Le Syndicat Agricole 31 juillet 2015 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

« Les écarts de prix entre laiteries seront assez conséquents en fin d’année »

Retour sur la réunion du 24 juillet qui s’est déroulée à Amiens entre les responsables syndicaux laitiers et les dirigeants de coopératives de la grande région Nord-Picardie.

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« En cette période difficile, les responsables de coopératives sont mis sur le banc des accusés sans pouvoir se justifier, indique Luc Verhaeghe, président de France Nord. Il est important que nous puissions échanger sur la situation en toute transparence ».
« En cette période difficile, les responsables de coopératives sont mis sur le banc des accusés sans pouvoir se justifier, indique Luc Verhaeghe, président de France Nord. Il est important que nous puissions échanger sur la situation en toute transparence ». - © DR

Suite à une initiative commune de France Nord (Fédération des coopératives laitières du nord de la France) et de la FRPL (Fédération régionale des producteurs de lait), les responsables syndicaux laitiers et les dirigeants des laiteries coopératives de la grande région Nord-Picardie (hormis ceux de la CLHN) se sont réunis dans la matinée du 24 juillet à Amiens, l’idée étant de « discuter à bâtons rompus » de la crise actuelle que traverse la filière laitière française. « En cette période difficile, les responsables de coopératives sont mis sur le banc des accusés sans pouvoir se justifier, indique Luc Verhaeghe, président de France Nord. Il est important que nous puissions échanger sur la situation en toute transparence ». « Nous sommes tous producteurs et donc tous dans le même bateau, souligne Alain Gille, président de la FRPL Nord-Picardie. J’ose espérer que nous partageons la même volonté de faire avancer les choses pour la filière régionale et tenter de trouver des pistes pour sortir de l’ornière ».


Compensation des prix par le volume
Le constat est partagé de part et d’autre : « Nous sommes face à une crise structurelle en Europe », analyse Luc Verhaeghe qui constate également chez les producteurs un phénomène de compensation des prix par le volume : « Jusqu’en 2014, on notait une véritable impulsion sur les volumes lorsque les prix étaient élevés, explique-t-il. Aujourd’hui, nous sommes en présence de l’effet inverse ; on est entré dans une dynamique où on compense du chiffre d’affaires par du volume ». Et de poursuivre : « Si les prix sont relativement faibles depuis plusieurs mois, on s’aperçoit néanmoins que la progression de la collecte est toujours positive avec même des niveaux supérieurs à l’an dernier ». Cet effet « post-quotas » est également visible, selon lui, dans les autres pays européens (essentiellement en Irlande, aux Pays-Bas et au Danemark ; dans une moindre mesure en Allemagne), ainsi que dans les autres grandes zones de production du globe (États-Unis, Océanie). D’autant que cette année, il n’y a pas eu d’aléas climatiques dans ces pays pour freiner la production. Ce qui fait que les volumes de lait actuellement disponibles sont très importants sur le marché mondial. Les 250 000 tonnes de fromages européens qui n’ont pas été écoulés en Russie et le ralentissement de la demande chinoise pèsent aussi fortement sur les cours mondiaux.


