Le Syndicat Agricole 14 octobre 2010 à 16h32 | Par Le Syndicat Agricole

Marchés - Gérer son risque de prix : un enjeu capital

Dans le contexte de volatilité actuelle, la gestion du risque de prix est stratégique pour une exploitation agricole.

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Ceci s’applique à la vente de céréales, de colza ou de pomme de terre, mais concerne également 
les achats d’aliments, d’engrais ou encore de fuel.
Ceci s’applique à la vente de céréales, de colza ou de pomme de terre, mais concerne également les achats d’aliments, d’engrais ou encore de fuel. - © S. Leitenberger

Étant donné le contexte de volatilité des marchés, la gestion du risque de prix est devenue stratégique dans la conduite d’une exploitation agricole. Ceci s’applique à la vente de céréales, de colza ou de pommes de terre, mais concerne également les achats d’aliments, d’engrais ou encore de fuel. Depuis quelques années, des outils efficaces pour gérer ce risque se sont développés en France et en Europe. Offre et Demande Agricole intervient dans notre région auprès des acteurs de la filière agricole afin de les former, de les informer et de les accompagner dans leurs prises de décision. Explications par Anne Van Schaftingen, consultante/formatrice sur l’agence de Cambrai.

Comment définissez-vous le risque de prix ?
Le risque de prix correspond aux enjeux liés à la volatilité des marchés. Pour différentes raisons (voir le « Zoom sur… » ci-dessous), ce risque a fortement augmenté depuis plusieurs années. Il concerne tous les acteurs de la filière : agriculteurs, organismes stockeurs et industries agroalimentaires. Pour l’agriculteur, le risque de prix est aujourd’hui plus important que le risque de rendement. Il est donc devenu indispensable de se protéger contre ces fluctuations.

Quelles solutions sécurisantes s’offrent aujourd’hui aux agriculteurs ?
La volatilité des cours n’est pas une fatalité et les agriculteurs possèdent plusieurs solutions. Ils peuvent bien sûr complètement déléguer la gestion de leurs ventes et de leurs achats à leur organisme stockeur, par l’intermédiaire du prix moyen ou du prix de campagne. Si un agriculteur souhaite gérer par lui-même cet élément déterminant de son revenu, il lui est par contre impératif de s’informer sur les marchés afin de prendre les bonnes décisions. Pour autant, ce n’est pas son métier de rechercher des informations sur le climat en Argentine ou sur les surfaces de blé semées dans le monde. Il doit néanmoins s’informer de façon régulière et synthétique sur ces éléments qui influencent les marchés, afin d’établir des stratégies de vente ou d’achat.

Qu’apportez-vous à ce sujet aux agriculteurs ?
Chez Offre et Demande Agricole, notre équipe de 7 analystes a pour objectif de scruter les marchés en triant et en donnant une valeur aux différentes informations reçues à travers le monde. Des méthodes d’enquête auprès des agriculteurs permettent également d’avoir une vision indépendante et d’apporter une critique aux chiffres « officiels ». Ces méthodes de consultation sont notamment utilisées sur les assolements à cette période de l’année, afin de déterminer les évolutions de surfaces des différentes cultures. Elles sont également effectuées sur les rendements et les qualités dès le début des moissons, afin d’être réactif. Ces enquêtes s’effectuent dans les différents pays où l’entreprise est installée, à savoir en France, en Angleterre et en Ukraine.

Quels sont les autres éléments qu’un agriculteur doit prendre en compte pour bien gérer son risque ?
Pour prendre sa décision, l’agriculteur doit également prendre en compte son seuil de commercialisation. C’est-à-dire savoir si le prix proposé à un instant t lui permet de rembourser les charges de structure, les charges de production, et de dégager un objectif de rémunération. Bien sûr, si le seuil est atteint, cela ne signifie pas qu’il faille tout vendre, mais qu’il est raisonnable de commencer à sécuriser une partie de sa récolte.

