Le Syndicat Agricole 27 mars 2015 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

Les quotas laitiers tirent leur révérence

La fin des quotas laitiers sera officielle le 1er avril. Après deux jours de débat, le congrès de la Fédération nationale des producteurs laitiers (FNPL) s'est achevé à Albi dans le Tarn.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
La FNPL souhaite faire évoluer la législation concernant la création d'associations d'organisations de producteurs (AOP).
La FNPL souhaite faire évoluer la législation concernant la création d'associations d'organisations de producteurs (AOP). - © V. Motin

C'est dans un état plutôt « apaisé » et dans une « démarche de construction » de la part des producteurs, que s'est déroulé le congrès de la FNPL, estime André Bonnard, trésorier de la structure, les 18 et 19 mars à Albi. La fin des quotas ne semble pas inquiéter outre-mesure les producteurs, à l'inverse des incertitudes qui planent encore sur l'application de la nouvelle PAC. « Les producteurs de lait français en ont encore sous le pied ! », s'est-il exclamé, en commentant les capacités de production des éleveurs.


Des producteurs aux avis divergents
« Fin des quotas et réforme de la PAC, cela va être terrible ! », s'exclame un producteur du Sud-Ouest. « Le prix ne va pas. La nouvelle réforme de la PAC va finir de nous assassiner. On ne sait pas du tout où l'on va et même les banques ne veulent pas nous suivre », continue-t-il. Il imagine « la campagne laitière 2015 comme celle de 2008-2009 » et déconseille à son fils de s'installer, même s'il réfléchit tout de même à une unité de transformation du lait en beurre et crème sur l'exploitation. Son discours inquiet n'est pas partagé par tous. Ainsi un autre producteur du Pas-de-Calais, expose un avis tout à fait différent : « La demande mondiale sera là. Il y aura de la place pour tous types de structures. Nos producteurs sont prêts. Il ne faut pas se sentir condamné car nos structures sont plus petites qu'ailleurs ».


L'enjeu : la confiance entre producteurs et coopératives
Le discours alarmant s'accompagne d'une relation de confiance fortement affectée entre producteur et coopérative : « Je ne fais plus confiance aux coopératives. Elles sont devenues des groupes financiers et font des bénéfices colossaux et nous n'en profitons pas ». À l'inverse, le discours positif sur l'avenir de la production s'accompagne d'une confiance forte : « Nous avons du poids dans nos coopératives ». Le producteur reconnaît cependant que ce « poids », les adhérents l'ont conquis. D'autre part, la solution pour le maintien de structure familiale (350 000 à 400 000 litres de lait), « n'est pas que dans la taille des exploitations », estime notre producteur du Pas-de-Calais. Le niveau technique de l'éleveur et la possibilité de s'organiser autour de la main-d'oeuvre sont aussi des enjeux clefs. « La solution n'est pas seulement dans l'agrandissement », confirme-t-il.


La fin des quotas, presque un non-événement
Pour Thierry Roquefeuil, président de la FNPL, « les inquiétudes liées à la PAC, son incohérence, ses imprécisions ont été bien mises en évidence ces derniers jours. Les laitiers vont être très perdants car certains avaient une référence de DPU (droit à paiement unique) élevée. Concernant la fin des quotas, les contrats assurent une relation imparfaite mais donnent une certaine lisibilité. Il reste certes des incertitudes mais des outils ont été créés pour l'après-quota ». Il regrette fortement « le manque de confiance et de concertation » entre producteurs et transformateurs. « Les choses sont possibles quand il y a de la cohérence entre producteurs et industriels, relève-t-il. La fin des quotas serait presque un non-évènement si la contractualisation laitière qui souffle sa 5e bougie faisait totalement ses preuves ». Au sujet de la coopération, il ajoute : « Moi, la coopération, je veux y croire à condition que les sociétaires soient acteurs de la stratégie de leur coopérative. Les éleveurs doivent accéder à toute l'information économique et industrielle ».


« 2015, l'année de la vérité pour la contractualisation »
« 2015 sera l'année de la vérité pour la contractualisation laitière », assure Thierry Roquefeuil. André Bonnard, trésorier de la FNPL, caractérise ce congrès comme « une première ». Un « débat d'orientation » a ainsi eu lieu avec les différents représentants des sections régionales afin de « construire une orientation claire et partagée et d'obtenir une adhésion forte au projet », qui donnera naissance à un « Livre Blanc ». Ainsi il a été clairement acté que les contrats individuels entre producteurs et transformateurs n'étaient pas acceptables. « La FNPL demande la mise en place de contrats collectifs » au travers des organisations de producteurs (OP), souligne Thierry Roquefeuil, président de la FNPL. « Ils sont donc non cessibles et non marchands », précise-t-il, afin d'éviter, à l'avenir, pour un repreneur d'avoir non seulement à acheter la ferme mais aussi son contrat.
« L'individualisation de certains contrats entre producteurs et transformateurs crée une forme de distorsion de concurrence », mais surtout affaiblit le pouvoir des producteurs lors des négociations tarifaires avec les transformateurs. Dans ce sens, Daniel Mercier-Gouin, économiste à l'Université de Laval au Québec, tranche dans le vif lors d'un débat : « La multiplication des OP en France est la preuve de leur échec ! », d'où la nécessité de les regrouper pour redonner de la force aux producteurs. Aussi, la FNPL souhaite faire évoluer la législation concernant la création d'associations d'organisations de producteurs (AOP).


