Le Syndicat Agricole 27 mars 2014 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Magazine - Life on Mars !

Vladimir Pletser, astronaute de renommée mondiale et record man des vols paraboliques, a récemment animé une conférence à l’Université catholique de Lille.

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Lorsque Mars est au plus près de la terre, il faut compter 6 mois pour s’y rendre...
Lorsque Mars est au plus près de la terre, il faut compter 6 mois pour s’y rendre... - © Forplayday - Fotolia.com

L’exploration spatiale a commencé au siècle dernier et se poursuit encore aujourd’hui, toujours plus loin. Vladimir ­Pletser est physicien ingénieur  de recherche belge et travaille à l’ESA (­Agence spatiale européenne). Il est intervenu lors d’une conférence organisée par l’Institut supérieur d’agriculture de Lille (ISA) sur le thème de la « Curiosité humaine sur Mars et préparation des futures missions habitées ». Le système solaire est constitué de 8 planètes : 4 petites planètes, dites planètes telluriques, et 4 planètes géantes gazeuses de densité environ égale à 1. Les petites planètes telluriques sont, dans l’ordre : Mercure, la plus proche du soleil, Vénus, de la même taille que la Terre, Terre, notre planète bleue et enfin Mars. C’est vers cette dernière planète que les astronautes dirigent activement leurs recherches.

 

Curiosity et curiosité sur Mars
« Mars est explorée depuis longtemps », explique ­Vladimir ­Pletser. La mission Mars express a envoyé un satellite en orbite autour de la planète en décembre 2003. À son bord, une caméra photographique haute résolution a permis de réaliser une étude géographique de la surface de la planète rouge. Ainsi, les chercheurs ont pu détecter un mélange de glace d’eau et de glace de CO2. Des photos d’une mer gelée très proche de l’équateur, recouverte d’une fine couche de poussière avec sans doute des icebergs en mouvement, ont été prises. Cette mission a également pu révéler la présence de falaises longues de 4 000 km. Pour comparaison, le grand canyon atteint au maximum 100 km de long ! La question du méthane présent dans l’atmosphère de Mars, plus ou moins concentré, reste cependant en suspend. Le méthane, normalement issu d’une activité biologique ou volcanique, disparaît rapidement et ne vit que 600 à 700 ans. « Or, tous les volcans sur Mars sont éteints depuis des millions d’années, explique ­Vladimir ­Pletser. Le méthane n’est donc pas issu de l’activité volcanique et aucune vie biologique n’y a été détectée. On ne sait pas d’où vient le méthane, c’est une grande question ».
Lancée le 26 novembre 2011, la mission ­Curiosity a atterri le 6 août 2012. Véritable défi technique, elle se compose, entre autres, de deux laboratoires mobiles robotiques afin d’explorer les possibilités passées ou présentes des conditions de vie microbienne sur Mars : le premier, ­CheMin, réalise les analyses minéralogiques et le deuxième, SAM, s’occupe des éléments organiques et volatiles. Le 27 septembre 2012, ce concentré de hautes technologies découvre des graviers dans des couches de roches conglomérées de 10 à 15 cm d’épaisseur, datant probablement de plusieurs milliards d’années et provenant du lit d’un ancien ruisseau d’une profondeur de quelques dizaines de centimètres. La taille (de l’ordre du centimètre ou du millimètre) et la forme de ces petits cailloux ont permis aux chercheurs d’estimer que l’eau coulait à 1 m/s sur Mars. « C’est un extraordinaire coup de bol d’avoir trouvé ces cailloux, précise ­Vladimir ­Pletser, car ­Curiosity ne se déplace que très peu à la surface de Mars ». En effet, le 26 décembre 2013, le robot n’avait parcouru que 4,6 km après 1 an et demi de présence sur la planète rouge. Mais ce n’est pas tout. Le 9 décembre de la même année, le laboratoire chimique SAM analyse pour la première fois un échantillon de sable composé à 50 % de minéraux d’origine volcanique et à 50 % de matériaux non cristallins comme du verre, permettant ainsi de déterminer l’âge des roches en surface. Entre le 5 octobre et le 16 novembre 2012, ­Curiosity a pris près de de 900 images grâce à sa caméra, transmettant ainsi, le 20 juin de l’année suivante, un panorama haute définition (1,3 milliards de pixels). « Le paysage de Mars commence à nous être familier, se réjouit ­Vladimir ­Peltser. La planète est maintenant totalement cartographiée grâce aux sondes qui sont toujours en orbite là-bas ». La future mission, Exo Mars, prévue pour 2018, aura à son bord des foreuses qui permettront d’échantillonner sous la surface de la planète à 12 m de profondeur et dont les résultats seront envoyés à l’orbiteur qui, lui, reste en orbite.

