Le Syndicat Agricole 03 décembre 2015 à 16h00 | Par Le Syndicat Agricole

« Le plan a permis de stopper l’hémorragie »

Les Boulonnais et les Traits du Nord reprennent du poil de la bête mais les actions doivent se poursuivre pour que les races retrouvent un véritable élan.

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Philippe Blondel, président du Syndicat hippique Boulonnais. © DR Yves Spriet, président du Syndicat d’élevage du cheval du Trait du Nord. © DR

Stabiliser les effectifs des chevaux Boulonnais et Trait du Nord. Tel est l’objectif du plan de sauvegarde 2011-2014 adopté il y a 4 ans par la Région et les syndicats des deux races locales. Alors que la mission est en majeure partie remplie, le plan a été prolongé jusqu’à la fin de cette année. Un deuxième plan, conçu pour la période 2016-2018, a été approuvé début octobre par le Conseil régional.
Comme beaucoup d’autres races de trait, les Boulonnais et les Traits du Nord ont connu une très forte réduction de leur population dans les années 1950, suite à la motorisation de l’agriculture, mais aussi de l’industrie et des transports. Si certaines sont parvenues à se stabiliser, en 2010, les immatriculations de poulains d’élevage s’élevaient à seulement 196 pour les Boulonnais et à 105 pour les Traits du Nord, un niveau insuffisant pour assurer la pérennité des deux races.
C’est pour réagir à cette situation que les Espaces naturels régionaux du Nord-Pas de Calais, le Centre régional de ressources génétiques et les Haras nationaux ont décidé d’engager une démarche évaluative qui a débouché sur la mise en place du plan de sauvegarde. Il comprend une quarantaine de mesures qui visent principalement à encourager l’élevage et à améliorer la sélection, à consolider la gestion des livres généalogiques, à renforcer l’accompagnement des associations de race, à maintenir le débouché viande, etc.

La consanguinité, un des problèmes majeurs
Pour Philippe Blondel, président du Syndicat hippique Boulonnais, l’enjeu est avant tout de lutter contre la consanguinité, principal problème de la race, accentué justement par la baisse des effectifs.
Pour l’instant, la question n’est, semble-t-il, pas réglée : « On n’a pas su honorer les objectifs du plan sur ce point, notamment parce que de gros élevages ont disparu suite à des départs en retraite. » Il estime qu’il faudrait accentuer les croisements avec l’Arabe ou encore avec d’autres races comme le Percheron. « Nous allons travailler là-dessus, mais c’est long à mettre en œuvre, c’est un travail de longue haleine car une jument a deux poulains tous les 3 ans, à partir de 4 ans. C’est un travail de terrain, qui doit se faire avec des éleveurs impliqués. » Le plan a toutefois permis d’enrayer la diminution des effectifs : « Il a permis de stopper l’hémorragie, reconnaît Philippe Blondel. S’il n’avait pas existé, on serait aujourd’hui dans les pâquerettes. » Enfin, il a permis d’élever beaucoup de pouliches, qui ont commencé à reproduire en 2014, à 4 ans : « On repart avec une jumenterie plus jeune. »
Yves Spriet, président du Syndicat d’élevage du cheval du Trait du Nord, fait le même constat : « Le plan a enrayé la diminution, voire la disparition de la race. En 2007, les chiffres étaient au plus bas avec 75 naissances, se souvient-il. Le plan et le dynamisme de notre association ont permis d’augmenter ce chiffre à 127 en 2013 » (en 2014 les effectifs sont redescendus à 90 et se sont stabilisés en 2015). Ce sont principalement les primes régionales à la naissance (500 euros) qui ont encouragé les mises à la reproduction des femelles. À cela s’ajoutent, dans le plan actuel, 500 euros à la présentation du poulain à 2 ans en concours d’élevage ou d’attelage et 600 euros supplémentaires aux 3 ans du poulain. Le plan de sauvegarde et de valorisation 2016-2018 a toujours pour objectif d’encourager le cheval d’élevage. La prime à la naissance passe à 300 euros, auxquels s’ajoutent 200 euros si le taux de consanguinité est inférieur à 6 %. « Tous les éleveurs peuvent disposer gratuitement des tableaux de compatibilité entre les chevaux, avec les coefficients de consanguinité, explique Philippe Blondel. Ils sont réalisés par le Centre régional de ressources génétiques (CRRG). » Là encore, s’ajoute une prime de 300 euros par poulain s’il est approuvé pour la reproduction et une prime de 600 euros s’il est débourré et obtient une note de 12 sur 20 en attelage. Enrayer la consanguinité et valoriser les chevaux par leurs utilisations sont donc les axes principaux de ce nouveau plan.

Valorisation de la viande chevaline
« Nous avons pu vendre de nombreux chevaux pour le travail, notamment à des prestataires de services qui travaillent dans les vignes dans le Bordelais, poursuit Yves Spriet. Cela a commencé par les vignobles bio puis par les grands crus. Travailler avec un cheval a des effets bénéfiques pour la qualité du vin. » Le secteur de la forêt cependant, est un débouché qui ne décolle pas. « Nous essayons également d’insérer davantage le cheval dans les productions agricoles, de valoriser le pâturage mixte, poursuit-il. Nous voulons plus de chevaux qui travaillent. » Des actions ont également été menées au niveau de la valorisation de la viande chevaline : « Lors de la fête du Parc, nous avons fait goûter de la viande de poulain, cela a plu aux gens, et nous avons des caissettes avec un boucher », indique Philippe Blondel. « Il faut développer la commercialisation, insiste Yves Spriet. Et il faudra entretenir la clientèle. » « Le plan a également permis plus de professionnalisme dans le milieu du cheval, poursuit le président du Syndicat des Traits du Nord. Les personnes sont par exemple mieux formées à la reproduction. Il y a des gens passionnés, motivés qui continuent à travailler dans ce sens, mais on arrive à des seuils critiques et on reste quand même inquiet pour l’avenir. » L’avenir des races, justement, sera soutenu par le plan de sauvegarde 2016-2018. Environ 150 éleveurs de Boulonnais sont potentiellement concernés par ses mesures, et 100 éleveurs-naisseurs sur 200 éleveurs de Traits du Nord.

Laura Béheulière

Les maisons des races locales

Le plan de sauvegarde s’appuie sur deux outils essentiels pour les races : la Maison du cheval Boulonnais à Samer (62) et le Pôle cheval Trait du Nord à Saint-Amand-les-Eaux (59).
La Maison du cheval Boulonnais représente 16 ha de pâture en cours d’aménagement. « Elle a été conçue pour prendre des poulains en pension, être une vitrine de la race, explique Philippe Blondel. Mais le projet stagne : on avait envisagé, dans les bâtiments, de faire une clinique vétérinaire mais ça ne s’est pas fait. On devait aussi faire une station de monte, c’est en attente. Les locaux doivent aussi héberger les bureaux du syndicat. On se pose des questions sur leur avenir. »
Le Pôle du cheval Trait du Nord, lui, a été créé dans les années 70, dans un élan général de démocratisation de l’équitation. « C’est une structure faite pour aider la race et favoriser la mise en place du plan de sauvegarde, explique Yves Spriet. Le Pôle a deux missions principales : c’est un centre de reproduction, et un de lieu de formation de meneurs. »

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