Surproduction ?
« Les laiteries de la région ont-elles trop de lait ? », s’interrogent dès lors les responsables syndicaux qui rappellent que les laiteries ont incité les éleveurs à produire. « Globalement non, on a besoin de tous les volumes produits », affirment les dirigeants de coopératives. Pour Sodiaal, « nous avons des débouchés en face des volumes supplémentaires accordés aux producteurs, indique Olivier Gaffet, président de Sodiaal Nord. Nous avons des marchés clairement identifiés avec des prix différents en fonction de leur nature (marché intérieur français ou marché d’export) ». Du côté de Lact’Union, « les excédents ne sont pas énormes avec + 0,8 % en 2015 et + 4 % en 2014 ; mais nous allons être impactés par l’évolution de notre mix-produits », reconnaît Olivier Vermes, président du groupe. La coopérative picarde a en effet perdu des parts de marché sur le lait UHT, l’obligeant à transformer une partie de son lait en beurre-poudre qui est moins valorisé. « N’en déplaise aux distributeurs, c’est tous les jours la bagarre à la palette pour conserver le prix », confie-t-il. « Nous avons répondu à une demande de nos producteurs par des volumes supplémentaires, liés à un marché spécifique à l’export soumis à une importante volatilité et sans garantie de prix, justifie pour sa part le vice-président de Lact’Union, Frédéric Hennart. D’où un prix B qui sera bas à la fin de l’année ». Concernant la Prospérité Fermière (spécialisée dans les ingrédients laitiers et poudres), l’année s’annonce compliquée du fait de son exposition sur les marchés d’export : « Nous avons contractualisé avec nos adhérents des volumes B supplémentaires à 230-240 €/1 000 l, lance son président, Gilles Desgrousilliers. La valorisation du volume A sera supérieure grâce à nos marchés de niche à forte valeur ajoutée ». Enfin, pour la coopérative de collecte Laitnaa, les volumes devraient se maintenir avec le système d’engagement des producteurs sur un volume défini qui encadre la production. « S’il paraît simple sur le papier de faire coller mensuellement les volumes produits à nos contrats, cela s’avère beaucoup plus compliqué dans la pratique », admet Jacques Quaeybeur qui indique que la coopérative a dû vendre du lait sur le marché spot à moins de 200 €/1 000 l. Au-delà des volumes, c’est l’impact des cours mondiaux sur leurs mix-produits qui plombe les laiteries. « Selon les contrats, on négocie un prix de base fixe et une partie fluctuante en fonction du marché mondial et d’indicateurs spécifiques. C’est le prix mondial qui mène la danse et on ne peut rien y faire », explique Olivier Gaffet qui prévient que la revalorisation du prix du lait ne s’appliquera que sur une partie du mix-produits. « Les écarts de prix entre laiteries seront assez conséquents en fin d’année », insiste Luc Verhaeghe. Et ce, malgré un retour complet aux producteurs des hausses obtenues lors de la table-ronde du 24 juillet sur la revalorisation du prix du lait.


Compétitivité de la filière
Par ailleurs, les participants ont abordé les différentes « pistes à moyen et long terme » pour aider la filière et faire en sorte de remonter durablement le prix du lait. En clair, sortir de la logique du « prix politique ».
Responsables syndicaux et coopératifs se rejoignent sur la nécessité de « travailler sur la compétitivité de la filière à tous les niveaux ». Par exemple en portant ensemble auprès des pouvoirs publics les messages autour de la surenchère normative et l’inflation permanente des charges. Ou encore lancer un chantier commun sur les coûts de production des exploitations laitières afin de les améliorer. Sur le marché intérieur, il s’agit selon eux d’encourager la consommation de produits français et d’améliorer la visibilité du logo « Lait français ». « Les producteurs doivent être sur le pied de guerre sur ce dossier car certains distributeurs et la RHF ne jouent pas le jeu », estime Luc Verhaeghe. Ces dernières semaines, les importations de lait allemand en France auraient progressé de 30 %. « À l’international, pourquoi ne pas réfléchir à la création d’une structure pour l’export sur le modèle d’Orlait ? », demandent les syndicalistes laitiers. Toujours est-il que l’amélioration de la structuration de la filière laitière française apparaît pour tous comme une priorité absolue.
Cela passe notamment par « parvenir à massifier davantage l’offre », ainsi que par la mise en place d’un indicateur de charges pour « définir une marge dans la filière » et celle d’un contrat tripartite entre producteurs-transformateurs et distributeurs. Une chose est sûre : les producteurs attendent des coopératives qu’elles jouent un rôle moteur sur la construction « d’un vrai prix de filière ».


MDS

- © DR

Opérations coup de poing devant les laiteries de la région

Lactalis à Cuincy, la Prospérité Fermière à Saint-Pol-sur-Ternoise, Danone à Bailleul, Novandie à Vieil-Moutier… À l’appel des FDSEA, des JA ainsi que de l’ADPL 62 et de la section laitière du Nord, plusieurs centaines de producteurs de lait ont bloqué, quelques heures dans la nuit du 23 au 24 juillet, la plupart des laiteries privées et coopératives du Nord-Pas de Calais. L’objectif était de « mettre la pression », à la veille de la table-ronde de la filière à Paris, pour faire aboutir les négociations avec les transformateurs et les distributeurs sur la revalorisation du prix du lait.

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