La multiplication des OP signe leur échec
Certaines OP pourraient donc se regrouper sur un même bassin de production, voire même entre bassins. Pour André Bonnard, le but est que ces AOP deviennent « un lieu d'échange d'information afin d'éviter la concurrence entre producteurs et d'augmenter celle entre transformateurs ». D'autre part, il a été fortement question de la volatilité. Dans ce sens, Marie-Thérèse Bonneau, secrétaire générale à la FNPL, a insisté sur l'importance d'établir des indicateurs précis pour pouvoir agir à la suite des données fournies par l'Observatoire européen du marché du lait. Daniel Mercier-Gouin observe qu'aux États-Unis, dans le Farm-Bill, « la crise est prédéfinie. C'est une différence de fonctionnement fondamentale avec la PAC. Lorsque l'on parle de déséquilibre du marché, il faut encore s'entendre sur ce qu'est ce déséquilibre. De même, dans la PAC, n'est pas défini ce qu'est une crise, tout comme les mécanismes d'intervention qui y sont liés, à l'inverse du Farm-Bill ». Face à cette volatilité, des mécanismes d'assurance sont également en réflexion et défendus par la FNPL, tout comme la mise en place de stockage privé. L'investissement pour développer « ce stockage pourrait être partagé entre le producteur et le transformateur », avance André Bonnard. Mais « cela signifie de la confiance entre producteur et transformateur », relève encore une fois Thierry Roquefeuil.

Interview de Serge Capron, président de l'ADPL 62

« Si on se lâche trop vite sur les volumes, l'impact sur le prix du lait sera catastrophique »

Vous avez participé au congrès de la FNPL à Albi. Qu'en avez-vous retenu ?
Sur les aspects contractualisation, c'est la première fois que la FNPL s'est exprimée aussi clairement sur la non-cessibilité des contrats ; avec la volonté de laisser chaque région travailler le sujet pour les producteurs en coopérative, notamment discuter de la transmissibilité de leur contrat. Nous allons réfléchir à ce qu'il est possible de faire dans l'intérêt des producteurs. Sur les aspects prix du lait, il semble envisageable de tabler sur un prix payé moyen entre 330 et 340 EUR/1 000 l en 2015. La remontée des cours a fait que les distributeurs sont revenus sur des positions un peu plus « nobles » pour les producteurs. À nous maintenant d'aller les chercher chez nos industriels, car je ne suis pas sûr que ces derniers soient prêts à nous les donner. Ils vont probablement vouloir profiter des incertitudes du marché et des volumes supplémentaires.

Les producteurs de la région sont-ils prêts à passer le cap de l'après-quotas ?
Dans ce monde sans quotas, certaines années seront peut être plus compliquées à gérer, mais les producteurs de la région disposent encore de marges de manoeuvre suffisante pour y faire face. On sait qu'il existe un risque de forte déprise laitière si la rentabilité n'est pas au rendez-vous. On sait aussi que les producteurs qui étaient frustrés de ne pas avoir pu se développer et produire comme ils l'entendaient depuis 30 ans, ont aujourd'hui l'impression que les vannes sont grandes ouvertes. Certes, on va avoir besoin d'eux, mais il faut les amener à se projeter à moyen et long terme : si on se lâche trop vite sur les volumes, l'impact sur le prix du lait sera catastrophique. Chacun commence à en prendre conscience et se dit que la montée en puissance se fera de façon plus progressive. Tout le monde a sa place, il faut permettre à ceux qui sont en dessous d'atteindre la médiane. Demain, on se comptera peut-être sur les doigts d'une main, préserver un maximum de producteurs, quels que soient leurs systèmes, fera notre force pour continuer alimenter les outils industriels de la région.

Propos recueillis par MDS

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Le Syndicat Agricole se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Le Syndicat Agricole
La couverture du journal Le Syndicat Agricole n°3704 | mars 2017

Dernier numéro
N° 3704 | mars 2017

Edition de la semaineAnciens numérosABONNEZ-VOUS

Les ARTICLES LES PLUS...

25-08-2016 | Le Syndicat Agricole

FRGEDA

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui