Le Syndicat Agricole 24 juillet 2015 à 08h00 | Par Le Syndicat Agricole

Le gouvernement annonce 24 mesures pour sauver l'élevage

Après la forte mobilisation du monde agricole du 20 au 23 juillet, l'État débloque un montant global de 600 millions d'euros pour venir en aide à l'élevage français.

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50 millions d'euros (MEUR) sont dédiés aux allègements de charges, contre 8 MEUR initialement prévus. © Actuagri Comme ici près de Lille, la mobilisation a gagné toute la France en quelques jours. © DR

Réagissant à la détresse des éleveurs qui manifestent depuis plusieurs mois, et de façon particulièrement virulente en début de semaine, le chef de l'État a décidé de mettre en oeuvre un plan d'urgence. Les 24 mesures présentées le 22 juillet par Manuel Valls et Stéphane le Foll ambitionnent de faire remonter les prix, d'alléger les charges, ou encore de développer la contractualisation et l'exportation. La FNSEA les juge de son côté insuffisantes pour donner de véritables perspectives à l'agriculture française.


Les mesures d'urgence
Pour l'élevage, « force du pays, mais aussi son identité, ses racines », selon les mots du Premier ministre qui ne s'est pas montré avare de louanges vis-à-vis du secteur agricole en présentant le plan d'urgence, « le gouvernement s'est tout particulièrement mobilisé ». Si Manuel Valls dit avoir pris acte depuis plusieurs mois des difficultés traversées par les productions animales, les manifestations et blocages effectués ces derniers jours par les éleveurs sur le terrain ont sans doute accéléré la réflexion au sommet de l'État. Suite au conseil des ministres, plusieurs mesures ont ainsi été annoncées « pour sortir d'une crise qui court depuis trop longtemps, quelle que soit la majorité au pouvoir », n'a pas manqué de souligner Manuel Valls. Pour répondre aux revendications de la profession, la première partie du plan s'attèle aux mesures d'urgence, avec une première action sur le redressement des cours et des prix, en particulier pour faire respecter les engagements pris lors des table-rondes avec les filières bovine et porcine. Des dispositions sont prises également pour restructurer les dettes (bancaires, mais aussi les dettes auprès des fournisseurs, notamment d'alimentation animale). Par ailleurs, 50 millions d'euros (MEUR) sont dédiés aux allègements de charges, contre 8 MEUR initialement prévus lors de la mise en place des cellules de crises départementales en février, et 50 MEUR sont débloqués pour les exonérations de la Taxe sur le foncier non bâti (TFNB). Des reports sont en outre possibles pour les cotisations MSA (200 MEUR), pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés (150 MEUR), et un remboursement anticipé de TVA sera effectué pour un montant de 150 EUR. Des mesures qui seront effectives dès le 31 juillet (date pour les retours terrain des cellules d'urgence départementales), jusqu'à la fin de l'année, a précisé Stéphane Le Foll.


Mesures structurelles
Pour consolider le secteur à plus long terme, le plan prévoit de faciliter les investissements en matière de compétitivité et de durabilité, grâce à la mobilisation du Programme des investissements d'avenir et de BPI France, avec un dispositif de prêts garantis pouvant s'élever à 500 MEUR. La contractualisation, levier cité à plusieurs reprises par la profession, « fera l'objet d'une rencontre spécifique avec le ministre de l'Économie », a précisé le ministre de l'Agriculture. L'exportation est également l'une des pistes de travail de l'État qui débloque un soutien de 10 MEUR pour les actions de promotion. Certains marchés extérieurs sont plus particulièrement ciblés, a indiqué le Premier ministre qui a cité la Grèce, la Turquie, le Liban et le Vietnam. La plateforme Viande France Export en cours de mise en place regroupera les 13 opérateurs français en une seule société, ce qui facilitera la réponse aux appels d'offres. Pour favoriser les achats de viande française, le logo Viande de France, utilisé à 50 % pour le moment, sera davantage valorisé auprès du consommateur, et davantage contrôlé par la DGCCRF. Un effort est aussi engagé sur la restauration collective et hors-foyer : l'État donnera l'exemple en révisant ses approvisionnements en matière de viande d'origine française, et incitera les collectivités locales à en faire de même. Enfin, des mesures sont mises en oeuvre pour diversifier les revenus des éleveurs via la transition énergétique : exonérations de fiscalité locale pour les installations de méthanisation agricole, adaptation des tarifs d'achat de l'électricité produite par ces installations, soutien au développement du photovoltaïque dans les élevages, baisse du coût d'accès au réseau des bâtiments isolés. En Allemagne, ces activités peuvent constituer jusqu'à 30 à 40 % du revenu des éleveurs.

