Le Syndicat Agricole 13 janvier 2017 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

Les fongicides blés à la loupe

Avec une nuisibilité record en 2016, il faudra se montrer vigilant et prudent quant à l’élaboration de ses programmes de protection fongicides pour la campagne à venir.

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2016 a été, avant tout, l’année de la fusariose.
2016 a été, avant tout, l’année de la fusariose. - © V. Marmuse, CAIA

Bien au-delà de ses rendements catastrophiques, la campagne que nous venons de vivre restera dans les annales comme une des plus virulentes en termes de nuisibilité avec près de 36 % de pertes de productivité à cause des différentes maladies rencontrées. Un gradient qui va de 3 à 42 quintaux de perte dans les différents essais menés sur le réseau Performance en 2016. Dans ce contexte de forte pression cryptogamique, Arvalis a tiré de nombreux enseignements pour 2017, en particulier sur l’adaptation des stratégies fongicides face à la montée des résistances. Avec la très forte augmentation des souches résistantes aux triazoles, les premiers cas de résistance aux champs des SDHI et le peu de solutions restantes pour contrôler la septoriose, l’heure est clairement, cette année, à la vigilance avec, par exemple, l’alternance des familles chimiques, l’utilisation d’une seule spécialité phytosanitaire par campagne ou encore le mélange des différentes matières actives. L’exemple est frappant avec l’évolution proposée par Arvalis sur l’emploi du T1. Produit reconnu depuis de nombreuses années, l’efficacité du Cherokee tend ainsi à s’éroder. Usure du temps ou perte d’efficacité, Arvalis lui préfère désormais des triazoles comme le metconazole (Juventus, Metcostar, Caramba Star...) ou encore le tébuconazole seul (Mystic, Fianaky...) ou associé à une autre triazole (Diapazon, Djembe…). Toutes ces solutions seront associées – en tenant compte de la législation – au chlorothalonil, pour renforcer l’efficacité de ces triazoles et faire jouer « à plein » la synergie entre familles chimiques. Les expérimentations de l’institut technique ont, une fois de plus, montré l’aspect déterminant de l’application  « T2 idéal », contribuant à lui seul à apporter 20,6 quintaux de productivité en 2016, contre à peine 2 pour le T1, et 8 quintaux pour le troisième traitement, dans un contexte de fort développement de la fusariose. Incontournables aujourd’hui, les SDHi constituent la base de cette intervention fongicide, avec pour la première fois cette saison, un distinguo entre les SDHI curatives et préventives dans un contexte de positionnement compliqué de l’intervention dû à une météo capricieuse en 2016. Pour ce qui est des solutions préventives, toutes les références actuelles confirment leur intérêt. Que ce soient les solutions à base de fluxapyroxad (Librax…), de solatenol (Elatus Plus), la nouvelle SDHI de Syngenta ou encore la double association de SDHI (bixafen et fluopyram) proposées par Bayer à travers le Kardix, elles se tiennent toutes dans un mouchoir de poche. Si l’association en application préventive du chlorothalonil est toujours concluante, son emploi peut être dépressif en traitement curatif contre la septoriose. Son positionnement est donc essentiel. En traitement curatif, et donc quand la septoriose est déjà bien présente dans la parcelle, le Librax et le Kardix semblent plus efficaces, mais dans ce cas, c’est probablement plus la triazole qui leur est associée qui fait la différence. Pour être tout à fait complet sur la septoriose, les solutions de biocontrôle (Vacciplant GC, soufre…) continuent à être étudiées par Arvalis avec des résultats qui demandent à être confortés au fil des expérimentations.

