Le Syndicat Agricole 24 juillet 2014 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Les paysans et la Grande Guerre - L’animal, ressource et force de combat

L’animal domestique de ferme a une place essentielle durant le conflit de 14-18. L’exposition « Bêtes de guerre » du musée de la vie rurale de Steenwerck (59) retrace son parcours.

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Avant leur envol, un soldat français protège les pigeons voyageurs des éventuelles vapeurs de gaz asphyxiants. © « Les animaux soldats » de M Sur le front, les chevaux étaient utilisés pour le remorquage des canons, des blessés et pour le ravitaillement des troupes. © Historial de la Grande Guerre Les chiens sentinelles étaient utilisés pour défendre les camps. Leurs aboiements étaient synonymes d’une présence étrangère. © Journal Sur le vif Chevaux tués sur la route du Mont Saint-Eloi à Carency (62). © Musée de la Grande Guerre de Meaux

Même si les charges à cheval ont laissé place à la cavalerie motorisée et aux chars d’assaut, les chevaux et les mulets ont joué un rôle décisif dans le remorquage des canons, des blessés et dans le ravitaillement du front à longueur de journée. Aux côtés des chevaux et des mulets, d’autres animaux comme les chiens et les pigeons voyageurs sont enrôlés sur le front comme de véritables partenaires de combat des soldats.


8 millions de chevaux engagés dans la guerre
Les 5 premiers mois de guerre, 700 000 chevaux sont réquisitionnés dans les campagnes françaises. Ce grand besoin est motivé par deux éléments importants : « À l’époque, la force de traction reste encore majoritairement celle des animaux de trait, pour la logistique et l’artillerie (une batterie d’artilleries nécessitait 225 chevaux), d’autre part la cavalerie est encore une force combattante », rappelle Jean-Pierre Renaux, président du musée de la vie rurale, qui propose actuellement l’exposition « Bêtes de guerre ». En 1914, l’armée française compte 89 régiments de cavalerie à cheval. Par la suite, comme durant la bataille de Cambrai (1917), les chevaux de trait sont utilisés pour récupérer les canons capturés par les Britanniques dans le « no man’s land ». « Globalement, en comptant les importations d’équidés, ce sont un peu plus de 8 millions de chevaux qui seront engagés dans le conflit », indique Jean-Pierre Renaux. La population d’équidés au début de la guerre était d’environ 3 200 000 têtes, toutes races confondues en France. À l’Armistice, il ne reste plus que 740 510 animaux recensés, le reste manque à l’appel (rien que pendant la bataille de Verdun, 7 000 chevaux sont morts en une journée). La région du Boulonnais, point de passage vers l’Angleterre et la Belgique, est bombardée de toute part et ses chevaux réquisitionnés, décimant la race de trait du même nom. De nombreux combats se déroulant dans le berceau d’élevage, des troupeaux entiers de juments poulinières sont abattus. En 1918, une ordonnance départementale interdit l’exportation des chevaux Boulonnais afin de reconstituer le cheptel. Dans les Ardennes franco-belges, le cheptel équin local connaît la même situation, avec des conséquences catastrophiques pour l’élevage de chaque côté de la frontière. Mais les chevaux ne sont pas les seuls animaux à être enrôlé dans les tranchées.


Chiens et pigeons voyageurs au service de la patrie
Dans l’enfer des combats, soumis à d’interminables bombardements et exposés à toutes les intempéries, d’autres animaux devaient, eux aussi, servir le pays. Le chien fut un auxiliaire remarquable pour le fantassin sur de nombreux champs de batailles. « Pourtant, en 1914 les unités canines sont très rares dans l’armée française, contrairement à l’Allemagne, poursuit Jean-Pierre Renaux ; elle ne dispose que de 250 chiens ». En 1915, Alexandre Millerand, ministre de la Guerre, crée le « Service du chien de guerre ». La SPA et quelques particuliers mettent alors leurs animaux à disposition et près de 3 000 chiens sont rééduqués avant de rejoindre les troupes armées. « Sur le front, plusieurs types de fonctions leur étaient dévolus : les chiens de sentinelle, de liaison ou d’estafette, de patrouille, d’attaque ou de recherche, les chiens « sanitaire », les chiens de trait et les mascottes », explique le passionné nordiste. Tout comme le soldat, le chien de guerre possède un livret militaire, une plaque d’identité et un équipement. Environ 15 000 d’entre eux seront utilisés au sein de l’armée française durant 4 ans en provenance du monde entier, comme les Husky d’Alaska.
Des deux cotés des lignes, l’information et la désinformation deviennent des éléments vitaux et stratégiques en temps de guerre. La communication entre les postes de commandement est assurée à l’aide de pigeons voyageurs. Bien que ce soit l’époque du développement du téléphone, beaucoup de messages devaient être envoyés rapidement sur de grandes distances. « Chaque armée possédait des colombiers mobiles dits “de l’arrière” ou de “l’avant” sur le front. Le centre de Bruay était par exemple relié à Armentières, Poperinge, Cassel et Saint-Omer, ce qui prouve la valeur de ce volatile comme agent de liaison pendant le combat », souligne Jean-Pierre Renaux. Comme les chiens, beaucoup de pigeons se sont distingués par des faits de guerre de la plus haute importance. On peut citer « Spike » qui transporta plus de 52 messages sans jamais être pris, ou encore « Le Mercury », un pigeon britannique qui a parcouru les 900 km en reliant le Danemark à l’Angleterre. Ces pigeons devaient échapper aux obus, aux tireurs d’élite, spécialement entraînés pour les abattre, et aux rapaces dressés pour les chasser. L’armée française disposait, outre les colombiers fixes, de plus de 350 colombiers mobiles pour un total de 30 000 pigeons. À l’entrée du zoo de Lille, un monument commémore les 20 000 pigeons tués du côté français.


Simon Playoult

Le bestiaire de la Grande Guerre

Même s’ils étaient les plus nombreux, chevaux, chiens et pigeons n’étaient pas les seuls animaux présents dans les tranchées. Attirés par la nourriture et l’insalubrité, les rats, les poux et les puces faisaient évidemment partie du quotidien, tourmentaient les soldats jour et nuit et contribuaient à répandre les maladies.

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