Le Syndicat Agricole 04 avril 2013 à 10h52 | Par Le Syndicat Agricole

Maïs fourrager - Les clés pour réussir son maïs

La mise en place de cette culture est primordiale pour le rendement et la qualité du fourrage. Un retard pris au démarrage ne sera jamais comblé.

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Semer tôt est souvent la stratégie gagnante pour plus de rendements.
Semer tôt est souvent la stratégie gagnante pour plus de rendements. - © S. Leitenberger
Le choix variétal, la date de semis, la qualité du sol, la densité de semis, la fertilisation et le désherbage sont les différentes opérations qui conditionnent le rendement et la qualité du fourrage récolté.

Le choix variétal
Lors du choix variétal, il faut intégrer les conditions locales de végétation. La précocité est le critère essentiel, le but étant de récolter entre 30 et 35 % de MS plante entière.
En zone dite « froide », le critère de précocité prend encore plus d’importance, puisqu’il faut pouvoir ensiler au minimum à 28 % de MS en année froide, avant le 15 octobre.
En zone dite « chaude », les contraintes de température ont moins d’importance, mais il faut se garder de choisir des variétés trop précoces qui ne permettent pas de valoriser toute l’offre climatique.
Le rendement plante entière est le 2e critère de choix variétal. La régularité du rendement est également à prendre en compte pour assurer chaque année l’approvisionnement fourrager.
En zone pluvieuse, ventée, ou en cas de risque de récolte tardive, la résistance à la verse est un critère qui permet de sécuriser la récolte.
Pour cela, les résultats des essais variétés mis en place par la Chambre d’agriculture sont des appuis dans vos choix de variétés.

Le semis
Les opérations de travail du sol ont pour objectif de créer une structure favorable à la levée et à l’enracinement. Un bon enracinement permettra une meilleure valorisation des éléments fertilisants et de l’eau.
Il est indispensable d’intervenir sur un sol ressuyé pour éviter les lissages et la compaction. De plus, un sol ressuyé se réchauffe mieux.
Il faut proscrire les préparations creuses et soufflées car elles limitent l’humidification de la graine (levée ralentie irrégulière) et perturbent l’enracinement, et donc l’alimentation hydrique et minérale de la jeune plante.
L’objectif est d’obtenir une terre ameublie en profondeur, rassise sans être trop tassée, et affinée sans excès en surface.

Faut-il continuer dans la voie des semis précoces ?
L’année 2012 est une année atypique, pour laquelle il est difficile de tirer des conclusions.
Les semis se sont déroulés en 2 vagues :
- ceux avant les pluies de mi-avril : ils se caractérisent par des levées lentes avec souvent des pertes de densité. Dans certaines situations extrêmes, il a fallu ressemer... ;
- ceux après le 15 mai : les levées ont été très rapides, mais les conditions de température et de pluviométrie n’ont jamais comblé le retard. Ces maïs ont souvent été ensilés à moins de 28 % de MS.
Pour un semis de début avril, les sommes de température de 2012 sont proches de la moyenne des 30 dernières années, alors que pour un semis du 15 mai, ces températures sont les plus froides des 30 mêmes dernières années.
En 2012, Arvalis à Estrées-Mons a testé 2 dates de semis dans une même parcelle de limon battant. Selon la variété, le semis du 6 avril comparé à celui du 14 mai apporte plus de rendement (+ 1,5 à + 2 t MS/ha) et plus de précocité (+ 2,7 à + 3,1 points), et ce malgré des pertes de densité.
Les maïs semés tardivement démarrent généralement plus vite que ceux semés tôt. En revanche, ils développent plutôt des tiges et des feuilles (grande taille), mais ils oublient de faire des racines, ce qui pénalise le rendement final.
Les conclusions restent les mêmes.
• Semer tôt est souvent la stratégie gagnante pour plus de rendements.
Selon les zones, le type de sol et l’exposition de la parcelle, il faut être prêt autour du 5/10 avril. Ce sont les conditions agronomiques qui comptent plus qu’une date.
Si les conditions ne le permettent pas, il ne faut pas hésiter à différer le semis de quelques jours. Avant début mai, il n’y a pas d’urgence à semer.
Le risque de semer trop tôt est aussi le gel. Jusqu’au stade 5 feuilles, le risque existe, mais il est limité par le fait que le bourgeon terminal est sous la surface du sol et donc protégé.
• Une levée rapide et homogène garantit un bon départ pour la culture.
Les graines doivent être placées au contact de l’humidité de la terre fine dans un sol meuble (aéré) et rappuyé (non creux). Elles sont implantées à une profondeur régulière, d’environ 3-6 cm. Moins profondes, elles sont exposées aux attaques d’oiseau. Trop profondes, la levée sera plus lente et moins régulière.
Pour assurer une profondeur régulière, il faut semer lentement avec un semoir en parfait état (pneus bien gonflés, aspiration sans faille, socs en parfait état...)