 

Objectif Mars
Aller sur Mars prend 6 mois et autant de temps pour en revenir. Sur place, une mission habitée durerait au minimum 2 ans. Cependant, la crainte de ne pas pouvoir revenir ou de ne pas avoir suffisamment de ressources sur place clouent les astronautes à Terre. En revanche, il existe sur notre planète des bases reconstituant les conditions de vie sur Mars dans des zones difficiles d’accès : en Arctique, sur l’île de Devon, au bord d’un cratère à 75 °C, et dans le désert au milieu de ­l’Utah, aux États-Unis. Des équipes scientifiques y font des simulations de missions plus que nécessaires : « Les combinaisons des astronautes pèsent 20 kg et il faut 45 min pour les enfiler, témoigne ­Vladimir ­Pletser. Au niveau des mains, c’est comme si on avait deux paires de gants de ski, nous n’avons aucune dextérité. » Des simulations d’isolation au sol ont également été réalisées afin d’étudier les effets psychologiques que pourrait avoir une mission de 3 ans dans l’espace.
Avec les risques que comporte une telle mission, on peut se demander pourquoi aller sur Mars. Ce à quoi ­Vladimir ­Pletser répond : « Un robot peut répondre à un tas de questions mais ne peut pas en poser une seule ». Et derrière ces missions, les enjeux sont multiples. Enjeux technologiques d’abord : envoyer des hommes pendant 3 ans dans l’espace requiert la mise en place de techniques de recyclage, de production d’énergie et de robotique qui permettraient beaucoup d’avancées pour l’ensemble des ­Terriens. Pour la science ensuite, pour une meilleure compréhension des planètes et de la naissance de la vie. Pour la politique : « Aucun pays ne peut mettre en place seul une mission aussi coûteuse, cela favorise donc la coopération mondiale », précise ­Vladimir ­Pletser. Et d’ajouter, optimiste, que cette coopération mondiale permettrait d’éviter les guerres. Et enfin pour la dynamisation des sociétés, l’aventure et le rêve ! Il existe cependant des initiatives privées, comme ­Inspiration Mars, lancée en 2018 (à l’initiative de ­Denis ­Tito, premier touriste de l’espace), qui prévoit une mission de 501 jours, pour un couple américain, qui comprendra un aller, le survol de la planète et le retour.
Attention cependant aux dérives : les ­Hollandais prévoient, avec le programme Mars One financé par un show de la télé-réalité, une mission aller mais sans retour pour des volontaires sans qualification aucune et ce, pour la modique somme de 25 $. Actuellement, 220 000 personnes ont d’ores et déjà envoyé leur candidature. Se pose là un « grave problème d’éthique et le comité des affaires spatiales externes de l’ONU pourrait, si besoin, interdire l’opération », rassure Vladimir Pletser.
Julie Pertriaux

Mars, la planète rouge

Vous trouvez que les journées sont trop courtes sur Terre ? Et bien sur Mars, elles sont plus longues de 40 minutes. Si nous sommes tous au courant qu’une journée sur Terre dure 24 h, ou plus précisément 23 h 56 min 4 s, sur Mars elles durent 24 h 37 min. Autre différence, la période de révolution de la planète Mars est égale à deux fois celle de la Terre : lorsque la planète bleue met 356 jours à faire le tour du soleil, il faut 686 jours à la planète rouge pour faire le tour de l’astre solaire ! Ainsi, la distance qui sépare les deux planètes varie de 56 à 400.106 km, selon les rotations orbitales. La Terre tournant à 30 km/s, la période favorable au voyage, c’est-à-dire le moment où les deux planètes sont les plus proches, revient tous les 26 mois. Et même à ce moment là, il faut compter 6 mois pour s’y rendre. Mais avant d’aller sur Mars, sachez que les températures y sont beaucoup plus fraîches : - 53 °C en moyenne (contre + 14 °C sur Terre) pour des températures variant de - 125 °C à + 22 °C (contre - 89 °C à + 58 °C sur Terre). La planète bleue doit son surnom au fait que sa surface est recouverte d’eau à 70 % ; la couleur rouge de Mars vient, elle, du fer oxydé qui en recouvre sa surface. Le drapeau de la planète Mars, inspiré d’une trilogie de science-fiction, comporte donc du rouge pour sa couleur en plus du vert (pour de futures plantations) et du bleu (pour une future atmosphère). Cependant, Mars est environ deux fois plus petite que la Terre. Conséquence directe, le champ gravitationnel y est plus faible et la pression atmosphérique, 160 fois moins importante que chez nous, ne permet pas à l’eau de s’y trouver sous forme liquide. De plus, l’atmosphère sur Mars, composée à 95 % de dioxyde de carbone, est irrespirable. La vie sur Mars n’est donc actuellement pas envisageable.

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