Le Syndicat Agricole 17 février 2017 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

McCain : La prime d’exclusivité fait débat au Gappi

McCain va « encourager » les agriculteurs qui livrent 100 % de leur production aux usines du groupe par l’octroi d’une nouvelle prime.

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Bertrand Achte, président du Gappi (au premier plan), lors de l’assemblée générale du groupement à Bapaume (62).
Bertrand Achte, président du Gappi (au premier plan), lors de l’assemblée générale du groupement à Bapaume (62). - © DR

L’industrie de transformation de la pomme de terre est en plein essor. Le groupement d’agriculteurs producteurs pour l’indistrie (Gappi) va accroître ses surfaces de près de 5 % sur la campagne 2017-2018, passant de 12 042 ha à 12 628 ha, soit 586 ha supplémentaires. Dans ce contexte, le groupe McCain, implanté dans la région depuis 1981, souhaite « encourager » les agriculteurs leur livrant la totalité de leur production par l’attribution d’une prime. Une annonce qui a fait réagir certains adhérents du syndicat réunis en assemblée générale le 9 février à Bapaume (62).

La volte-face de McCain
Après avoir augmenté de 6,6 % en 2016, les prix fixes des contrats McCain, renégociés par le groupement, sont en hausse de 5 % en moyenne pour la prochaine campagne (hormis pour les variétés hâtives Innovator et Shepody dont les prix restent stables). Maintien des prix également pour les contrats pluriannuels jusqu’à la récolte 2019-2020. En revanche, une prime d’exclusivité fait son apparition. « Elle sera de 5 €/t fixe pour les contractants qui livrent 100 % de leurs pommes de terre à nos unités de production », explique Jean Bernou, président de McCain Europe continentale. Une volte-face de l’industriel qui avait pourtant supprimé la « prime de fidélité » il y a trois ans. La nouvelle mesure est loin de faire l’unanimité au sein du réseau. « Vous ne pouviez pas faire mieux pour diviser à nouveau les producteurs ! », s’est exclamé Nicolas Roels, membre du bureau du Gappi, soutenu par plusieurs agriculteurs présents dans la salle. Les exploitants ne vendant qu’une partie de leur production à McCain (environ 30 % des adhérents du groupement) peuvent, en effet, se sentir lésés.

« Un retour sur investissement »
Bertrand Achte, président du Gappi, préfère relativiser sur la situation. « Nous sommes conscients qu’un sentiment d’incompréhension vous anime et que cette prime est la revendication de certains mais qu’elle revient trop tard pour d’autres, indique-t-il. Mais nous avons obtenu sa mise en place sur plusieurs années dans le but de pouvoir proposer aux producteurs qui ont dû se diriger vers d’autres industriels, par défaut d’accompagnement dans leur développement par McCain, la possibilité de revenir à 100 % s’ils le souhaitent dans les deux ans à venir ». « Notre stratégie n’est pas d’avoir un réseau totalement exclusif, au contraire, assure Jean Bernou. L’idée est plutôt de cartographier la population des producteurs les plus fidèles afin de leur apporter du conseil et de leur proposer des variétés et des demandes spécifiques et porteuses, à l’exemple de celles faites par McDonald’s. C’est une sorte de retour sur investissement ». Les producteurs exclusifs pourront, en plus, profiter dès cette année du doublement de la prime qualité pour les réceptions inférieures à 16 points en période de stockage.