La densité
La densité se raisonne en fonction du groupe de précocité et du potentiel de la parcelle. En ensilage, pour les variétés tardives (indice > 260), l’objectif est de 95 000 à 100 000 pieds/ha à la récolte. Pour les variétés précoces (indice < 260), on recherchera 100 000 à 110 000 pieds/ha.
Les pertes à la levée doivent considérer les pourcentages de germination (de l’ordre de 96/98 %), la qualité de préparation du lit de semences, la charge en cailloux et la date de semis. Pour compenser les pertes à la levée, on augmentera de 5 à 10 % la densité souhaitée à la récolte (exemple : pour 100 000 pieds/ha à la récolte, semer 2,1 à 2,2 doses/ha).

Lutte contre les ravageurs
Le risque est d’autant plus élevé que le semis est précoce derrière une prairie temporaire ou une Cipan fortement développée détruite tardivement et que le printemps est froid.
Les limaces sont à surveiller jusqu’au stade 4-5 feuilles, particulièrement dans les terres argileuses.
La mouche des semis est à craindre pour un maïs semé après ray-grass en dérobée avec un apport de fumier ou lisier entre les deux cultures. Dans cette situation, il convient d’intervenir préventivement, par des semences traitées Cruiser 350 ou par un insecticide de sol (Force 1,5G, Belem ou Cheyenne).
Le taupin est surtout présent après une prairie temporaire de 3-4 ans, même si la destruction de celle-ci a eu lieu jusque 3 ans auparavant. Il n’y a pas de solution curative, donc il faut intervenir en préventif. En cas de risque élevé de taupin, Cruiser 350 ou Cheyenne apparaissent supérieurs aux autres spécialités.

Fertilisation
Pour produire 1 tonne de MS, le maïs demande 14 unités d’azote, 4,2 unités de phosphore et 15 unités de potasse.
• Fumure P et K :
Le maïs est une plante moyennement exigeante en P205 et K2O. En exploitation d’élevage, un apport de fumier ou lisier avant la culture couvre largement les besoins de la plante.
En l’absence de MO, l’apport de fumure minérale sera autour de 75 u P et 200 u K pour 14/15 t de MS. Si le sol est riche et qu’en 2012 il y a eu un apport de fumure de fond sous forme minérale ou organique, l’impasse en 2013 est possible.
• Azote :
Comme pour les autres cultures, la méthode des bilans permet d’ajuster les apports à réaliser (cf. encadré « Zoom sur... » en pièce jointe).
Forme azote : l’ammonitrate est la solution classique. L’urée est possible, mais nécessite une incorporation pour être aussi efficace que l’ammonitrate.
L’ammonitrate peut être utilisé jusqu’au stade 4/5 feuilles, au-delà il y a risque de brûlures.
Le maïs est une plante qui exige une bonne structure de sol et de la chaleur plutôt que de fortes doses d’azote (Plan prévisionnel de fumure).
Les essais azote menés en 2009 et 2010 indiquent que la méthode des bilans est fiable pour la culture du maïs.
Au-delà de la dose calculée, le rendement progresse très faiblement : + 3 % de rendement en moyenne sur 2 ans, c’est gagner 700 kg MS/ha pour 300 kg d’N27. Cet azote supplémentaire est peu efficace sur le rendement. Par contre, il est fortement négatif sur le plan environnemental (lessivage des nitrates durant l’hiver).
Au-delà de la dose calculée, la teneur en MAT (PDIN) progresse très légèrement.
En moyenne sur 2 ans : 300 kg N27 permettent de gagner 0,6 % MAT. Sur 20 t MS/ha, cela représente une économie de 50 kg d’urée alimentaire. L’apport à l’auge est plus économique.
Le tout est de bien appréhender le potentiel de rendement.
La génétique et le climat font progresser le rendement (dans nos essais variétés, depuis 2004, on gagne 200 kg de MS/ha et /an).
L’objectif de rendement varie de 14 à 18 t MS/ha selon les petites régions naturelles.

