la Cité de l’agriculture à Saint-Laurent-Blangy. (© FD) Blocage de la plateforme Auchan de Neuville-en-Ferrain. © Le Syndicat Agricole Blocage de la plateforme Lidl de Sailly-lez-Cambrai. © Le Syndicat Agricole Blocage de la plateforme Lidl de Lille-La Chapelle d’Armentières. © Le Syndicat Agricole

À l’appel de la FRSEA et des JA du Nord-Pas de Calais et de Picardie, des actions syndicales ont ciblé la grande distribution la semaine dernière. Le 10 février, quatorze plateformes logistiques de la grande distribution, toutes enseignes confondues, ont ainsi été bloquées par des agriculteurs à l’aide de tracteurs (quatre dans le Pas-de-Calais, trois dans le Nord, trois dans l’Oise et quatre dans la Somme). Une opération coup de poing justifiée par communiqué : « En tant qu’acteur de la mise en marché de nos produits, la grande et moyenne distribution (GMS) porte une part de responsabilité dans la juste répartition des marges tout au long de la filière. Par la guerre des prix que les enseignes se livrent entre elles et la politique du « toujours moins cher », les GMS affament le producteur, premier maillon de la filière, pourtant à l’origine de la valeur de ces produits. Ce rapport de force déséquilibré, nous le dénonçons depuis longtemps. Désormais, c’en est trop ! », insiste-t-on du côté des syndicats d’exploitants agricoles. Et d’ajouter : « Même si le désarroi est grand, nous ne sommes pas encore résignés. Nous voulons simplement retrouver la fierté d’exercer notre métier, redonner de la valeur à l’acte de production de denrées alimentaires. » En parallèle des blocages, des visites en magasin ont également eu lieu. Toujours est-il que « les agriculteurs sont à bout économiquement et moralement, ils le font savoir à travers ces différentes actions ». D’après Laurent Verhaeghe, président de la FRSEA, l’objectif était de montrer « notre capacité à nous mobiliser très vite, et en nombre, partout dans la région ». L’idée étant de taper là où cela fait mal : « Les centrales d’achats fonctionnent en flux tendu. Même si le blocus ne dure que 24 heures, il leur pose d’énormes soucis logistiques », explique-t-il.

Négociations : des avancées constructives

Aussi une réunion de crise avec les représentants des enseignes (Carrefour, Auchan, Leclerc, Aldi, Intermarché, Match, Système U et Lidl) a été programmée le lendemain dans les locaux de la Cité de l’agriculture à Saint-Laurent-Blangy (62). « Le message est simple. Les agriculteurs ont besoin d’un prix décent de leurs produits, qui leur permet de vivre de leur travail », soulignent FRSEA et JA. Ces derniers ont notamment demandé « qu’aucune négociation n’aboutisse à une baisse des prix, que la transparence et une juste répartition des marges soit faite tout au long de la filière, et que les enseignes s’engagent aussi sur l’étiquetage de l’origine des produits ». Suite à cette réunion, les blocages en cours ont tous pris fin : « La levée des barrages a pu survenir grâce aux négociations fructueuses menées avec les enseignes de distribution concernées », a déclaré à l’AFP, Éric Taisne, directeur de la FDSEA du Nord. En effet, les distributeurs se sont engagés à respecter une « charte partageant les risques sur la fluctuation des prix du lait », « travailler à la création de fonds de soutien pour la filière porc », ainsi que « favoriser l’étiquetage de l’origine des ingrédients contenus dans les produits transformés ».