Les autres nouveautés pour 2017
Pour le Gappi, l’objectif principal pour la campagne à venir reste « la défense du revenu des producteurs ». « Nous demandons avant tout un prix de base élevé pour tous au vu des critères de qualité exigés, supérieurs à ceux du marché », soutient Bertrand Achte. En effet, la certification GlobalGap devient obligatoire pour toutes les variétés lors des livraisons à l’usine. Plusieurs journées de formations au référentiel de bonnes pratiques agricoles ont eu lieu ces derniers mois, d’autres seront organisées prochainement. Parallèlement, un groupe d’étude visant à supprimer les chargements le dimanche et les jours fériés vient d’être créé. Enfin, à quelques semaines des premiers chantiers de plantations, la répartition des plants va être faite par agriculteur. « Les plants sont désormais livrés et facturés à la tonne dès 2017 pour les contrats annuels et en 2019 pour les contrats pluriannuels », informe Jean Bernou. Ils sont à payer impérativement 30 jours après la date de facturation, sous peine d’application d’agios. « Un report de paiement est possible pour les jeunes agriculteurs et les producteurs qui sont passés en commission des litiges avec des rendements très faibles en 2016 », complète Jean-Samuel Paux, membre du conseil d’administration du Gappi. Au printemps dernier, les parcelles de 250 agriculteurs du groupement ont subi d’importants dégâts liés aux pluies et aux orages ; l’équivalent d’un volume total de 32 000 tonnes de pommes de terre non fourni à McCain.

Simon Playoult

Zoom sur... La création d’un Gappi européen ?

Les surfaces sous contrat en France ont augmenté de 46 % depuis 2013, avec un bond de 418 ha cette année. « Ce chiffre est amené à s’accroître dans les années à venir d’où la nécessité d’avoir un partenariat grandissant avec le Gappi », souligne Jean Bernou. Le président de McCain a donc proposé aux représentants du groupement la mise en place d’un Gappi à l’échelle de l’Europe. « L’avenir du Gappi est de devenir européen, assure-t-il. Ce fonctionnement simplifierait la tâche du transformateur et permettrait aux producteurs d’avoir plus de poids et de force lors des discussions ». « Pourquoi pas, a répondu un adhérent lors de l’assemblée. À condition d’unifier les règles (phytosanitaires, environnementales et fiscales) avec les autres pays ! »

36 millions d’euros investis à Harnes dès cet été

Le géant de la transformation de pommes de terre qualifie de « bonne performance générale » l’année fiscale 2016 malgré une saison difficile dans la gestion de la qualité. McCain affiche des volumes de ventes en hausse de 5 % grâce aux marchés « grand export », notamment vers les zones Afrique, Moyen-Orient, pays émergents et Russie sur la restauration rapide.
« Ce fût une période charnière pour l’entreprise qui a accrue les capacités de production du site de Harnes (62) », note Jean Bernou.
L’une des deux lignes de production de l’usine a été rénovée l’été dernier pour un coût de 20 millions d’euros (M€).
« Ce développement permet d’augmenter la transformation de pommes de terre de 5 t/h, ce qui représente environ 35 000 t par an », précise Bertrand Achte.
L’été prochain, c’est au tour de la seconde ligne de connaître un investissement de 36 M€ afin d’être modernisée. « Cette croissance de l’usine fait suite aux demandes de McDo ou de Burger king de s’approvisionner uniquement en pommes de terre françaises, dévoilent les dirigeants de McCain. Nous allons également pouvoir fabriquer à Harnes des produits enrobés de la marque, élaborés à ce jour aux Pays-Bas ».
En 2018, la totalité des frites destinées au marché de la GMS en France sera conçu dans le Pas-de-Calais.
La station de calibrage du site sera aussi renouvelée dans les 24 prochains mois (1 M€).

Une nouvelle unité à Leuze
Le long de la frontière belge, McCain développe son usine de Leuze, rachetée il y a trois ans à Lutosa. La construction d’une nouvelle unité de production (101 M€) devrait y débuter en 2018. « Cette ligne pourra transformer 25 tonnes de matières premières à l’heure, déclare Jean Bernou. Nous souhaitons dynamiser la production de pommes de terre dans les zones situées entre Leuze et notre usine de Matouges dans la Marne », soit un secteur de plusieurs centaines de kilomètres entre la Pévèle et Reims (51). « Cela aura un impact direct sur le Gappi pour alimenter cette unité, ajoute le directeur Europe du groupe. Les opportunités vont s’élargir tout autant que les contrats ».

S. PL

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