Le Syndicat Agricole 29 janvier 2016 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

Les vers de terre, ces ingénieurs du sol

Les vers de terre participent à la qualité des sols.

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Les vers de terre constituent la première biomasse animale terrestre : une tonne par ha en moyenne et près de 4 fois plus dans certaines prairies, soit l’équivalent de 5 vaches par hectare ! © DR Dans l’essai de Solesmes, la technique sans labour présentait un effet significatif sur la biomasse des vers de terre. © DR

Si tout le monde connaît les vers de terre, rares sont ceux qui les identifient comme des espèces utiles. Souvent sous-estimés, ils sont pourtant de réels indicateurs et acteurs de la qualité de nos sols.
Combien d’entre nous savent, par exemple, que les vers de terre constituent la première biomasse animale terrestre : une tonne par hectare en moyenne et près de 4 fois plus dans certaines prairies, soit l’équivalent de 5 vaches par hectare !
En France, on dénombre près d’une centaine d’espèces, et 10 000 dans le monde…

Parmi ces espèces : 3 catégories
Les populations de lombriciens sont réparties en 3 catégories : les plus petits (les épigés) vivent à la surface et œuvrent à la fragmentation du couvert végétal. Les moyens (les endogés) mesurent jusqu’à 20 cm. Quant aux anéciques, les plus grands vers de terre, de 10 à 110 cm ; ce sont d’inégalables mineurs de fond.
Comment les reconnaître ?
• Les vers épigés
Présents dans l’horizon de surface, la taille de ces vers varie en général de 1 à 5 cm et leur coloration est plutôt rougeâtre, parfois sombre. Les épigés consomment directement la matière organique fraîche ou les débris végétaux en cours de décomposition.
• Les vers endogés
De taille plus importante, en moyenne de 4 à 15 cm, ces vers vivent uniquement dans le sol en circulant dans des galeries plus profondes que les épigées. De ce fait, ils sont de couleurs plus claires (apigmentés). Les endogés ne consomment que de la matière organique déjà présente dans le sol. Leurs déjections restent dans les galeries.
• Les vers anéciques
Ces vers de grande taille vivent en profondeur et remontent en surface la nuit grâce à de grosses galeries verticales pour venir consommer de la matière organique. Leur tête est en général très colorée, noire ou rouge selon les espèces. Leurs déjections sont laissées au-­dessus du sol.

Des bénéfices nombreux pour l’agriculteur et l’environnement
Les vers de terre sont d’insatiables et inépuisables tubes digestifs. Ils apportent des éléments nutritifs aux plantes. En digérant les débris organiques, ils contribuent au recyclage de la matière organique. Cette digestion permet un mélange avec la fraction minérale du sol. Selon les espèces, les résidus de la digestion se répartissent sur le profil et donc à proximité des racines qui vont explorer leurs galeries. Leurs déjections favorisent ainsi la croissance des plantes et les micro-organismes du sol qui les accompagnent.

Une meilleure exploration par les racines et stabilité des sols
Les racines vont bien évidemment profiter des galeries creusées par les vers de terre, en particulier pour contourner les zones éventuellement compactées par l’activité agricole. Cet accès privilégié contribuera à développer la masse racinaire et assurera aux plantes une meilleure alimentation en eau et en éléments nutritifs.
En période active, on estime que les vers de terre sont capables d’ingérer une quantité de terre jusqu’à une fois et demie leur propre poids, soit environ 1,5 tonne par jour et par hectare. À l’échelle de leur période d’activité, du printemps à l’automne, cette quantité de terre remuée serait proche de 300 tonnes. Les agrégats générés par cette digestion ont des propriétés chimiques qui les rendent très stables, ce qui permet aux sols d’être moins sensibles à l’érosion. La présence des galeries contribue également à un meilleur pouvoir d’infiltration de l’eau qui limite le risque d’érosion et de ruissellement en surface. Sur le plan environnemental, le stockage de matières organiques a aussi de l’importance vis-à-vis du stockage de carbone dans les sols.

Comment les quantifier ?
La présence de terricules en surface est la méthode la plus rapide pour juger de l’activité de vers de terre. Ces terricules correspondent aux déjections, principalement des espèces anéciques dont l’activité en surface est nocturne. La réalisation de profils de sol permet de repérer les galeries, sur l’horizon de surface avec des galeries horizontales (espèces endogées) et plus en profondeur, au-delà de 30 cm, avec des galeries verticales (espèces anéciques).
Une méthode plus scientifique permet de dénombrer et de capturer les vers de terre pour les identifier, idéalement en fin d’hiver (après une longue période sans travail du sol). Le principe est basé sur l’arrosage de placettes avec une solution d’eau et de moutarde. Cette solution irrite les vers de terre qui remontent ainsi à la surface du sol.
Dans l’essai de Solesmes (photo ci-dessus), les captures ont été mises en œuvre dans le cadre d’un travail du sol de longue durée (8 ans), en lien avec le laboratoire Génie civil et géoenvironnement (LGCGE) de l’université de Lille.
Dans cet essai, la technique sans labour présentait un effet significatif sur la biomasse des vers de terre, notamment sur l’espèce Lumbricus terrestris dont la densité était 3 fois supérieure avec la suppression du labour.

Denis RISBOURG, Conseiller en Productions Végétales
Chambre d’agriculture Nord-Pas de Calais


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