Le Syndicat Agricole 22 juillet 2016 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Les « Forêts d’exception », un label de valorisation

L’Office national des forêts s’est lancé, en 2007, dans la création du label « Forêt d’exception » qui institue une gestion durable et multi-usage de la forêt.

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- © Pierre Louis Berger

Depuis 2008, 19 forêts choisies parmi les forêts domaniales gérées par l’ONF sur l’ensemble du territoire, sont officiellement engagées dans la démarche Forêt d’exception. Un label avec une marque visuelle déposée par l’ONF à l’Institut national de la propriété industrielle. Ce nouveau réseau de références en matière de gestion durable du patrimoine forestier, fédère les acteurs du développement économique local et propose la mise en valeur du patrimoine naturel. Depuis la fin des années 1990, les forêts domaniales ont préfiguré, par une gestion multifonctionnelle conciliant les enjeux économiques, écologiques et sociaux, la « gestion durable » devenue, aujourd’hui, une référence pour l’exploitation des ressources naturelles. « Avec ce label forêt d’exception, il s’agit pour l’ONF de consacrer les valeurs patrimoniales des sites forestiers : biodiversité, paysage, éléments culturels et sylvicoles. Ces territoires constituent des lieux privilégiés pour l’innovation et l’expérimentation de nouvelles pratiques d’accueil et de tourisme, de gestion des milieux ou de sylviculture. L’attribution du label Forêt d’exception repose donc aussi sur la qualité des projets menés en partenariat et réalisés dans le respect des lieux. Le transfert de ces expériences sur les autres massifs forestiers constitue ensuite un autre objectif du réseau des forêts d’exception. Qualité, flexibilité et adaptabilité sont les trois constantes de l’esprit de ce label. En termes d’innovations, la différence dans ces forêts domaniales réside dans l’ambition de la politique d’accueil du public portée par le territoire et dans la mise en réseau des expériences de valorisation du patrimoine forestier», explique Christelle Gernigon, à la direction générale de l’ONF. En fait, l’ONF s’est inspirée du modèle du réseau des grands sites de France. Chaque projet suit des étapes formelles à l’instar du réseau des grands sites de France ou de la Fédération des parcs naturels régionaux. Pour Jean-Luc Martin, directeur de l’ONF Drôme-Ardèche, le caractère multifonctionnel de la forêt est essentiel dans cette démarche d’obtention de label : « Il faut pouvoir parvenir à concilier plusieurs usages de la forêt, le pastoralisme, la chasse, le tourisme (randonnées) l’exploitation forestière etc. tout en associant les partenaires extérieurs, les représentants des usagers qui sont tous impliqués dans un comité de gestion qui élabore des décisions. La difficulté de ces forêts publiques est de pouvoir maintenir cet équilibre entre ces différents usages. Ce sont des laboratoires de gestion participative. »

Valoriser la filière bois
Quels sont effets recherchés de ce label ? « Le label donne une vision dynamique et multi-usage du territoire forestier. Il y a aussi l’image portée par le label et la reconnaissance d’une bonne gestion de la forêt. Cela va conforter et valoriser la filière bois » reconnaît Marion Frachisse, directrice communication au parc naturel régional de Chartreuse. La forêt de la Grande Chartreuse a été portée dans le massif de la Grande Chartreuse par des acteurs locaux. Elle a reçu le label Forêt d’exception en février 2015. Avec ses 8 500 ha elle est la plus grande forêt domaniale des Alpes. Elle a appartenu autrefois aux religieux, à l’ordre des Chartreux, qui a favorisé l’exploitation des bois et initié le pastoralisme. Elle se situe au cœur du parc naturel régional de Chartreuse, dont elle couvre 11 % de la surface. La forêt de la Grande Chartreuse succède à celles de Fontainebleau et Verdun labellisées en 2013 et 2014 et de Rouen labellisée en 2015. Le label forêt d’exception décerné à Verdun, forêt de mémoire, porte sur plusieurs projets : inventaire des patrimoines naturels, archéologiques et forestiers, programme de recherche pour une gestion forestière adaptée,
valorisation des patrimoines et découverte des paysages. Les forêts de Montagne avancent vers le label comme la forêt domaniale de l’Aigoual (30 et 48), dans les Pyrénées les forêts domaniales du Valier, massif du Valier (09) et des Camporells (66) avec ses lacs, ses paysages à haute valeur patrimoniale, ses forêts de pins à 2000 m d’altitude et la présence d’espèces menacées comme le grand tétras et le lagopède. Ce label d’exception permettrait d’éviter la pression du tourisme, du ski de randonnée ou de la raquette sur l’environnement. La forêt du Val Suzon et la montagne de Reims devraient obtenir le label d’exception cette année au cours de cérémonies de labellisation à l’automne.

Pierre-Louis Berger

À savoir : Mieux exploiter les feuillus

La forêt française est la première forêt de feuillus d’Europe (64 % des arbres). Pour trouver de nouveaux marchés, la filière préconise un bond industriel en matière de sciage et la conception de nouveaux produits permettant une démarche concurrentielle notamment à l’exportation. Le « Plan feuillus », lancé par la profession et soutenu par l’État, est un premier signe fort d’une meilleure valorisation des qualités intrinsèques de ces essences. Redéfinir la politique du bois énergie est un autre volet de ce plan. Les objectifs de production d’énergie renouvelable de la France, d’ici à 2020, reposent à 46 % sur le bois énergie.

Zoom sur : Une filière d’avenir

Les enjeux de la filière forêt bois sont la création d’emplois non délocalisables et de valeur ajoutée ainsi que l’équilibre de la balance commerciale. Vieillissement, sensibilité accrue aux aléas climatiques, perte de production : la forêt française subit le changement climatique. Les forestiers sont mobilisés pour adapter les peuplements. Sa sous-exploitation témoigne d’un manque de dynamisme qui influe sur son renouvellement. Cette forêt est pourtant capable de fournir plus de bois sans mettre en péril son équilibre. L’objectif de la filière : planter et régénérer 50 000 ha/an d’essences adaptées, améliorer la diversité et la densité des peuplements de 60 000 ha/an pour optimiser la production de bois de qualité et des services environnementaux. Dans le pacte d’avenir 2020, l’interprofession France Bois forêt, France bois industries entreprises et France bois région se sont engagés à créer 25 000 emplois supplémentaires en milieu rural, à renouveler et adapter la forêt à raison de 110 000 ha/an. Le pacte prévoit de diminuer significativement le déficit de la balance commerciale par une meilleure valorisation du bois français et de développer la contribution de la forêt aux objectifs bois énergie.

La filière forêt bois en chiffres

50 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
440 000 personnes employées.

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