La mobilisation des agriculteurs du Nord-Pas de Calais et de la FRSEA à retrouver en images ici.

Zoom sur... FNSEA, FNB, Interbev et Chambres d'agriculture réagissent aux mesures

Lille, Caen, Evreux, le Mont Saint-Michel, les ponts de Tancarville et de Normandie, Amiens, Abbeville, Saint-Malo, Brest, la grotte de Lascaux... la liste des sites bloqués par les éleveurs s'est allongée d'heure en heure le 21 juillet. Au coeur du bassin allaitant, dans le Massif Central, « des opérations très virulentes » ont eu lieu les jours précédents, notamment « contre la grande distribution », rappelle Patrick Benezit, vice-président de la FNB. À Mont-de-Marsan, des opérations d'étiquetage « viande de nulle part » ont eu lieu dans divers supermarchés. Face une telle situation, le président de la FNSEA Xavier Beulin considère que les mesures présentées constituent une réponse « de court terme à quelques exigences », « ce n'est pas ce qui nous redonnera fondamentalement des perspectives durables », a-t-il déclaré après l'annonce du plan. Pour lui, le problème de fond de la compétitivité n'est pas réglé, avec des normes et des charges sociales plus importantes que dans les autres pays européens.
Si ces conditions de production sont un gage de qualité pour la viande française, il faut selon lui, payer cette qualité au juste prix, ce que les distributeurs se refusent à faire. Répercuter cette hausse sur les prix de vente ne constitue qu'un impact à hauteur « de moins d'un centime sur la tranche de jambon, et de 2 à 3 centimes sur le steak haché ». « Est-ce que ça met en péril le pouvoir d'achat des Français ? », demande-t-il. Pour la FNSEA, les priorités restent donc la revalorisation effective des prix, la restructuration des dettes agricoles au-delà des prêts de consolidation et des reports de charge, « des dispositifs qui sont du recyclage », et la contractualisation. Tant que ces trois points ne feront pas l'objet d'une amélioration notable, les actions de surveillance risquent bien de se poursuivre sur le terrain. Pour la profession, d'autres rendez-vous seront à prendre pendant l'été pour « faire en sorte qu'en septembre-octobre, on soit en mesure d'annoncer des choses mesurables par les producteurs eux-mêmes », estime ainsi Xavier Beulin.
Interbev, interprofession Bétail et Viande, déclare « prendre acte avec satisfaction de la volonté du gouvernement de déployer des mesures à la fois conjoncturelles et structurelles » et se félicite notamment des mesures du plan de soutien à l'élevage français « qui vont permettre de dynamiser à court terme les chantiers stratégiques pour la filière bovine et déjà engagés par l'interprofession : d'une part la reconquête du marché national et la promotion des exportations, et d'autre part, l'amélioration de la compétitivité des filières d'élevage », explique Interbev dans un communiqué.

Les consommateurs prêts à payer plus (en partie) pour soutenir l'élevage

Selon une étude Toluna QuickSurvey réalisée pour le magazine Challenges et diffusée le 21 juillet, seulement 23 % des Français seraient prêts à voir augmenter les prix de la viande bovine française de 10 % ou plus. Pour la viande de poulet, le taux tombe à 16 % et à 14 % pour le porc. Une augmentation plus modeste semble plus acceptable puisque 33 % des sondés se prononcent pour une augmentation de moins de 10 % du prix de la viande de boeuf (34 % pour le poulet et pour le porc). Reste cependant qu'un bon tiers des Français n'est pas prêt à débourser 1 centime supplémentaire. Le sondage a été réalisé par internet le 19 juillet, en pleine médiatisation de la crise agricole, auprès de 1 506 personnes. La veille, François Hollande incitait les consommateurs à « manger autant que possible les produits de l'élevage français », déclarant qu'il s'agissait « un sacrifice pour eux » mais aussi « une sécurité », celle de manger de la viande française.

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