La fumure starter
La fumure starter apporte un supplément de vigueur au départ de la culture, surtout dans les sols à réchauffement lent (cf. tableau 2). Son efficacité est d’autant plus nette que le différentiel de température air/sol est important.
L’objectif est de mettre à proximité des jeunes racines l’azote, et surtout le phosphore nécessaire à la plantule pour un démarrage rapide.
• Les produits sur le marché :
- le 18/46, qui nécessite un semoir équipé d’un distributeur spécifique, demande un enfouissement à 3-5 cm du rang de semis et 5 cm au-dessous de la semence pour éviter l’intoxication ammoniacale. À 100 kg/ha, ce sont 18 kg d’azote et 46 kg de phosphore qui sont apportés près des jeunes racines ;
- les micro-granulés starter appliqués dans la raie de semis à 15/20 kg/ha avec le micro-granulateur insecticide. À 20 kg/ha, ce sont 2 unités d’azote et 8 unités de phosphore qui sont apportées près des jeunes racines.

Le désherbage
L’objectif premier du désherbage du maïs est de préserver le potentiel de rendement et de qualité de la culture.
Pour réaliser un désherbage efficace, il faut :
- connaître la flore d’adventices attendue ou présente selon le stade d’application ;
- connaître les herbicides ;
- choisir la stratégie adaptée à la flore ;
- tenir en compte des conditions de sol et de climat (température et hygrométrie) ;
- respecter les stades du maïs.
Dans notre région, la flore est essentiellement constituée de dicots annuelles : dicots classiques et dicots difficiles (renouée liseron, mercuriale, renouée des oiseaux). Les graminées estivales ne sont présentes que localement. Les principales vivaces sont le liseron des haies, le liseron des champs, le chardon et le rumex.
Les différentes stratégies se positionnent par rapport au stade du maïs : post-semis pré-levée, post-levée précoce (1 à 2 feuilles du maïs), post-levée classique en 1 ou 2 passages avec parfois une ou des interventions mécaniques.
Deux pratiques apparaissent plus intéressantes :
1. La sécurité : post-semis à dose modulée + post-levée au stade 4-5 feuilles :
Cette pratique est incontournable en cas de forte pression de graminées estivales ou de renouée des oiseaux (cf. tableau 3).
2. Tout en post-levée, 2 passages à doses modulées :
Intervenir dès le stade 2 feuilles du maïs, puis de nouveau 10 jours après le 1er passage. Cette technique permet de choisir les produits et les doses selon les parcelles, et peut permettre des économies (cf. tableau 4).
Par contre, veillez à démarrer tôt pour être efficace. Attention, plus le 1er passage sera tardif, plus la dose herbicide sera élevée, et donc plus de risque de phytotoxicité et de non efficacité de la technique.
Le maïs est une plante très vite sensible à la concurrence des adventices. Un essai désherbage sur le Haut Pays l’an dernier le démontre. La parcelle traitée au stade 3 à 4 feuilles puis au stade 7 à 8 feuilles produit 18,3 t MS, alors que la même parcelle où volontairement le T1 n’est pas réalisé mais où le T2 est renforcé en doses (= mêmes dépenses d’herbicides) produit 2,6 t de MS de moins. Cela démontre la nécessité d’éliminer les adventices tôt pour que le maïs puisse exprimer tout son potentiel.

Jean-Louis Knockaert et Jean-Martial Ducroquet
Chambre d’agriculture de région Nord-Pas de Calais

À savoir... Réglementation sur les insecticides de sol

Force 1,5G et Cheyenne : utiliser 1 année sur 3 sur une même parcelle.
Belem, Force 1,5G et Cheyenne : utiliser des diffuseurs spécifiques à adapter sur les semoirs.
Semences traitées Cruiser 350 : densité maximum de 110 000 graines/ha.

Arrêté poussière d’avril 2010 applicable à l’ensemble des semences de maïs traitées :
Celui-ci impose que tous les semoirs monograines pneumatiques soient équipés de déflecteurs destinés à aspirer les poussières générées notamment par l’enrobage des graines. Cet arrêté stipule également qu’il est interdit de semer lorsque l’intensité du vent est supérieure à 3 sur l’échelle de Beaufort (12 à 19 km/h) au niveau du sol.

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