Face à la volatilité actuelle, quels sont les outils les plus adaptés ?
Les options, qui sont des assurances-prix, permettent de fixer un prix minimum et donc de profiter d’une hausse après avoir vendu. Cela est intéressant, notamment si le seuil de commercialisation est atteint, mais que des éléments d’incertitude peuvent amener les cours à progresser. Les agriculteurs français ont aujourd’hui la chance de pouvoir utiliser ces outils de couverture, par l’intermédiaire de leurs organismes stockeurs ou bancaires. Les marchés à terme et les options permettent également de calculer des marges prévisionnelles avant les semis, et donc d’orienter les emblavements, en fixant des prix longtemps avant la récolte.
Seulement, l’utilisation de ces outils n’est pas innée et elle n’est pas obligatoire dans le cursus scolaire d’un agriculteur, contrairement à un farmer américain. La première étape pour un agriculteur est donc de se former pour apprendre les bases de la gestion du risque et l’utilisation de ces outils. Ceux-ci sont accessibles à tous et représentent une vraie opportunité pour les agriculteurs français dans un contexte de volatilité que nous connaissons depuis plusieurs années.

Zoom sur… Le pourquoi d'une telle volatilité sur nos marchés ?

1 - Jusqu’au début des années 1990, les prix des matières premières agricoles en France comme partout en Europe étaient stables et les filières s’organisaient autour du prix d’intervention. Aujourd’hui, les prix garantis sont supprimés pour les oléagineux et ils ont fortement baissé pour les céréales. Les volumes sont par ailleurs désormais limités par des quotas annuels. Rappelons que le système d’intervention avait été instauré dans le but d’assurer un prix de vente minimum aux agriculteurs et des niveaux de production suffisants au niveau intracommunautaire. Le fonctionnement de ce système repose sur un achat par l’Europe à un prix garanti, selon des critères qualitatifs. Ainsi, les organismes stockeurs vendent à l’Europe lorsque le prix sur le marché européen, et donc mondial, est inférieur au prix d’intervention. Or, depuis le début des années 2000, les prix d’intervention sont généralement inférieurs à la valeur du marché mondial, ceci environ 4 années sur 5. Cela met les cours français et européens en connexion totale avec la volatilité des marchés mondiaux.

2 - Les échanges de marchandises au niveau mondial corrèlent l’ensemble des prix dans le monde. Dans le cadre du blé, notre besoin d’exporter nous oblige à être compétitifs. Ainsi, une excellente production dans d’autres gros pays exportateurs, qui entraînera les prix à la baisse dans ces pays, obligera les prix européens à suivre ce mouvement pour rester compétitifs. Ce constat est d’autant plus valable que les prix du fret maritime sont relativement négligeables, étant donné le volume transporté par bateau. Par ailleurs, les échanges sont influencés par les parités monétaires telles que l’eurodollar. Aussi, la nette instabilité que connaissent ces parités amène une volatilité supplémentaire à nos marchés.

3 - La volatilité des marchés est également expliquée par une loi économique. Cette loi avait été démontrée dès le XVIIe siècle par Grégory King, économiste anglais, qui avait mesuré l’impact d’une variation de production sur les prix locaux, sur des produits comme le blé ou le cochon. Cette loi, appelée loi de King, s’explique par le fait que la matière première agricole est un produit de base, indispensable au consommateur, et donc à l’industrie agroalimentaire. En effet, en cas de baisse importante de production, le risque de l’industrie est de ne pas avoir suffisamment de marchandise, indispensable à son activité. Cette loi est d’autant plus justifiée que le pourcentage de la matière première dans la valeur du produit fini est faible, et qu’un industriel peut compenser une forte hausse des prix des commodités par une faible hausse du prix du produit fini. Les postulats faits par Grégory King sur l’ampleur d’une surproduction ou d’une pénurie sur les prix se sont vérifiés lors des dernières campagnes. Ses travaux permettent ainsi aujourd’hui d’estimer une valeur « théorique » d’une matière première selon l’ampleur d’un manque ou d’un surplus de production.


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