Le Syndicat Agricole 07 octobre 2016 à 09h00 | Par Le Syndicat Agricole

« Le photovoltaïque est une technologie de plus en plus fiable »

Dans un contexte d’évolution des modes de consommation de l’électricité, le photovoltaïque semble connaître un léger regain d’intérêt.

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Florent Poullard, gérant de SB Énergy. © DR Le nouveau bâtiment dans lequel s’est installé la société fonctionne lui-même en autoconsommation grâce à des panneaux photovoltaïques. © DR Dans le secteur agricole, dans la région, les installations photovoltaïque sont en moyenne de 700 m2, ce qui représente 350 à 500 panneaux photovoltaïques, pour une puissance de 100 kW. © DR

SB Energy est une entreprise spécialisée dans l’ingénierie et l’installation photovoltaïque, principalement dans le secteur agricole. La société a organisé deux journées portes ouvertes les 23 et 24 septembre à la suite de son déménagement dans le Parc d’activités de la Verte rue, à Bailleul (59). L’occasion de rencontrer son équipe et de faire le point sur le photovoltaïque dans la région. Florent Poullard, le gérant de la structure, a répondu à nos questions.

Pouvez-vous nous présenter SB Energy ?
Créée en 2008, l’entreprise était auparavant installée à Arnèke, près de Cassel. Nous avons déménagé en février dernier à Bailleul, afin de nous agrandir et de nous relocaliser dans un lieu plus adapté. Nous sommes spécialisés dans le photovoltaïque (installation, dépannage, expertise) et dans les métiers liés à la performance énergétique des bâtiments. Nous sommes une équipe de huit salariés et notre zone d’activité est principalement la région Hauts-de-France. La majorité de nos clients sont des agriculteurs, notamment en pommes de terre, mais aussi de plus en plus de communes, pour des installations sur des écoles ou des églises.

À quoi ressemble une installation moyenne en photovoltaïque dans le milieu agricole ?
C’est une installation de 700 m2, généralement posée dans le cadre de la construction d’un nouveau bâtiment agricole. Ainsi, le bâtiment et les panneaux sont amortis au bout de 15 ans. Une telle installation représente 350 à 500 panneaux photovoltaïques, pour une puissance de 100 kW.

Vous semblez orienter davantage votre activité vers l’autoconsommation. Pouvez-vous nous réexpliquer le principe ?
Il y a en effet deux façons de valoriser la production : la vente totale de la production, que l’on facture à EDF ou l’autoconsommation, avec ou sans la vente du surplus. Cela permet d’autoproduire une partie de sa consommation avec un prix de revient en dessous du prix du marché.
Le matériel est le même dans les deux cas, la seule différence est que l’on installe un compteur spécifique pour l’autoconsommation : on rééquipe le compteur existant en en ajoutant un second pour l’injection.

Entre la vente totale à EDF et l’autoconsommation, quel modèle est le plus représenté ?
Aujourd’hui encore il y a une majorité d’installations avec vente totale à EDF, notamment parce que c’était le modèle mis en avant par le gouvernement. Mais les tarifs incitent à s’orienter vers l’autoconsommation ; le prix de l’électricité vendue à EDF ayant baissé, autant consommé soi-même l’électricité produite. L’autoconsommation permet de réduire sa facture énergétique de manière significative et d’avoir un revenu complémentaire en cas de vente de surplus. Cela permet aussi d’avoir un meilleur regard sur sa consommation et d’adapter son matériel. On voit combien on consomme et on peut cibler les postes où il est possible de faire des économies.
Depuis la disparition des tarifs jaunes le 1er janvier dernier (le tarif jaune était le nom donné par EDF au tarif réglementé des entreprises dont les compteurs avaient une puissance supérieure à 36 kVA et inférieure à 250 kVA, ndlr), les agriculteurs sont soumis aux aléas, aux variations de prix de l’électricité. Avec l’autoconsommation, le prix de la base de la consommation est constant. Cela revient à environ 6 à 8 centimes le kWh produit, contre 11 cts chez EDF. L’écart va se creuser car le prix de la technologie photovoltaïque est en baisse.

Dans quelle mesure le prix d’une installation photovoltaïque a-t-il diminué ?
Le prix d’une installation a été divisé par 5 en 10 ans. Ce prix continue à baisser, et en parallèle, le prix de l’électricité est dans une tendance à la hausse. Aujourd’hui, une installation coûte entre 36 000 et 100 000 € selon sa taille, etc. C’est une technologie relativement simple à mettre en place. Les bâtiments neufs avec les panneaux sont payés au bout de 15 ans. Pour les panneaux seuls il faut compter 10 ans ou moins.

Peut-on fonctionner uniquement en autoconsommation ?
Il est préférable de rester connecté au réseau. Le 100 % n’est pas possible car on ne produit jamais en même temps que l’on consomme. Par exemple, il peut y avoir un travail effectué la nuit qui nécessite une grosse consommation d’un coup. À l’inverse, si on produit plus que ce que l’on consomme, on peut vendre le surplus.
Le surplus de production peut également être stocké en batteries mais l’investissement n’est pas négligeable ; même si la technologie a évolué les prix sont restés les mêmes. La pertinence économique des batteries est pour bientôt. Celles-ci ont un cycle journalier donc elles ne permettent de tenir que quelques heures supplémentaires. Elles peuvent aussi servir de secours en cas de coupure de courant. La plupart du temps nous proposons des solutions sans batteries. On ne les préconise que dans certains cas très précis.

Dans le secteur agricole, à qui s’adressent les unités en autoconsommation ?
L’autoconsommation s’adresse à toutes les exploitations. Sans vente de surplus, elle est particulièrement adaptée aux gros consommateurs, ceux qui ont par exemple des pommes de terre, des poulaillers ou des bâtiments pour les porcs, avec un système de ventilation. Pour les éleveurs bovins, ça ne vaut a priori pas le coup, car l’activité a surtout lieu le matin puis le soir, ce qui n’est pas adapté. Dans ce cas, il faut autoconsommer et vendre le surplus.

Quel est l’entretien à réaliser sur une installation ?
Par rapport à d’autres technologies, comme la méthanisation par exemple, il n’y a pas de travail supplémentaire, sauf celui de surveillance, quotidiennement ou de façon hebdomadaire. Il s’agit simplement de voir s’il n’y a pas de défaillance. Il faut en outre prévoir un contrôle préventif par an. C’est une technologie de plus en plus fiable.
On préconise aussi un nettoyage tous les 5 ans environ ; il faut que les panneaux soient propres. Nous pouvons venir effectuer le nettoyage, ou alors l’agriculteur loue le matériel pour le faire lui-même.

On a le sentiment qu’après un véritable engouement pour le photovoltaïque il y a quelques années, cette énergie renouvelable suscite moins d’intérêt… Qu’est-ce qui change aujourd’hui ?
Il est vrai que le nombre de projets a diminué, le marché a été divisé par 10 depuis 2011.
Il y a quelques années, l’investissement était colossal et pouvait fragiliser une entreprise. Aujourd’hui, l’installation d’une centrale photovoltaïque est abordable et les modes de consommation ont changé. Investir dans le photovoltaïque, en autoconsommation, a pour but d’améliorer et de pérenniser l’outil de travail agricole. C’est une vision à long terme. Nous travaillons sur des projets plus complexes, qui s’inscrivent dans une démarche complètement différente, plus globale. Au-delà de l’installation des panneaux il y a en effet une réflexion plus large autour de l’isolation des bâtiments par exemple ou de l’optimisation de certains matériels. Avant, on recouvrait la totalité d’une toiture ; aujourd’hui on dimensionne une centrale en fonction de la consommation et non de la toiture.
De plus, les modes de consommation évoluent : les consommateurs ne sont plus clients chez EDF de génération en génération, il y a des opérateurs alternatifs. Nous par exemple, nous travaillons avec Enercoop, une coopérative française fournisseur d’électricité d’origine renouvelable. C’est un nouveau moyen de concevoir le rapport à l’électricité. C’est plus démocratique et plus éthique. Aujourd’hui, chacun peut produire une partie de sa production et vendre le surplus. Les agriculteurs ont un rôle à jouer dans cette transition énergétique. On ressent en tout cas une légère hausse de la demande, du simple questionnement à la signature du contrat. Il y a un regain d’intérêt.

Propos recueillis par Laura Béheulière

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