Des maladies préjudiciables
Autre maladie préjudiciable du blé : la rouille jaune qui a finalement été moins présente que les années précédentes. Le printemps frais et le peu de rosées rencontrées durant cette période, expliquent grandement le peu d’évolution de la maladie qui reste néanmoins le pathogène le plus nuisible de nos latitudes avec des pertes de rendement pouvant atteindre les 70 %. La résistance variétale reste le levier le plus économique pour prévenir la rouille jaune, sachant qu’il convient de surveiller annuellement l’évolution des souches de cette maladie et plus encore, « les contournements variétaux » de plus en plus fréquents et rapides. La lutte chimique ne pose pas de soucis, les triazoles étant toujours aussi efficaces, renforcées si nécessaire par une strobilurine.
Tout comme la rouille jaune, la rouille brune a plutôt été discrète cette année, là aussi grâce à la résistance variétale essentielle, même si des contournements sont toujours possibles comme ceux observés récemment sur Nem ou Oregrain. Les triazoles associées entre elles ou à une strobilurine (pyraclostrobine, picoxystrobine ou encore azoxystrobine) montrent de très bon niveaux de rendement. Si les SDHI ne sont pas très performantes sur la rouille brune, le solatenol (benzovindiflupyr), confirme, selon Arvalis « une bonne efficacité ».
2016 a été, avant tout, l’année de la fusariose. Ou plutôt, l’année des fusarioses, car il existe de nombreuses espèces de fusarioses, impossibles à reconnaître à l’œil nu, qui produisent, ou non, des mycotoxines. On distingue cependant deux grandes familles bien distinctes, les fusariums (graminearum, culmorum…) et les Microdochium majus ou nivales. Lors de la dernière campagne, c’est majoritairement ces dernières qui se sont manifestées avec des pertes de rendement pouvant atteindre 20 quintaux à l’hectare, s’accompagnant d’une nette dégradation des PS et du PMG. En fonction du type de fusariose présente, les solutions chimiques à adopter ne sont pas les mêmes. Préférer plutôt les Strobilurines, voire le Prochloraze sur Microdochium ainsi que les triazoles, en particulier le prothioconazole (Joao). Dans un contexte de forte pression de la fusariose, l’année 2016 aura démontré toute la pertinence d’un relais à la floraison. Ainsi, l’utilisation d’un T3 à base de tébuconazole associé à du prochloraze (Epopée) a procuré des gains de rendement de 5 à 7 quintaux, que ce soit pour les variétés tolérantes ou plus sensibles. D’un point de vue plus technique, Arvalis a également démontré l’opportunité d’une intervention post-floraison, un T4, qui encadrait la floraison amenant jusqu’à 2 à 3 quintaux de rendement net. Cette intervention ne peut se concevoir que jusqu’au stade grain pâteux, dans un environnement de forte pression fusariose, comme ce fut le cas en 2016.

C.D.

Zoom sur... Des pistes pour améliorer la protection contre les maladies

Au-delà des schémas classiques pour adapter son programme fongicide blé, d’autres dispositifs existent comme l’utilisation d’outils aide à la décision (OAD), le recours au fractionnement ou encore l’utilisation de solutions de biocontrôle. Néanmoins, et même si de gros progrès ont été réalisés, « des adaptations par rapport à l’année sont encore possibles, selon Arvalis, pour ne pas sous-traiter lors des années à forte pression maladie et, à l’inverse, pour ne pas sur-investir dans les années où ce n’est pas nécessaire. Côté variétal, les marges de manœuvre existent sachant, toujours selon les données de l’institut technique, que « 80 % des agriculteurs réalisent un programme de protection similaire sans tenir compte des spécificités variétales ». L’enjeu est pourtant de taille puisque l’optimum fongicide, pour une variété tolérante, se situe aux environs de 40 à 50 euros l’hectare, contre plus du double pour un produit moins rustique. Sur les essais réalisés en 2016, année particulièrement sensible, l’optimum fongicide s’établit ainsi à 70 euros/ha pour un Fructidor avec une nuisibilité moyenne de 17,4 q/ha, contre un optimum de 115 euros de protection pour un Bermude avec une nuisibilité de 43,3 q/ha ! Difficile donc d’adopter le même programme de protection avec de telles disparités !
Développés depuis plusieurs années mais en constante évolution, les OAD ont tendance à se démocratiser avec comme objectif de positionner, au mieux, la première intervention fongicide tout en tenant compte de la météo, de la variété ou tout simplement du terroir. Même en 2016, l’intérêt d’un pilotage avec un outil comme Septolis a démontré toute sa pertinence. Pour des variétés sensibles ou non, le bon positionnement du T1 permet des gains de productivité de 2 à 3 quintaux. Sur une période plus longue de sept ans, le gain est d’environ 2,2 quintaux par hectare. Aujourd’hui, les travaux entrepris par Arvalis portent sur la détermination du T2, en fonction de la valeur du seuil de cumul des contaminations pour déclencher une ré-intervention, après la première application. Ce nouvel outil de positionnement du T2, devrait être testé dès ce printemps pour être commercialisé en 2018.
L’enjeu de ces OAD, dans une période économique difficile, est tout à fait pertinent, permettant d’ajuster la dose de produit à appliquer et plus encore la période optimale d’intervention. À noter que d’autres outils, autre que la prévision et la gestion de la septoriose, sont en cours de développement en particulier pour la rouille jaune.

C.D.

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