Le Syndicat Agricole 17 octobre 2015 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

Les grands singes, nos cousins

À Paris, le Jardin des plantes accueille jusqu’au 21 mars 2016 « Sur la piste des grands singes », une exposition consacrée à des primates menacés d’extinction.

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Gorille de l'Est, femelle adulte. © J-M. Krief Chimpanzé utilisant une baguette pour récupérer du miel. © J-M. Krief Orang-outan de Bornéo, femelle adulte. © MNHN/F-G. Grandin

Le Muséum national d’histoire naturelle nous emmène sur la piste des grands singes, c’est-à-dire les chimpanzés, gorilles et orangs-outans. Ces grandes familles se décomposent en différentes espèces : le chimpanzé commun et le bonobo ; le gorille de l’Est et le gorille de l’Ouest ; l’orang-outan de Bornéo et l’orang-outan de Sumatra. Les grands singes vivent dans les forêts tropicales : chimpanzés et gorilles dans celles d’Afrique et les orangs-outans dans celles d’Asie du Sud-Est. Ils ne sont en revanche pas présents dans le bassin amazonien où s’étend la plus grande forêt tropicale du monde. Ils appartiennent à l’ordre des primates qui comprend près de 300 espèces, dont l’Homme. Les grands singes se distinguent notamment par leur absence de queue, leur taille et leur poids plus importants et leur poitrine aplatie dorso-ventralement. Leurs mains et leurs pieds sont dotés de cinq doigts avec des ongles plats à la place des griffes. Grâce à ses doigts agiles, le chimpanzé peut par exemple pêcher des fourmis à l’aide d’une brindille. L’Homme se distingue principalement par son squelette adapté à une bipédie permanente alors que les grands singes ne pratiquent ce type de locomotion que de façon occasionnelle et sur de courtes distances. Ils ne marchent pas comme les autres primates sur la paume des mains, mais en s’appuyant sur leurs phalanges. Ils se déplacent dans les grands arbres, mais ne procèdent pas par sauts en raison de leur poids et de leur grande taille. L’orang-outan est le plus acrobate et le gorille le plus terrestre.
La connaissance des grands singes repose sur l’observation, en continu et sur de longues périodes, des individus d’un ou de plusieurs groupes. Parler bas, marcher doucement, ne pas nourrir, ne pas toucher, respecter une distance de 10 mètres et prendre toutes les précautions pour ne pas transmettre de maladies, telles sont les règles de base pour pouvoir les observer. Il faut parfois plus de dix ans pour habituer une communauté de chimpanzés ou un groupe de gorilles de l’Ouest à la présence des chercheurs !

Importante espérance de vie
Les scientifiques identifient chaque individu en observant de nombreux paramètres : corpulence, âge, corps et membres (éventuellement les parties manquantes : doigt, main, pied, oreille), cicatrices, couleur et densité du pelage. Des années d’observation vont nourrir des fiches d’identification complétées par des notes sur le comportement. Le type d’organisation sociale et le degré de sociabilité diffèrent en fonction des espèces. Les chimpanzés vivent dans des communautés stables (entre 15 et 200 individus). Les mâles qui restent toute leur vie sur le territoire sur lequel ils sont nés coopèrent pour chasser, patrouiller ou protéger les femelles qui quittent généralement leur communauté de naissance. La position du mâle dominant dure de quelques mois à dix ans. L’activité sociale essentielle des chimpanzés est l’épouillage qui apaise les tensions et resserre les liens sociaux. Les gorilles vivent en petits groupes rassemblés autour d’un seul mâle adulte dominant : le dos argenté. Le gorille mâle défend sa famille et non son territoire. Les orangs-outans sont, la plupart du temps, solitaires. Les mâles adultes parcourent la forêt à la recherche de nourriture et de femelles : mâles et femelles ne se rencontrent que pour s’accoupler. Le seul lien durable est celui qui unit une mère à son petit : elle peut s’occuper de lui pendant huit ans.
Les grands singes ont des menus qui varient en fonction des espèces et des saisons. Une grande variété de fruits, de feuilles et de tiges constitue l’essentiel de leur alimentation. À ce menu s’ajoutent des écorces et des insectes (fourmis, termites, larves). Seuls les chimpanzés mangent occasionnellement de petits mammifères. Grâce à la dissémination des graines qui transitent par leurs intestins, ils contribuent à la régénération de la forêt. Chaque soir, les grands singes se reposent dans des nids qu’ils construisent dans les arbres, parfois au sol dans le cas des gorilles. Cette opération est renouvelée chaque jour. Dormir en hauteur leur permet de se mettre à l’abri des prédateurs et de l’humidité, mais aussi d’éviter les parasites et les moustiques. Tous les grands singes ont une espérance de vie importante (entre 40 et 50 ans) et les femelles n’ont qu’un petit à la fois. Ils disposent d’une panoplie sophistiquée de modes de communication : expressions faciales, corporelles, gestuelles et sonores. C’est cette ressemblance qui a propagé la fausse idée que les grands singes sont nos ancêtres alors qu’ils sont nos cousins...

Valérie Godement

Zoom sur... Menacés d’extinction

Toutes les espèces de grands singes ont perdu au minimum 70 % de leurs effectifs au cours des cinquante dernières années, notamment en raison de la destruction de leur zone d’habitat. La déforestation s’est accélérée à partir des années 1970 : les forêts sont coupées pour le bois mais aussi pour l’exploitation du sous-sol. Les territoires occupés par les grands singes se retrouvent donc en lisière des champs de maïs ou de canne à sucre cultivés par les villageois. Les primates peuvent causer beaucoup de dégâts dans ces cultures, d’où une cohabitation parfois difficile. Les grands primates, pourtant protégés, continuent à être chassés pour leur viande. Ils sont souvent aussi blessés par des pièges ne leur étant pas destinés. Le trafic des jeunes individus, capturés comme animaux de compagnie ou pour des parcs d’attraction, reste une menace, comme les maladies amenées par l’homme. Il est donc primordial de sauver nos cousins.

Observationes medicae Nicolaes Tulp.
Observationes medicae Nicolaes Tulp. - © MNHN/Bibliothèque centrale

Objets d’études

Au XVIIe siècle, l’Europe voit arriver les tout premiers chimpanzés et orangs-­outans. Jusqu’au XIXe, on met en cage, on mesure, on compare des spécimens de ces deux espèces. Il faut attendre 1874 pour que le gorille soit décrit comme une nouvelle espèce proche du chimpanzé. Il est classé dans la catégorie Gorilla en 1851. Charles Darwin fait ensuite l’hypothèse de l’existence d’un ancêtre commun aux grands singes et à l’homme bien avant que des preuves ne soient apportées. Après 1945, des observations sur le terrain se mettent en place : les scientifiques ne comparent plus leur intelligence à celle de l’Homme, mais tentent de comprendre leurs comportements dans leur environnement. Au début du XXe siècle, les primates entrent dans les laboratoires de psychologie. On étudie leurs capacités cognitives sous l’angle du langage et de l’utilisation d’outils. Leur grande proximité avec l’Homme conduit à des dérives, l’Homme considérant parfois le singe comme du matériel expérimental.

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