Le Syndicat Agricole 08 juillet 2016 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

Les pêcheurs craignent pour leur avenir

La filière veut mettre en place une véritable politique régionale halieutique pour se développer.

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Les professionnels s’inquiètent des conséquences du Brexit, qui risque de leur faire perdre une partie de leurs zones de pêche. © DR Natacha Bouchart, vice-présidente au Conseil régional en charge de la Mer, des Ports et de la Politique du littoral. © DR

Si la pêche est considérée comme un secteur porteur, elle n’en est pas moins confrontée à de nombreuses difficultés… très proches de celles rencontrées par les agriculteurs. C’est ce qui ressort des Assises de la pêche et des produits de la mer en Hauts-de-France organisées par le Conseil régional, jeudi 30 juin à Calais. L’objectif de cette journée : « réunir les acteurs locaux de la filière pour échanger et débattre du développement de la pêche régionale ». La région souhaite en effet mettre en place une démarche de concertation des professionnels du secteur, et de co-construction avec le monde économique d’une stratégie pour l’avenir de la filière halieutique. Ces assises s’inscrivent en outre dans le cadre de la préparation du futur Schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII), dont l’élaboration est confiée aux régions.
Plus que de développement, c’est surtout de difficultés dont il a été question, avec toutefois de nombreuses pistes d’amélioration et la volonté, pour la profession, d’aller de l’avant. Dernière inquiétude en date pour les pêcheurs : le Brexit. « Nous risquons de perdre plus de 60 % de nos zones de pêche », alerte Olivier Leprêtre, président du Comité régional des pêches et des élevages marins (CRPMEM). D’après les professionnels, 65 % des pêches régionales se font en effet dans la zone économique exclusive britannique. « Le Brexit risque de diviser les eaux en deux, poursuit Olivier Leprêtre. Cela risque de nous faire mal, on a besoin d’une politique forte pour les négociations. »

Lenteurs administratives
Une mauvaise nouvelle qui s’ajoute aux autres difficultés du secteur, plus structurelles. « La pêche ne va pas très bien, souligne Olivier Leprêtre. Depuis deux ans, nous demandons des aides à la région et on en est toujours au même point. » Les professionnels pointent en effet du doigt la lenteur de la mise en place du Feamp, le Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche, qui aurait dû être opérationnel en 2014. « Il a été validé le 21 juin dernier et une enveloppe de 14 millions d’euros est désormais mobilisée jusqu’en 2020 pour accompagner le secteur. Les dossiers sont suivis de très près. », souligne Natacha Bouchart, vice-présidente au Conseil régional en charge de la Mer, des Ports et de la Politique du littoral.
« Il y a plein de réunions, d’assises, de conférences, mais qu’est-ce-qui en sort ? » demande quant à lui Olivier Leprêtre qui souligne que la réglementation pèse sur les entreprises qui sont « dans une situation dramatique ». Il évoque aussi le projet de construction d’un parc d’éolien au large de Dunkerque : « C’est encore de la perte de terrain, qu’est-ce qui va nous rester pour travailler ? » Dans ces conditions, difficile d’investir pour renouveler la flotte. D’autant que les quotas sont fixés chaque année et laissent les pêcheurs sans visibilité. « Il n’y a pas d’investissement, les entreprises de transformation sont en diminution alors que c’est là que se fait une grosse partie de la valeur ajoutée, poursuit Aymeric Chzran, délégué du syndicat du mareyage boulonnais. On ne pourra pas développer la filière si on ne conforte pas l’existant. Ce qui manque, c’est une vraie politique régionale halieutique. Elle manque pour l’instant de précision. »

Positionnement stratégique du littoral régional
Pourtant, la région dispose de nombreux atouts. Aymeric Chzran en énumère quelques-uns : « Sa géographie, ses zones de pêche… Les produits halieutiques sont des produits à fort potentiel et les entreprises développent de nouveaux process, de nouveaux produits… ». Les Hauts-de-France disposent d’une façade maritime de 210 km située « au cœur de l’Europe ». Le port de Boulogne-sur-Mer est le premier port de pêche français en termes de volumes et se situe à la première place européenne pour la transformation des produits de la mer. La région compte 168 entreprises de pêche maritime, à la fois en pêche artisanale et hauturière, avec un chiffre d’affaires de plus de 77 millions d’euros en 2014. La pêche maritime se compose d’une flottille de 190 navires avec près de 900 marins embarqués. La pêche à pied compte 350 personnes et le mareyage et la transformation représentent un total de 150 entreprises et 5 000 emplois*.
Un des enjeux de la filière est d’attirer les jeunes vers les métiers de la pêche. Des entreprises recherchent par exemple des fileteurs pour préparer le poisson. Autres pistes de développement : le renouvellement de la flotte, l’augmentation du prix moyen au kilo par les éco-labels, la promotion de la pêche française, la facilitation des installations en aquaculture, etc. D’autres rendez-vous organisés par le Conseil régional devraient suivre dans les mois prochains afin d’étudier ces pistes et de faire le point sur l’évolution des travaux. D’autres assises, nationales cette fois, se dérouleront en 2018. Elles pourraient avoir lieu à Boulogne-sur-Mer.

Laura Béheulière

* Source : Conseil régional.

Zoom sur... La production aquatique en Hauts-de-France : 51 868 tonnes

Dans le monde, les produits aquatiques représentent 190 millions de tonnes (chiffres 2013). En France, la production s’établit à 660 000 tonnes. Si les produits de la pêche sont en stagnation (460 000 tonnes), les produits issus de l’aquaculture, eux, augmentent (200 000 tonnes). « Avec l’augmentation de la population et un besoin en protéines, c’est l’aquaculture qui complète, explique Pascal Labarre, conseiller en économie maritime de la CCI Côte d’Opale. Il y a une volonté politique forte pour la développer en France et en Europe, malgré la problématique des infrastructures et des financements. »
Dans les Hauts-de-France, la production aquatique s’élève à 38 000 tonnes (pêche navires) et 868 t pour la pêche à pied. L’aquaculture représente 13 000 t. Si l’on regarde le podium des ports de pêche français, celui de Boulogne-sur-Mer arrive en tête en ce qui concerne les volumes (35 850 t), celui de Lorient est en première position pour son chiffre d’affaires (84,60 M€) et celui du Guilvinec pour son prix moyen au kilo le plus élevé (3,88 €).
La consommation de produits aquatiques en France est relativement importante : elle est de 34 kg par personne (contre une vingtaine de kilos au niveau européen), mais enregistre une légère baisse. « Pour couvrir les besoins français, il faut plus de 70 % d’importations, précise Pascal Labarre. Mais il y a aussi une nécessité de développer l’export et le Conseil régional s’y emploie. » La balance commerciale est en effet négative à - 3,73 milliards d’euros. À terre, la filière avale est constituée de 600 entreprises pour un effectif de 22 000 personnes et un chiffre d’affaires de 6 milliards d’euros. Les Hauts-de-France comptent 90 entreprises, 2 900 emplois et un chiffre d’affaires de 1 M€.

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