Le Syndicat Agricole 20 janvier 2017 à 08h00 | Par Le syndicat agricole

Manuel Valls : « Reconquérir des parts du marché domestique »

Après avoir traité la primaire de la droite et du centre, les candidats à la primaire de la gauche s'expriment à leur tour sur les orientations agricoles de leurs programmes.

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Manuel Valls
Manuel Valls - © G. Boulougouris/CE

L’ancien Premier ministre Manuel Valls, candidat à la primaire de la gauche, défend les actions que son gouvernement a menées en faveur de l’agriculture française, et entend poursuivre les travaux sur un certain nombre de sujets : relations commerciales, structuration des filières, développement de l’agroécologie, approvisionnement local…

Comment retisser des liens entre les agriculteurs et une société de plus en plus urbanisée ?
Les agriculteurs ont cette tâche immense et fondamentale qui est de nourrir les Français … et la France a cette chance d’avoir une telle diversité de terroirs, de climats, de savoir-faire. Notre agriculture est présente – et doit le rester – sur tous les marchés, elle répond aux besoins fondamentaux d’une population mondiale en croissance, elle garantit le modèle alimentaire français. On voit d’ailleurs que la demande de produits locaux, de qualité, est de plus en plus forte. C’est cela qui est au cœur du lien entre les agriculteurs et les « urbains » ... Et je veux, pour que ce lien se resserre encore plus, donner aux agriculteurs français la capacité de reconquérir des parts du marché domestique. Nous avons franchi de premières étapes importantes avec Localim, le nouvel outil à destination des acheteurs publics pour développer les circuits courts, l’approvisionnement local dans nos cantines scolaires, nos hôpitaux ... Avec aussi – la France a porté cela auprès de l’Union européenne – l’étiquetage obligatoire de l’origine des viandes dans les plats préparés, du lait dans les bouteilles, briques de lait et produits laitiers, depuis le 1er janvier 2017. Voilà ce que je veux poursuivre et amplifier.

Vous avez été le témoin des crises que l’agriculture a subies ces deux dernières années. En votre expérience est-elle un avantage pour redonner une dynamique et un avenir plus serein au secteur agricole ?
L’agriculture et les agriculteurs français ont en effet connu deux années difficiles : crises de marché, crises sanitaires, accidents climatiques ... Les éleveurs de canards du Sud-Ouest de la France sont aujourd’hui frappés par un nouvel épisode de grippe aviaire. A chaque fois, mon gouvernement a agi : pour faire bouger la Commission européenne et nos partenaires, obtenir des mesures européennes de gestion de marché, alléger les charges, étaler les échéances bancaires de nos exploitations pour qu’elles traversent ce cap difficile sans avoir à mettre la clé sous la porte. J’ai aussi réuni à plusieurs reprises tous les acteurs des filières – producteurs, abatteurs, transformateurs, grande distribution, banques commerciales, banque publique d’investissement – pour que chacun prenne ses responsabilités face à des problèmes structurels, interprofessionnels identifiés de longue date. Je continuerai à agir pour une politique agricole commune qui tire les leçons de la fin des quotas laitiers, prévoie des outils de régulation des marchés, de maîtrise de la production afin de mieux faire face aux déséquilibres conjoncturels des marchés européens et mondiaux.

Vous souhaitez continuer à appuyer la structuration des filières : comment ? Est-ce le seul moyen de garantir un partage plus équitable de la valeur de l’amont à l’aval ?
La structuration des filières agricoles est un enjeu majeur pour permettre à nos producteurs, nos éleveurs, de vivre de leur métier ; pour l’emploi et la vitalité de nos territoires ruraux. Car aujourd’hui, quelle est la situation de la production agricole française ? 400 000 entreprises réparties sur tout le territoire … et leurs principaux débouchés en France : des acteurs de la grande distribution toujours plus concentrés. Là encore, le gouvernement que j’ai dirigé a pris ses responsabilités, pour ré-équilibrer les relations commerciales – fortement dégradées par la loi LME de 2010 –, pour étendre le champ des démarches collectives des producteurs avec les groupements d’intérêt économique et environnemental (GIEE). Les acteurs doivent, eux aussi, prendre leurs responsabilités. Des entreprises et des groupements de producteurs se sont ainsi engagés dans de nouveaux contrats pour se couvrir mutuellement contre les variations de prix des matières premières. J’engage les interprofessions à s’en saisir pour permettre un meilleur partage de la valeur au sein des filières.

Une majorité d’agriculteurs considère aujourd’hui que le terme agro-écologie manque de concret. Quelle est votre définition ?
Je sais que le terme d’« agro-écologie » fait l’objet de nombreux débats … Pour certains, elle est synonyme de diminution des capacités de production. Ce n’est pas ma conception : je défends une agro-écologie qui ne remet pas en cause l’objectif de production agricole mais fait aller de pair performance économique, environnementale et sociale. Il faut pour cela diminuer la dépendance de l’agriculture vis-à-vis des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz), produire plus d’énergies renouvelables, réduire les gaz à effet de serre, sans que cela se fasse au détriment de la rentabilité, de la compétitivité. Je veux miser sur l’innovation, sur la mise en commun de nouveaux savoirs et savoir-faire, mobiliser la recherche fondamentale et appliquée, nos établissements d’enseignement agricole. Pour plus de cohérence et d’efficacité, l’agro-écologie doit reposer sur des démarches collectives et territoriales.

Vous évoquez dans votre programme la nécessité de continuer « un dialogue exigeant avec la Commission européenne ». Quelles orientations souhaitez-vous donner à la future PAC ?
Un dialogue exigeant avec la Commission européenne, c’est lui rappeler les responsabilités et les pouvoirs qui sont les siens dans le cadre de la politique agricole commune, mener le combat contre une vision libérale où la main invisible du marché résoudrait tous les problèmes, défendre des outils de gestion de marché, faire valoir les spécificités d’un secteur vital confronté à une grande volatilité des cours … Il faut aussi sauvegarder une agriculture riche de sa diversité en mettant un frein à la spécialisation croissante, qui rend les entreprises agricoles plus vulnérables face aux crises économiques, sanitaires, aux accidents climatiques ; qui remet notre autonomie et notre modèle alimentaire en cause. Il faut plus largement bien anticiper les défis que nous aurons à affronter, notamment les défis climatiques, réduire l’impact de l’activité agricole sur les sols, l’air et l’eau. Ces questions doivent être au cœur des débats qui vont s’ouvrir pour définir la nouvelle politique agricole commune ; elle s’appliquera dès 2020. Elu d’un territoire urbain, vous avez également été, en tant que Premier ministre, responsable de plusieurs dossiers concernant la ruralité.

Quel projet portez-vous pour les territoires ruraux, qui se sentent de plus en plus délaissés par les politiques à tous les niveaux ?
J’ai agi inlassablement pour ramener les services publics dans les territoires ruraux : en développant l’accès aux soins de santé, avec la création de 1 400 maisons de santé et l’incitation financière des jeunes médecins, en dotant les écoles de plus d’outils numériques, en déployant 1 000 maisons de services au public sur tout le territoire – réunissant en un même lieu Pôle emploi, la poste, l’assurance maladie … Nous avons aussi agi, avec mon gouvernement, pour que le très haut débit, les réseaux de téléphonie mobile soient présents partout. Il faut prolonger, amplifier ce mouvement. J’agirai ainsi pour moderniser l’offre de transports, soutenir l’économie circulaire, le développement économique rural ; il faut pour cela s’appuyer sur les formidables richesses agricoles et forestières de ce pays. Je veux également faire reculer les déserts médicaux avec plus de médecins, grâce à la suppression du numerus clausus dans les études médicales, et une politique d’installation plus volontariste. Il faudra enfin des mécanismes puissants d’incitation pour que les commerces, cinémas, librairies, reviennent dans les centres de nos petites villes.

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