Mise sous surveillance

« Même si nous avons eu en face de nous des gens plutôt à l’écoute, nous ne sommes pas dupes, affirme Laurent Verhaeghe, qui se veut positif mais mesuré. Il leur reste encore beaucoup d’efforts à faire, notamment sur les fonds de rayon, aussi bien sur le plan de la transparence que sur celui de la répartition des marges. » Avant d’ajouter : « J’ai encore reçu des appels me signalant que certains magasins utilisent les logos origine France pour des produits qui ne sont pas forcément français. » Pour la FRSEA et les JA du Nord-Pas de Calais et de Picardie, il s’agit à présent de maintenir une forte pression sur les GMS et de les « surveiller » pour qu’elles tiennent leurs engagements : « La mise sous surveillance va se poursuivre, confirme Laurent Verhaeghe. Si la situation n’évolue pas favorablement, nous recommencerons les opérations de blocage. Et il ne faudra pas venir nous dire que nous ne jouons pas le jeu ».

MDS

3 questions à Pierre Hannebique, président de la FDSEA du Pas-de-Calais

Que faut-il retenir de cette réunion de crise avec les représentants de la grande distribution ?
Suite aux actions syndicales, nous sommes parvenus à réunir dans la même salle l’ensemble des distributeurs pour échanger avec eux à bâtons rompus. Je crois qu’aujourd’hui, ils ont véritablement pris conscience des difficultés rencontrées par le monde agricole en général et les éleveurs en particulier. Jusqu’à présent, ils n’en avaient pas encore mesuré l’ampleur. J’en retiens deux choses. D’une part, le dialogue est possible. D’autre part, ces derniers sont ouverts pour mener une réflexion sur la répartition des marges filière par filière.

Quelles avancées avez-vous obtenues ?
Les représentants des enseignes ont exprimé unanimement leur soutien en faveur d’un étiquetage généralisé de l’origine France, y compris sur les produits transformés. Il se sont également dits prêts à soutenir la démarche engagée par la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) en signant la « Charte des valeurs » qui prône un partage équitable du risque et un dispositif crise « valeur d’équilibre ». Ils sont aussi prêts à participer à un groupe de travail pour regarder à la création d’un « fonds de soutien conjoncturel » en production porcine, compatible avec le droit de la concurrence français et européen.

Quelle suite allez-vous donner à cette rencontre ?
Nous voulons maintenir le fil du dialogue et tenter d’avancer de manière pragmatique sur les négociations tarifaires en cours. Nous veillerons à leur bon déroulement, celles-ci doivent être conduites dans des conditions moins opaques, en tout cas avec plus de transparence qu’à l’heure actuelle. Ce travail doit se faire enseigne par enseigne dans le respect des règles de la concurrence. Par ailleurs, on ne s’arrêtera pas à la grande distribution. Nous allons reprendre les discussions avec les transformateurs pour faire en sorte que la valeur ajoutée revienne sur les exploitations. L’idée étant de garantir un revenu aux producteurs ou tout du moins d’équilibrer les coûts de production, dans un contexte de forte volatilité du prix des matières premières. Enfin, nous devons sensibiliser nos politiques nationaux sur l’amélioration de la législation en matière de relations commerciales. Il faut également faire bouger les lignes au niveau communautaire sur la création d’un fonds de soutien qui puisse garantir au moins que les agriculteurs ne travaillent pas à perte. La réglementation doit évoluer sur ce point. Un tel dispositif existe déjà en Belgique et en Allemagne. Malgré l’absence de texte précis, il semblerait que l’Autorité de la concurrence européenne les ait validés.

Propos recueillis par MDS


 

Bravo et Merci !

Si nos actions permettent d’avoir des tels résultats, c’est parce que la mobilisation est importante. Merci à chacun d’entre vous de pas avoir hésité a laisser vos fermes pour venir soutenir l’entièreté du monde agricole, dans un sérieux et un respect qu’on ne peut que féliciter. Nous avons besoin de vous sur le terrain pour peser dans les discussions. Preuve en est avec la mobilisation, en moins de deux jours, de l’ensemble des grandes enseignes : la pression sur le terrain nous permet d’avancer dans les négociations. Alors merci à tous ceux qui ont donné de leur temps pour se déplacer, pour ravitailler et soutenir ensemble le monde agricole !

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