Désherbage du lin: préférez la pré-levée
Bien qu’un peu plus coûteux, le désherbage de pré-levée allie à un large spectre d’action, une bonne efficacité. - © S. Leitenberger
La réussite du désherbage sur une culture comme le lin est essentielle pour le liniculteur. La présence d’adventices dans la linière occasionne une disparité de levée et de développement.
Le lin, peu couvrant durant les premières semaines de son cycle, est très sensible à la concurrence des adventices. Celle-ci va avoir un impact sur la production de paille en limitant la lumière, l’eau et les éléments fertilisants. La présence d’adventices peut également perturber le travail des machines, qui auront du mal à faire une nappe régulière permettant un rouissage optimal. Enfin, elle interfère sur la qualité de la récolte par la présence de fibres étrangères, qui rendent le déclassement possible.
Le désherbage se raisonne...
En raison de la brièveté de son cycle (une centaine de jours), le lin est une espèce sensible aux conditions de sol et de climat. L’itinéraire cultural ne doit donc rien laisser au hasard. Le stade du lin est important, mais c’est surtout celui des adventices qui compte. Il est important de :
- connaître la flore de la parcelle pour choisir le bon produit ;
- intervenir sur des adventices jeunes ;
- connaître les caractéristiques des produits utilisés ;
- ne pas hésiter à attendre ou changer de produit en fonction des conditions météorologiques.
... dans de bonnes conditions
Le désherbage se doit d’être très efficace, mais pas au détriment de la sélectivité. Pour élaborer son programme, le liniculteur doit à la fois tenir compte :
- du type d’adventices ;
- du stade du lin ;
- des conditions de pulvérisation.
L’utilisation d’une dose non adaptée ou mal positionnée peu affecter lourdement la culture par phytotoxicité.
Un désherbage en pré-levée est toujours préférable
Bien qu’un peu plus coûteux, il allie à un large spectre d’action, une bonne efficacité, en particulier dans les situations à adventices difficiles. La base de traitement repose sur 2 produits à large spectre : Callisto ou Mikado. Notez que le Sépic Lin est maintenant classé T, et ne peut plus être utilisé en mélange avec Callisto. Son spectre est insuffisant pour être utilisé seul. Callisto ou Mikado nécessitent d’intervenir au plus près du semis sur un sol encore frais. Si les conditions post-semis persistent dans le sec, il est important de ne pas faire l’impasse et de positionner le traitement tôt en matinée, afin d’optimiser son efficacité. Avec une bonne rémanence de ces produits, le traitement sera efficace dès le retour des pluies.
Malgré une efficacité satisfaisante sur de nombreuses dicotylédones, ces herbicides ne sont pas efficaces à 100 % en présence de renouée liseron et de liseron. Un désherbage en pré-levée pourra être complété si nécessaire d’un rattrapage de post-levée sur une base Valinate, Spéléo (cf. tableau ci-dessous).
Le désherbage post-levée reste une possibilité
Le désherbage post-levée est basé sur 2 passages. La base classique repose toujours sur un programme associant 2 produits de contact :
- Basagran SG + Emblem ;
- ou Basagran SG + Emblem Flo (Emblem Flo étant une nouvelle génération de Bromoxynil).
Or, les liniculteurs travaillant avec cette association savent que sa sélectivité est aléatoire, même si l’application est réalisée dans de bonnes conditions. Ces problèmes de sélectivité sont souvent induits par l’Emblem. Dans le souci d’obtenir une meilleure efficacité de leur application, nombre d’agriculteurs privilégient des interventions matinales. Bien que ce choix soit correct pour le Basagran SG, il s’avère que l’Emblem doit être positionné en fin de journée, en vue de limiter les risques de brûlure par réaction avec la lumière. À spectre équivalent, mieux vaut opter pour le Chekker à la place de l’Emblem. Il peut se mélanger avec Basagran SG à 0,45 kg/ha à une dose de 0,15 voire 0,2 kg/ha.
Miser uniquement sur la post-levée peut être risqué en cas de conditions météo pouvant empêcher les interventions au bon stade des adventices et/ou en cas de défaut de structure ou de pousse rapide (une architecture racinaire dense et superficielle pouvant apparaître, créant alors une problématique vis-à-vis de la sélectivité des produits).
L’incorporation en pré-semis dans les parcelles difficiles
Les 2 antigraminées Avadex 480 et Parnass C (Triallate 0,48 kg/ha) sont particulièrement efficaces contre les principales graminées adventices : folle avoine, vulpin, ray-grass, agrostis, pâturins. Le principal atout du triallate est son mode d’action : il agit sur les adventices au moment de leur germination en étant absorbé par le coléoptile et empêche leur développement. Avadex 480 ou Parnass C doivent être appliqués à la dose de 3 l/ha pendant la préparation du lit de semences, puis incorporés dans la couche superficielle du sol dans un délai de 2 heures au maximum et à une profondeur de 2-3 cm.
Ce qu’il faut retenir : mieux vaut privilégier le désherbage en pré-levée
Qualité et homogénéité sont les maîtres mots pour les liniculteurs. Il faut chercher à limiter au maximum l’agression des jeunes plantes, de manière à ce que la fibre conserve toutes ses facultés de souplesse et de résistance, et ainsi ne pas compromettre la qualité du rendement fibres. Si le traitement de pré-levée ne permet pas d’éviter systématiquement le traitement de post-levée, il en diminue la fréquence, réduit le risque de manque d’efficacité, et évite les pertes de rendement souvent rencontrées en post-levée.
Cathy Malnou, Chambre d’agriculture de région Nord-Pas de Calais, avec l’appui de N. Weecsteen (L.A. Linière), et M. Renaud (Chambre)
À savoir: le point sur les herbicides
Homologations : Emblem Flo (Nufarm)
• 400 g/l de bromoxyl butyrate – pénétration foliaire, action de contact.
En 1 passage à 5-7 cm : 0,8 l/ha avec Basagran SG 0,8 l/ha ou Actirob B 1 l/ha.
En 2 passages à 2-3 cm puis 7-10 cm : 0,4 l/ha avec Basagran SG 0,4 l/ha ou Actirob 1 l/ha.
Informations :
• Mikado ne sera plus disponible – l’équivalent générique est Diode.
• Fusillade X2 est retiré.
• Lontrel 100 (Lontrel F, Glopyralid) est ré-homologué sur lin fibre.
Zoom sur... Des solutions de rattrapage spécifiques
Outre la propreté des parcelles en général, celles destinées à la production de semence doivent être indemnes de gaillet. En rattrapage ou en programme, Gratil ou Adret sont efficaces à 40 g/ha de 7 à 15 cm du lin sur gaillet mais aussi sur matricaires. Pour les graminées, de nombreuses spécialités sont disponibles.
Il faut juger de la nécessité d’intervenir parcelle par parcelle. L’application se fait avant le stade 20 cm de la culture sous peine de perturber la floraison (entre 5 et 20 cm). Sur vulpins résistants, choisissez Foly R ou Centurion 240 EC. Toujours pour des raisons de sélectivité, un intervalle minimum de 10 jours doit être respecté entre un antidicotylédone et un antigraminées foliaires.
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